Responsable développement dur able, à chaque enseigne son profil

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Responsabilité sociale, sociétale ou environnementale : en matière de développement durable, chaque enseigne a sa culture et ses priorités. Ce qui apparaît clairement dans le profil des responsables du développement durable qui peuvent être ingénieurs, issus de la filière RH ou avoir fait leur carrière en magasins.

SANDRINE MERCIER Directeur du développement durablede Carrefour France
SANDRINE MERCIER Directeur du développement durablede Carrefour France© CARREFOUR

C'est un métier jeune : les premiers Masters en développement durable sont nés il y a moins de dix ans. C'est une fonction transverse : les trois leviers du développement durable - les responsabilités sociales, sociétales et environnementales - doivent être actionnés dans toutes les branches, sur tous les sites, à tous les niveaux de l'entreprise. C'est, enfin, « un métier de valeurs et de conviction », selon les termes de Magali Stamegna, responsable du développement durable chez Conforama depuis 2007.

Les premiers directeurs du développement durable ont été nommés au début des années 2000, dans le sillage de la loi sur les nouvelles régulations économiques (NRE) du 15 mai 2001. Dans l'industrie, d'abord, où les enjeux environnementaux sont considérables. Puis dans les services, dont les enjeux sont davantage sociaux et sociétaux. Ce n'est donc pas un hasard si, dans la grande distribution, les responsables du développement durable ont des profils très différents : chez Carrefour, Sandrine Mercier est ingénieur, issue de la filière qualité, dont elle reprend largement les process en matière d'objectifs et de reporting ; chez Conforama, Magali Stamegna vient de la filière RH et place tout naturellement les objectifs sociaux (diversité et employabilité) au premier rang de ses priorités ; chez Ikea, Pierre Deyries a fait toute sa carrière en magasins, ce qui lui permet d'avoir une vision transversale des enjeux et des leviers dont il dispose.

 

CARREFOUR : Une culture qualité

SANDRINE MERCIER, Directeur du développement durable de Carrefour France

SA FORMATION :  Ingénieur en sciences et technologies des industries alimentaires.

SON PARCOURS : Entrée chez Carrefour en 1997, à la qualité (département logistique), puis à la direction Qualité consommateurs et enfin, depuis 2007, à la direction du développement durable.

SON ÉQUIPE : Deux experts en développement durable (un ingénieur agro et un manager ayant une spécialité en développement durable) et une assistante.

SES PRIORITÉS : La réduction des consommations énergétiques en magasins (- 30 % d'ici à 2015), l'optimisation des transports entre plates-formes logistiques et magasins, la démarche de progrès engagée avec les producteurs de MDD (20 à 30 % des ventes) et la responsabilité environnementale des salariés.

SA PHILOSOPHIE : « Nous avons fait le choix d'avoir une équipe restreinte car nous ne voulons pas " faire à la place de... ", mais amener l'ensemble des équipes à intégrer le développement durable dans leur travail. »

 

Grande expérience exigée

De même, leur place dans l'organigramme dépend des circonstances : ils peuvent être directement rattachés à la direction générale (Ikea), ou relever d'une direction spécifique (le marketing chez Carrefour, les RH chez Conforama) avec, dans tous les cas, un rattachement sinon hiérarchique, du moins opérationnel avec la direction du développement durable du groupe auquel leur enseigne appartient. Chez Ikea, Pierre Deyries travaille en étroite relation avec la direction mondiale du développement durable. Chez Carrefour France, Sandrine Mercier est également rattachée à la direction développement durable du groupe.

Ils ont, en revanche, un point commun : au moins dix, voire vingt ans d'expérience au sein de leur enseigne. « Il est essentiel de bien connaître l'entreprise, son organisation et ses process », explique Sandrine Mercier. « Nous devons avoir un bon réseau interne », ajoute Pierre Deyries. « Il faut absolument éviter de faire du développement durable une couche supplémentaire mais, au contraire, l'intégrer à tous les métiers de l'entreprise », estime Magali Stamegna.

Geneviève Férone, pionnière française du développement durable, fondatrice d'Arese, première agence de notation sociale et environnementale en 1997, et aujourd'hui directrice du développement durable de Veolia Environnement, voit sa fonction comme « un prescripteur de solutions internes, qui doit être une boîte à idées et une boîte à outils ». Avec un engagement chevillé au corps, mais un mode d'intervention très pragmatique : « Il n'y a pas de solution toute faite, indique Pierre Deyries. Le développement durable, c'est la somme de centaines de petites actions qui, mises bout à bout, permettent d'atteindre les objectifs que l'on s'est fixés. » « La culture de la distribution a toujours été plus orale que procédurale, précise Magali Stamegna. Au lieu de mettre en place un réseau et des process figés, nous créons des groupes de travail au coup par coup, en fonction de l'objectif poursuivi. »

 

IKEA : Une culture « métier »

PIERRE DEYRIES, Directeur de la communication et du développement durable d'Ikea

SA FORMATION : Professeur d'histoire.

SON PARCOURS : Chef de rayon chez Décathlon, avant de rejoindre Ikea en 1991 en tant que chef de département, puis directeur de magasin, directeur des services, et directeur de la communication et du développement en 2004.

SON ÉQUIPE : Deux collaborateurs chargés, l'un des relations avec les partenaires (Office national des forêts, Fondation Abbé Pierre, etc.),et l'autre, de la coordination environnementale.

SES PRIORITÉS : La qualité globale des produits, la réduction des consommations énergétiques en magasins et le développement des énergies renouvelables, le transport des collaborateurs et des clients, la pédagogie auprès d'eux.

SA PHILOSOPHIE :  « Connaître l'entreprise et s'appuyer sur des réseaux internes pour poser les bonnes questions aux bonnes personnes. »

 

« Des intérêts communs »

Véritables ambassadeurs du développement durable, les responsables ont une mission qui relève presque de l'évangélisation : « Nous devons argumenter et convaincre pour créer une véritable dynamique et faire prendre conscience à nos interlocuteurs que nous ne sommes pas là pour leur compliquer la vie mais que nous avons, au contraire, des intérêts communs », martèle Sandrine Mercier. De ce point de vue, la montée en puissance de la notion de développement durable dans l'opinion publique leur simplifie la vie : « En dix ans, les mentalités ont beaucoup changé, se félicite Pierre Deyries. Quand nous avons lancé nos premiers investissements dans l'énergie éolienne, nous avons été critiqués. Aujourd'hui, nos 29 éoliennes produisent l'équivalent de la consommation énergétique de 23 magasins. » Et nul ne s'en plaint !

S'ils veulent convaincre, c'est d'abord pour obtenir des résultats concrets et mesurables. La fixation d'objectifs chiffrés et leur suivi régulier sont donc le coeur du métier d'un développement durable, avec des process et des méthodes de reporting issus des démarches qualité. Ce n'est, du reste, pas un hasard si Carrefour France s'est inspiré de sa filière qualité (dont Sandrine Mercier est issue) pour organiser son équipe développement durable : « Dès le départ, nous avons décidé d'associer les deux démarches, dont la logique et les process sont similaires. Dix ans après, nous sommes toujours convaincus que c'est la bonne formule. »

CONFORAMA : Une culture RH 

MAGALI STAMEGNA, Responsable du développement durable de Conforama

SA FORMATION :  DESS de ressources humaines.

SON PARCOURS : Entrée chez Conforama en 1997, à la DRH d'abord, puis au développement durable depuis 2007.

SON ÉQUIPE : Deux collaborateurs, l'un de culture environnementale, l'autre de culture RH.

SES PRIORITÉS : La collecte et le tri des déchets, les étiquettes environnementales, l'optimisation des équipements techniques en magasins, la diversité et l'égalité des chances, la montée en compétences et l'employabilité des collaborateurs.

SA PHILOSOPHIE : « Il faut intégrer le développement durable à nos métiers en amenant les équipes à s'emparer des sujets qui les concernent. C'est sans doute plus long, mais aussi plus pérenne que de nommer des responsables dans chaque service. Parce que quand les hommes changent, le développement durable reste. »

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Article extrait
du magazine N° 2179

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