Marchés

Ruptures en série sur les premiers prix

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approvisionnement - Depuis septembre, de nombreux trous sont apparus dans les linéaires. Inacceptable pour les enseignes. Mais si de réelles pénuries sont parfois à l'origine de ces ruptures, les rapports entre l'industrie et la distribution sont généralement les vrais coupables.

« Des pois chiches et des lentilles, on n'en a plus ! Heureusement que le service militaire a été supprimé, on n'aurait plus rien à donner aux soldats... », plaisante à peine Jean-Pierre Gontier, président de la Scamark, la filiale de Leclerc en charge des marques propres. Si les ruptures déplorées sur les légumes secs ne sont pas trop préjudiciables, les trous constatés en linéaires sur des produits de base, tels les pâtes, le lait ou le beurre, sont plus dommageables pour le chiffre d'affaires. Surtout à l'heure où le hard-discount semble reprendre du terrain (LSA n° 2024).

Depuis la rentrée, et particulièrement octobre et novembre, aucune enseigne n'y a échappé (lire encadré). « Nous connaissons des ruptures », admet-on pudiquement chez Carrefour. « Ça a été tendu sur le beurre entre la mi-octobre et la mi-novembre », soupire Nadia Million, la chef de file MDD de Système U. Pour éviter la panne sèche dans ses magasins, l'enseigne a dû établir des quotas par région afin de répartir la marchandise.

 

Négociations tendues

C'est que, lorsqu'une pénurie se profile, tous les produits ne sont pas logés à la même enseigne. « Les gammes économiques sont les premières victimes », indique Nadia Million. Explication : sur les marchés, où la matière première devient chère, les industriels la réservent pour leur marque ou pour les MDD, mieux valorisées. Et quand les premiers prix disparaissent, la demande se reporte sur les MDD qui, à leur tour, viennent à manquer.

Reste que les déficits agricoles n'expliquent pas tout. Les ruptures déplorées dans les hypers et les supermarchés de France sont aussi la conséquence du blocage des négociations 2008. « Je n'avais jamais vu pareille situation, souligne un industriel de la panification. La pénurie a davantage été un problème commercial que de matière première. Les distributeurs qui ont accepté de payer les hausses ont été livrés. » Ce que confirme Jean-Pierre Gontier côté distributeurs. « Certains fournisseurs nous présentent des hausses de tarifs très supérieures à l'augmentation des matières premières, ce qui pénalise particulièrement les gammes premiers prix. Alors on discute ; ils suspendent leurs livraisons et on tombe en rupture. »

 

Un jeu dangereux

Parfois, ce sont les fournisseurs qui font défaut ! « Certains ne veulent plus faire de premiers prix », explique Nadia Million. Et cela se comprend. « La semoule peut intervenir jusqu'à 50 % dans le coût de fabrication des pâtes premier prix, alors, quand son prix augmente de 300 %, l'industriel risque de vendre à perte », note un acteur. Sachant que le manque de candidats pour fabriquer des gammes économiques arrange aussi les distributeurs.

La raréfaction des produits d'entrée de gamme en rayon peut pousser les clients à acheter les MDD ! Avec toutefois le risque que les consommateurs déçus filent dans les magasins de hard-discount. Les enseignes ne peuvent donc pas jouer trop longtemps au jeu du rayon vide. Même si une nouvelle crise n'est pas à exclure. La prochaine récolte de blé dur, avec lequel sont fabriquées les pâtes, n'interviendra qu'en juillet 2008.

« Les ruptures sont derrière nous, mais il y en aura de nouvelles sur les pâtes entre la fin mai et le début juillet », avertit un gros intervenant. Si les ruptures d'automne avaient pour origine la hausse des matières premières et donc les capacités d'achat des fabricants, il s'agirait cette fois d'une pénurie réelle, ne touchant pas que les premiers prix.

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