Marchés

Repas pour enfants : Le PNNS s'invite à la table des 5-12 ans

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Temps de conso - Déjeuner et dîner restent des instants à la fois attendus et bien structurés dans le quotidien des enfants. Mais avec désormais comme arbitre l'enjeu pronutritionnel, incontournable et donc omniprésent, de l'entrée au dessert.

Le tout-santé et ses satellites (l'allégé, la naturalité, le bien-être, l'équilibre) régenteront-ils demain le jeu alimentaire des jeunes Français ? C'est d'autant plus probable que c'est en grande partie déjà fait ; le simple tour d'horizon des rayons d'un hypermarché suffit pour s'en convaincre. Et c'est a priori d'autant mieux envisageable que les enfants eux-mêmes semblent en être partie prenante : « L'étude exclusive menée en 2007 avec Banania a permis d'apprécier leurs aptitudes à intégrer et à se réapproprier les néopréoccupations nutritionnelles, constate Steven Libermann, directeur marketing de Findus France. Même s'ils ne comprennent pas toujours le nom des groupes d'aliments, même s'ils n'ont guère la notion de quantité, les enfants savent ce qui est bon ou pas dans le cadre d'une alimentation équilibrée. D'ici à ce qu'ils pèsent sur les habitudes de la famille tout entière, il n'y a pas loin ! »

Cette maturité croissante a été confirmée par un sondage Louis Harris/Fondation Louis-Bonduelle, réalisé en 2006 auprès de 250 enfants. Pour 58 % d'entre eux, un repas équilibré type se compose de carottes râpées, de jambon ou de viande avec des haricots verts, de pain et de yaourt, alors qu'a contrario la proposition pâté + steak-frites + pain + mousse au chocolat, bien plus attractive dans l'absolu, ne recueille que 6 % d'avis favorables. Pour ceux qui, en 2001, ont jeté les bases du Plan National Nutrition Santé - PNSS pour les intimes -, voilà déjà un premier grand motif de satisfaction. Du moins, au niveau du déclaratif.

 

Un engagement bien relayé par le marketing

Jusqu'à cette année 2001, il est vrai, tout se passait presque « normalement » à l'heure des repas. La permissivité étant globalement de mise, l'enfant pouvait accumuler les kilos et ses parents des tonnes d'insouciance sans qu'autour de la table, le climat général s'en trouve affecté. Bref, la France grossissait dans l'indifférence, mais néanmoins à la vitesse grand V. Ainsi, on comptait 3 % de jeunes en surpoids en 1965, 5 % en 1980, 16 % vingt ans plus tard. « Si rien n'est fait pour limiter l'augmentation de l'obésité chez les enfants, la France pourrait atteindre le niveau des États-Unis vers 2020 », a prévenu en 2005 le rapport Obesity Task Force en agitant au passage le spectre de l'ado américain gonflé au McDo, aux crèmes glacées et au grignotage compulsif devant l'écran de télévision. Mais beaucoup, on le sait, a été fait depuis dans l'Hexagone, ne serait-ce qu'en termes de sensibilisation. Avec l'État aux commandes, enjeu de santé national oblige.

Au PNNS initial, clos en 2005, a ainsi succédé un second programme (2006-2010) ; encore plus fortement « budgété » (+ 30 % chaque année, 47 millions d'euros par exemple dans la seule enveloppe 2007), encore plus incitatif, il s'est notamment fixé pour objectif d'agir sur l'offre des fabricants. Message visiblement bien reçu : « Les industriels doivent être les porte-parole du combat contre le surpoids, estime ainsi Valentine Schnebelen, directeur marketing de Heinz. À nous de savoir apporter, particulièrement aux jeunes consommateurs, des propositions cohérentes avec cette problématique. » C'est le cas aujourd'hui dans cette entreprise - comme dans beaucoup d'autres d'ailleurs - sur de multiples catégories alimentaires. Le tout avec plus le repas familial comme terrain d'action privilégié.

 

Le dîner, instant préféré des enfants

Instant de partage par définition, ce qui n'est (la plupart du temps) ni le cas du petit déjeuner ni celui du goûter, le repas familial peut être de fait perçu comme un observatoire idéal de l'évolution alimentaire de la jeune classe. Le dîner surtout, car même si le déjeuner pris à la maison concerne toujours un enfant scolarisé sur deux, les quelque trente minutes qui lui sont en moyenne consacrées le soir autour de 20 heures réunissent plus de trois familles sur quatre du lundi au vendredi, selon une étude de l'Insee réalisées en 2006.

Un temps fort donc, à tous niveaux, auquel les enfants eux-mêmes accordent une importance notable : parce que c'est au dîner « que l'on mange le mieux » (c'est le premier item cité par les 10-11 ans), affirment-ils, parce que c'est au dîner que « la famille est rassemblée », parce c'est « le moment où l'on mange le plus », disent-ils encore.

Difficile, dès lors, de ne pas envisager la persistance de ce que l'Insee présente comme un phénomène de « synchronisme alimentaire » et qui, s'il a tendance à disparaître dans nombre de pays anglo-saxons, reste en France bien marqué dans la vie quotidienne, bien structuré aussi (de deux à trois plats servis à chaque fois) et qui a, de fait, un vrai rôle à jouer dans la démarche pronutritionnelle du moment.

 

Dis-moi ce que tes parents mangent...

Encore faut-il que le menu proposé soit à la hauteur de la situation : « La responsabilité des adultes est primordiale, note Laurence Depezay, responsable Nutrition du groupe Bonduelle. Lorsque le comportement alimentaire des parents dérape, celui des enfants suit immanquablement le même mouvement. » Et quand on sait que le repas servi chaque soir est le même pour tout le monde trois fois sur quatre, le risque est potentiellement élevé.

Ne pas faire fausse route, en l'occurrence du point de vue parental, c'est déjà bien appréhender la « réalité alimentaire » de la préadolescence, et les attentes qui l'accompagnent. Car à qui a-t-on finalement affaire ? Lors de la présentation, en 2005, du « Contrat Enfance et Nutrition » de Nestlé, le médecin nutritionniste Patrick Serog insistait sur le fait que durant la période 5-8 ans, et plus encore par la suite, l'enfant s'affirme beaucoup à travers l'alimentation : « Se faire aimer et affirmer ses goûts constituent le début de l'autonomie, précisait-il. L'éducation du goût passe alors à la fois par un apprentissage didactique et ludique et par la possibilité laissée à l'enfant de se nourrir de façon équilibrée tout en respectant ses goûts propres. »

Cet enfant « fonceur », comme on le qualifie à l'Institut Danone, veut choisir lui-même ses aliments, propose le cas échéant l'achat de sa nourriture préférée, part à la découverte des saveurs. C'est l'âge où, plus simplement, commencent à se dessiner ses futures habitudes alimentaires.

 

Développer le goût et le plaisir de manger

À ne pas contrarier donc, comme le recommande encore Patrick Serog : « Savoir faire de vrais repas, se faire plaisir sans manger n'importe quoi, n'importe quand sont les vrais défis de l'alimentation de l'enfant. La découverte du goût et du plaisir sont des instruments de prévention de l'obésité, qu'il revient aux adultes de savoir mettre en musique. » À tous les adultes, pourrait-on préciser, industriels inclus. Et pour cause : ce sont eux qui, compte tenu de l'évolution sociétale (moins de temps consacré à la préparation des repas, savoir-faire culinaire déclinant, etc.), tiennent de plus en plus les rênes de l'alimentation infantile.

D'une façon générale, comme le montrent les exemples présentés dans ces pages, le marketing a parfaitement saisi l'ampleur de sa mission. Au-delà de l'axe santé et de l'indispensable notion de service qui l'emportent d'une catégorie à l'autre, les marques rivalisent d'ingéniosité pour activer la demande auprès de la double cible mère-enfant : « L'enfant ne décide pas mais il a le pouvoir de dire qu'il n'aime pas ; il agit donc comme un filtre, analyse Steven Libermann chez Findus France. Spontanément, il est attiré par la diversité des formes et des couleurs au fond de son assiette. Dès lors, le marketing se doit de savoir l'accompagner. »

Sur certaines familles réputées sensibles, tels les poissons ou les légumes, l'exercice relève même de la figure imposée : « 60 % des mères disent obliger leurs enfants à manger des légumes, mais 53 % admettent qu'ils les rejettent, constate Carole Charbonnel, directeur marketing de Bonduelle Surgelé. Le discours moralisateur n'est pas une fin en soi, il nous faut inventer les présentations qui vont faciliter l'accès au produit. »

Du goût, de la variété et du plaisir pour le fun, l'équilibre nutritionnel pour l'assurance bien-être et la bonne conscience des parents : l'alimentation nouvelle génération pour les enfants est sur les rails.

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