Richard Girardot (Nestlé) réplique à l’interview de Michel Edouard Leclerc dans LSA

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Le patron de Nestlé France (26 usines, 13 000 salariés) n’a pas aimé du tout les propos tenus par Michel Edouard Leclerc dans la dernière livraison de LSA. Il dénonce des attaques “caricaturales” de l’agroalimentaire et de l’agriculture.

Richard Girardot, ici au siège de Nestlé France, à Noisiel. "On ne restera pas les bras croisés"...
Richard Girardot, ici au siège de Nestlé France, à Noisiel. "On ne restera pas les bras croisés"...© Laetitia Duarte / LSA

Le patron de Nestlé France a pris sa plume, sur son blog, où il tient une chronique “Histoires de bien manger” - non pas pour parler de la qualité de la purée Mousline ou du jambon blanc Herta - la première marque vendue en grande distribution et chez E.Leclerc, mais pour dénoncer les propos tenus par Michel-Edouard Leclerc dans la dernière livraison de LSA. Il est vrai que le patron des centres E.Leclerc n’a pas joué de circonvolutions. Les prises de position de Jean-Philippe Girard, président de l’Ania - dont Nestlé est un des adhérents les plus puissants - pendant la crise agricole et le blocage des magasins en janvier et février lui ont paru “obscènes”, l’agriculture reste en crise malgré “150 milliards de subventions” au cours des dix dernières années, “l’offre est tellement en retard qu’il faut aller la chercher chez les voisins”, etc.

Quand les caméras partent, Michel-Edouard Leclerc se lâche sur la filière, tempête le patron Nestlé. Ces attaques caricaturales de la part du représentant le plus écouté de la grande distribution mériteraient qu’on les ignore si elles n’étaient pas si néfastes pour la survie de milliers d’agriculteurs et l’emploi de centaines de producteurs agroalimentaires. Que dire de ce coup envoyé aux agriculteurs qu’il a prétendu défendre, comme beaucoup de dirigeants de la grande distribution, pendant la crise du porc mais qu’il lâche aujourd’hui au profit de leurs voisins européens plus « compétitifs ». L’industrie agroalimentaire est loin d’être parfaite sur cette problématique, mais les engagements de Nestlé envers le porc français, eux, sont tenus, et plus que jamais assumés même quand les caméras de télévision sont parties !”

"Tout citoyen doit pouvoir s'indigner"

Ce n’est pas la première fois que Richard Girardot, vieux routier de la relation avec la grande distribution, dénonce les pratiques de celle-ci. Même si c’est avec elle qu’il réalise avec ses marques - celles citées mais aussi Maggi, Nescafé, Chocapic, Smarties - près de 5 milliards de chiffre d’affaires et fait tourner 26 usines. Mais voilà, les négociations commerciales et la guerre des prix lamine les marges. “Tout citoyen doit pouvoir s’indigner quand la grande distribution affaiblit jour après jour un monde d’excellence et de savoir-faire au nom de la sacro-sainte baisse des prix. Enfin, je préviens : l’alliance « contrenature » des agriculteurs et des producteurs agroalimentaires ne pourra pas rester les bras croisés pendant qu’on se défausse systématiquement de leurs difficultés”.

Sans doute a-t-il raison sur le fond. Rien que sa prise de position est un acte courageux, rares sont les industriels qui s’y livrent, par peur des réactions de leurs clients. Mais l’art de la solidarité est un exercice difficile, surtout lorsque les intérêts sont divergents. L' impossible mise en place du fonds porçin porté par Xavier Beulin, président de la FNSEA, le montre. Ce fonds vient tout juste d’être refusé par les industriels, - ce sont eux qui devaient l'alimenter puis en répercuter le coût à leurs clients. Tandis qu’il est soutenu - sous forme d’un communiqué, certes, pas par des sommes allouées à date - par la distribution !

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