Réorganisation en profondeur chez E.Leclerc

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La centrale d’achats d’E. Leclerc (le Galec) et la branche MDD (la Scamark) sont réorganisées, avec l’arrivée de nouvelles têtes. La nouveauté porte aussi sur des missions plus complètes, avec l’injection d’une dose de marketing, pour redonner de l’allant au distributeur, en panne de croissance.

Michel-Edouard Leclerc
Rédacteur en chef
Michel-Edouard Leclerc Rédacteur en chef

 

 

 

Les remaniements sont courants dans la vie des entreprises. Mais les derniers mis en œuvre chez E. Leclerc sont d’une ampleur rare et donnent une idée de l’offensive que souhaite mener le distributeur. Réunis autour d’une table, plusieurs poids lourds du groupement ont décrypté pour LSA l’évolution de la structure du Galec, la centrale d’achats, et les nouvelles orientations en matière d’offre. Parmi eux, Michel-Édouard Leclerc, Olivier Huet, nouveau président dudit Galec, Sébastien Chellet, son directeur général, ainsi que Fabrice Hersent, nouveau président de la Scamark, qui pilote les MDD. L’un des principaux changements est la montée en puissance du marketing via la création de directions spécifiques, et l’arrivée de dirigeants rodés à l’exercice. Dans le détail, le Galec a créé deux nouvelles directions (achats et supply chain, et marketing enseigne), qui chapeautent désormais l’offre alimentaire et non alimentaire.

Insuffler une vision globale

À première vue, c’est une simple réorganisation. Mais, en réalité, l’ambition est plus forte. En schématisant, on pourrait dire que, de très bon acheteur (beaucoup disent que les « bleus » sont les meilleurs dans ce domaine), le distributeur veut dorénavant se muer en très bon vendeur, en collant aux attentes des consommateurs. « L’omnicanalité induit une réorganisation amont et aval. Pour se différencier, on a voulu revitaliser notre offre. Il fallait insuffler du marketing au sein d’une direction achats et supply chain. Le marketing d’enseigne prend toute sa place, et il va accentuer la cohérence et la complémentarité entre nos hypermarchés, nos drives, notre service Leclerc chez moi », explique Michel-Édouard Leclerc. L’intention probable de déployer la livraison à domicile sur l’ensemble de la France a sans doute rendu encore plus urgent la nécessité de mieux structurer le marketing d’enseigne.

Des profils venus de l’industrie

Au sein du Galec, la réorganisation est en œuvre à tous les niveaux. Le nouveau président, Olivier Huet, connaît la maison, puisqu’il y officiait depuis 2001, avec un intermède de trois ans à l’ACDlec, l’organe « politique » de la coopérative. Pour lui, « il était temps de prendre ce virage marketing. Car sur le plan du prix, on sait déjà faire. » Ce n’est pas un hasard si la nouvelle direction achats et supply chain a été confiée à Alain Parent. Ex-directeur de la Scamark, il va insuffler un regard très produit sur l’offre. Reconnu comme un « marketeur » par ses pairs, le patron des achats va participer à une nouvelle expression de l’offre, reformatée vers les magasins. Pour l’épauler, il pourra compter sur un permanent, nouvellement arrivé (Bertrand Nomdedeu), qui a jusqu’ici fait sa carrière dans l’industrie. D’abord chez Procter & Gamble et, plus récemment, chez General Mills, où il était directeur des ventes. Un profil plutôt original, un peu à l’image de celui de Caroline Dassié, ex-Danone Eaux, venue renforcer la direction générale d’Intermarché en 2015 et, depuis une semaine, aux manettes des supermarchés de Carrefour France. Preuve que, chez E. Leclerc aussi, on n’hésite plus à chercher des compétences commerciales et marketing chez les « pros » du sujet, Procter ou Danone.

Fabrice Hersent
Un quadra déjà bien rodé à la maison E. Leclerc

Le patron de la Scamark est un pur produit E. Leclerc. Ce Breton a effectué ses premiers jobs d’été dans l’enseigne, ce qui lui a donné le goût du commerce. La suite est tracée : premier CDI au E. Leclerc de Quimper, succession de postes en interne, avant de rejoindre le magasin de Saint-Junien (Haute-Vienne) en 2001. Directeur à 27 ans, il reprendra le point de vente en 2012 quand son patron part à la retraite. Il s’investit aussi dans la Scamark en 2013, sur le pôle DPH, et entre au comité de direction en 2015. « Ce qui fait, qu’aujourd’hui, il n’y aura pas de temps mort, il y a une vraie continuité », nous explique celui qui, à 41 ans, prend les commandes du bras armé d’E. Leclerc sur les MDD. « Il y a beaucoup de travail déjà lancé à terminer, comme les 15 engagements de la Marque Repère pour 2020. Un autre chantier porte sur les filières, avec de nombreux recrutements en cours. Et nous devons coconstruire, être plus réactif. Avec des échanges plus réguliers entre nos différentes branches. » Avec cette lettre de mission bien chargée (présentée devant le Galec et l’ACDlec), il ne restera pas beaucoup de temps à Fabrice Hersent pour s’entraîner pour son prochain marathon, à la fin du mois d’octobre.

Autre modification de l’organigramme, subtile mais révélatrice de l’évolution, la direction ­supply chain est chapeautée par un adhérent, là où il n’y avait personne pour coordonner ce pôle jusqu’ici. Car avec la montée en charge des drives, d’entrepôts urbains mutualisés et de grands entrepôts automatisés dans la plupart des SCA régionales, la logistique est centrale.

  • 37,2 Mrds € de CA TTC pour les centres E. Leclerc en 2017 (hors carburant), à + 2 %
  • Les MDD chez E. Leclerc : 21 points de part d’offre, 33 % du CA et 46 % des volumes vendus
    Source : E. Leclerc

Les changements ont aussi touché la Scamark, la branche MDD, avec l’arrivée de Fabrice Hersent à la tête de cette structure qui pèse 6,5 milliards d’euros de volume d’affaires avec les filiales industrielles (Kermené) et revendique la place de premier fabricant de marques propres en France. Ce jeune quadra va participer à édifier des filières pour sécuriser les apports de certaines matières devenues rares et demandées, comme le bio. Ce qui nécessitera des embauches. L’amélioration des échanges avec les autres entités est aussi au menu. Car l’un des blocages, reconnu par les dirigeants d’E. Leclerc, est le fonctionnement en silos qui a souvent prévalu.

Pas d’alliance avec la concurrence

Ce nouvel ordre de marche doit permettre de mieux prendre en compte les aspirations des consommateurs, sur le sain, le bon, mais ­aussi le digital, la mobilité, la santé, etc. Chaque groupe de travail planche déjà sur sa contribution à l’édifice, qui sera gravée dans le marbre d’une nouvelle charte de l’ACDlec. « Les outils du groupe vont devoir faire émerger cette charte pour être visible en magasin. La Scamark a été ces cinq dernières années une école, un laboratoire de cette évolution qui devient générale aujourd’hui », souligne Michel-Édouard Leclerc, qui veut pousser les exigences plus loin, sans, bien sûr, renoncer à vendre moins cher.

Alain Parent
Un transfert plus que symbolique

Président de la Scamark jusqu’à peu (la branche qui pilote les MDD d’E. Leclerc), Alain Parent possède une culture produit. Qu’il va désormais apporter sur l’ensemble de l’offre alimentaire et non alimentaire, avec son « transfert » à la direction des achats supply chain. C’est d’ailleurs l’intérêt de l’opération, pour mieux faire correspondre l’offre aux attentes, et être plus différenciant. Les personnes travaillant sous sa coupe – et les industriels – sont prévenus. Le dirigeant, qui possède deux magasins à Chambéry et à Aime-la-Plagne (Savoie), est aussi responsable, au sein du Galec, des différents outils de production comme Kermené (branche viande et charcuterie de l’enseigne).

Ce vaste remue-méninges organisationnel est aussi destiné à ressouder les équipes, à se ­remettre en ordre de bataille et à mobiliser les énergies en interne. Surtout à l’heure où le distributeur est en panne de croissance, avec des parts de marché en recul depuis le début de l’année. La nouvelle génération de dirigeants du groupe « a conscience qu’il n’y a plus de rente. Aucun adhérent ne saurait trouver seul les solutions du succès face à Amazon ou à Cdiscount », assène le patron des centres E. Leclerc. Qui glisse que, pendant que tout le monde scrute les chiffres de l’alimentaire, suivis par les panels, les performances du non-alimentaire sont très bien orientées, notamment grâce aux nombreux concepts spécialisés.

Olivier Huet
Un « pro » du non-alimentaire

47 ans, marié, trois enfants, Olivier Huet, patron du centre E. Leclerc de Châteaudun, dans l’Eure-et-Loir (7 500 m² pour 76 millions d’euros de CA en 2017), semble aborder ses quatre ans de mandat à la tête du bras armé opérationnel de l’enseigne avec la tranquillité d’un vieux briscard. Il connaît bien la maison. E. Leclerc ? Il est né dedans, passant ses premières années dans le logement que son père, Jean, avait aménagé au-dessus du magasin de Vendôme (repris par son frère David), puis ses vacances d’adolescent dans les rayons. Le Galec ? Il y démarre dès 2001, alors qu’il n’est encore que postulant, comme membre d’un « GT 4/technique », aujourd’hui scindé en deux (maison/gem et multimédia), jusqu’à le présider. En 2011, il part à l’ACDlec pour piloter la commission innovation puis revient au Galec en 2014, au directoire cette fois-ci, pour chapeauter le non-al. Il y lance une étude géomarketing nationale pour évaluer le « fort » potentiel et le nombre « important » des concepts spécialisés que les centres E. Leclerc pourraient implanter sur leurs zones de chalandise. Ses futurs axes de travail au Galec : renforcer l’omnicanalité, la relation client, la fidélité, l’offre de fond de rayon... Sacrée mission.

Redynamisée par les États généraux de l’alimentation, qui offrent un point d’appui pour se redifférencier, l’enseigne prévoit d’ailleurs de prendre la parole à ce sujet au deuxième semestre. Une période qui sera aussi l’occasion de poursuivre le travail de renouvellement des différents organes de fonctionnement, car la prochaine étape d’ampleur est d’apporter des changements dans le conseil d’administration de l’ACDlec, le principal lieu de décision. Un tiers des sièges sera renouvelé, ce qui apportera du sang neuf. En parallèle, un élargissement sera mené, et les femmes seront plus nombreuses.

Les principaux changements

  • Nomination de nouveaux patrons (deux quadragénaires) pour le Galec et la Scamark.
  • Arrivée de nouveaux profils diversifiés et plus jeunes, avec un fort accent marketing.
  • Création d’une direction achats et supply chain, et d’une direction marketing enseigne au sein du Galec.

Et puisque l’on parle du futur, que l’on aurait pu imaginer être combiné à celui d’Intermarché, en pleine vague d’alliances aux achats, la réponse de Michel-Édouard Leclerc a été catégorique : « Nous avons un principe, celui de ne pas nous allier avec un concurrent. La question s’était posée en 1999 lors de la fusion Carrefour-­Promodès. Mais l’enjeu était alors la survie des indépendants, et un groupe de travail avec Système U nous avait indiqué que cela ne marcherait pas. De là, nous nous sommes toujours dit qu’il ne fallait pas s’allier avec quelqu’un sur le même marché. » E. Leclerc entamera donc sa révolution seul.

 

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Carnet des décideurs

Stéphan Arino

Stéphan Arino

Directeur qualité globale & développement durable d'E.Leclerc

Michel-Edouard Leclerc

Michel-Edouard Leclerc

Président-directeur général de E. Leclerc

Anny Courtade

Anny Courtade

Présidente de Lecasud (groupement E.Leclerc)

Rémy Nauleau

Président-directeur général de E. Leclerc Mobile

Jean- Paul Oger

Président-directeur général de la Scacentre

Didier Gravaud

Président-directeur général de la Scalandes

Pascal Raymond Josep Beaudoin

Président du conseil d'administration de la Scapnor

Bruno Valladon

Directeur-général de la Scachap

Pascal Payraudeau

Pascal Payraudeau

Président-directeur général de la centrale Socamil de Roques-sur-Garonne

Denis Badier

Directeur Supply Chain de la Société Centrale d'Approvisionnement du Sud-Ouest (SCASO)

Daniel Bossus

Président- directeur général de Socara

Miguel Jonchère

Président-directeur général de Scaouest
Administrateur au conseil d'administration […]

Jean- François Huet

Jean- François Huet

Président-directeur général de Socamaine

Bertrand Le Côme

Président de la Scapartois et directeur du magasin E. Leclerc de Saint-Amand-les-Eaux

Marc Debert

Directeur de la Scapartois

Fabrice Faure

Président de la Société Centrale d'Approvisionnement du Sud-Ouest (SCASO)

Bernard Ragot

Directeur Supply Chain de Socamil

Jean-Claude Pénicaud

Membre du directoire du Galec, en charge de l’alimentaire et responsable de la […]

Hervé Jaud

Directeur des centres Leclerc de La Roche-sur-Yon

Daniel Prunier

Président du directoire du Galec

Jean-Paul Pageau

Président et fondateur de la Scapest, Leclerc

Bruno Santiano

Bruno Santiano

Directeur du développement optique d'E.Leclerc

Jean-Pascal Vue

Directeur général de la SCA Normande, groupement E.Leclerc

Édouard Leclerc

Édouard Leclerc

Fondateur de l'enseigne E-Leclerc

Benjamin Voisin

Président de la SCAPNOR (groupement E.Leclerc)

Bernard Boisson

Bernard Boisson

Directeur général d’E. Leclerc Voyages

Christophe Bacot

Christophe Bacot

Président du Centre Leclerc Verdun President Bt Lec Est.

Jean-Jacques Exmelin

Responsable national des rayons textile-chaussures de l'enseigne E.Leclerc

Jean-Pierre Gontier

Président de la Scamark ( MDD Leclerc)

André Jaud

Ancien co-président du Galec (Groupement E.Leclerc)

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Article extrait
du magazine N° 2511

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