Résistance

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Un brin désuet, mature, pour ne pas dire vieillissant, avec ses longs linéaires froids, le rayon épicerie ne fait pas rêver. Il a même été maintes fois enterré, promis aux pires errements face au dynamisme et à l'ambition des produits surgelés, puis du frais transformé, ou encore à l'appétence suscitée par les rayons frais « bruts », comme les fruits et légumes ou la marée. Mais voilà, selon Iri, ce géant a généré un chiffre d'affaires de près de 22 milliards d'euros en hypers et supermarchés en 2009, faisant preuve une nouvelle fois de sa capacité de résistance. Son chiffre d'affaires a progressé de 1,4% sur douze mois à fin février 2010. Modeste, certes, sauf que cette croissance s'est aussi accompagnée d'une reprise des volumes de 0,8%, rompant avec la moyenne des dix dernières années qui voyait les volumes du secteur s'éroder de 0,5% chaque année.

Purement conjoncturel, diront les sceptiques, constatant que certains produits d'épicerie parmi les plus basiques ont profité de la crise pour se refaire une santé. Rarement, par exemple, les conserves de poisson n'avaient été à pareille fête. Le chiffre d'affaires des sardines en boîte a grimpé de 10,8%, celui des maquereaux de 8,8%, 1 point de plus que le thon, le tout avec des hausses de volumes tout aussi importantes. « Nous avons profité de notre statut de protéine pas chère », reconnaît un industriel du secteur. L'analyse colle également à merveille aux performances de la semoule, du riz, de certaines conserves - comme celles de viandes -, voire du pain de mie en tranches : autant d'articles devenus centraux pour les foyers aux budgets serrés et inquiets de la crise.

Conjoncturel aussi le phénomène dit du « homing », marqué par le repli de la consommation alimentaire vers le domicile et le recours de plus en plus marqué chez les Français à des produits faits maison, censés être moins coûteux que leurs équivalents transformés. De quoi expliquer, notamment, l'incroyable retour en grâce du sucre (+ 10% en valeur ; + 12% en volume), soutenu, à l'évidence, par le regain d'intérêt pour les confitures et autres gâteaux faits maison.


La résistance de l’épicerie doit beaucoup aux efforts d’innovation engagés par les industriels depuis plusieurs années.

Pourtant, ce serait oublier que la résistance de l'épicerie doit également beaucoup aux efforts d'innovation engagés par les industriels depuis plusieurs années. Les sucriers, par exemple, ont réveillé le segment des sucres spéciaux (canne, gélifiant et glace), repensé de A à Z les bonnes vieilles boîtes de sucre. Les fabricants de pâtes, riz et de semoule rivalisent, quant à eux, d'inventivité en déployant leurs produits sous pochon et, depuis peu, sous la forme de cups et autres produits à poêler. Un peu à l'image des industriels du café qui ont révolutionné leur marché grâce aux dosettes. Preuve que la résistance de l'épicerie n'a rien de passif. Elle est le fruit d'un patient travail réalisé en amont par certaines des grandes marques du secteur.


 

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Article extrait
du magazine N° HSEPICERIE

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