S'approvisionner, un jeu subtil

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Dossier Face aux tensions sur les matières premières, les fabricants ont dû aiguiser leur stratégies pour s'adapter et ne pas répercuter telle quelle la hausse des prix.

 Si nous avions dû répercuter la hausse du coût des matières premières, les prix auraient été tellement élevés que la consommation aurait eu un réel problème
Si nous avions dû répercuter la hausse du coût des matières premières, les prix auraient été tellement élevés que la consommation aurait eu un réel problème© DR

L'angoisse a bien failli saisir tous les bébés. Le 29 septembre, l'incendie d'une usine japonaise de production d'acide acrylique a rapidement eu un écho médiatique tonitruant, jetant le spectre d'une pénurie mondiale de couches. Le groupe chimique nippon Shokubai, propriétaire de l'usine, contrôle près de 20% de la production de ce polymère, élément constituant de la partie absorbante des couches (SAP). « Le marché de cette matière est extrêmement intégré, explique Marc Sanchez, directeur général France pour SCA. Quatre entreprises fournissent tout le marché. Une disparaît et l'impact peut-être immédiat. »

L'inquiétude a rapidement enflé. Notamment vers une inflation totale des prix. Mais la rumeur s'est vite dégonflée. D'une part, Kimberly-Clark et SCA, deux des plus grands acteurs de ce marché, n'étaient pas sous contrat avec ce fournisseur. Quant à Procter et Gamble, le numéro un en France, bien en lien avec Shokubai, a rapidement apaisé les médias. Premièrement, l'incident ne concernait qu'une des quatre lignes de production du fournisseur. Et deuxièmement, c'était sans compter sur l'expérience des groupes d'hygiène-papier en matière d'approvisionnement.

 

Des stratégies bien rodées

Sur le marché complexe des matières premières, les groupes d'hygiène-papier s'adaptent. Et jonglent avec les fournisseurs avec aisance. Surtout depuis les cinq dernières années. Entre 2003 et 2012, la pâte à papier a crû de presque 50%, en moyenne. Avec notamment un pic en 2011 à plus de 1 000 $ la tonne, soit une progression de près de 100%... « Si nous avions dû répercuter la hausse des matières premières, les prix auraient été tellement élevés que la consommation aurait eu un réel problème », rassure Isabelle Valibus, directrice générale France de Kimberly-Clark. Dans ce contexte, « il nous faut chercher des solutions en permanence pour contrecarrer le prix des matières premières », avoue Marc Sanchez. Jouer entre les fournisseurs disposés d'un côté ou de l'autre de la planète. « La pâte à papier se transporte assez facilement », décrit le directeur. Cela ne pose donc aucun problème de changer rapidement ses approvisionneurs, quitte à ce qu'ils soient loin. Si bien que le marché en devient mondial, essentiellement soumis à la loi de l'offre et de la demande est à la santé des pays émergents. Globalement, « le marché évolue de manière cyclique tous les deux ou trois ans », observe Marc Sanchez, selon l'état des nouveaux marchés, principalement asiatiques. Avec l'habitude, les fabricants ont pu développer une expérience et une lecture du marché qui leur permettent d'anticiper. Services de veille et plans de secours se sont multipliés : les stratégies sont bien rodées.

 

Coûts énergétiques

Mais il existe une matière première sur laquelle les industriels ne sont pas maîtres : l'énergie. « C'est pourtant celle dont on parle le moins ! », s'exclame Isabelle Valibus. L'électricité basse tension a pris plus de 20 % en deux ans, le gaz près de 70 % selon l'Insee... Des ingrédients de tous les jours qui ne sont pas indiqués sur le produit, ni en rayon. Et qui, pourtant, pèsent lourdement dans les coûts. Les processus industriels sont perfectionnés en permanence pour améliorer la consommation de ces denrées indispensables, et diminuer l'impact.

De son côté, le pétrole n'est pas en reste. Et lui, intervient à divers niveaux. Pour le transport d'une part, mais également dans les produits. La partie superabsorbante d'une couche (SAP) est essentiellement composée de substance chimique issue de la pétrochimie. Les conséquences en sont directes. « De plus en plus, le SAP prend une part importante dans le prix d'une couche », concède Marc Sanchez. Dans le packaging, en matière plastique, l'incidence prend des proportions égales aux courbettes du baril. C'est d'ailleurs, pour certaines marques écolos, l'intérêt de choisir des matières premières végétales dans le SAP comme dans le packaging. Love et Green, qui a divisé par deux la part de SAP, dans ses couches, utilise également de l'amidon de maïs dans ses emballages. « Sur ces marchés, les tensions sur les prix ne sont pas encore démesurées », décrit Céline Couteau, ancienne cadre d'une multinationale qui a cofondé la marque.

 

Recycler le papier

Et le remplacement du pétrole est aussi un pari pour ces PME. « À long terme, les problématiques du pétrole grandiront et les tensions sur les prix seront encore plus fortes », prédit la directrice. Love et Green mise donc sur ces bonne relations avec ses fournisseurs pour, une fois que le marché des matières premières végétales s'imposera, gérer au mieux et anticiper les évolutions des prix.

Mais une autre matière vient s'ajouter dans la balance : la pâte recyclée. Il stagne à 50% d'utilisation en hygiène-papier. « Les volumes ne sont pas encore assez importants pour contrebalancer les coûts de collectes », estime Julien Tavernier, chargé de projet « papier responsable » pour WWF France. L'association cherche donc à augmenter l'offre sur ce marché, pour diminuer le prix de la fibre recyclée. Travailler au recyclage des magazines, des publicités, et changer les moeurs. Car la matière recyclée peut devenir un réel avantage, avec des prix plus stables, face à une offre mieux contrôlées. La quantité disponible est considérable. Et le domaine du recyclage pourrait bien offrir des perspectives prometteuses, en termes de prix, face aux évolutions de la pâte à papier vierge.

LA FLAMBÉE DES MATIÈRES PREMIÈRES SUR LES DERNIÈRES ANNÉES

L'explosion du coût des matières premières n'est pas une légende.La courbe parle d'elle-même. Si les prix de la pâte à papier commencent à se stabiliser, voire redescendre en 2012, le rapport entre le dollar et l'euro relativise malheureusement cette tendance baissière. Ne favorisant pas les producteurs français, importateurs de pâte à papier. Le pétrole, pour sa part, a également fait des pirouettes. Présent dans les SAP (parties superabsorbantes), certains acteurs cherchent à s'en débarrasser. Mais d'autres fabricants considèrent qu'il est indispensable à la bonne qualité des couches. Domaine dans lequel aucun ne veut rogner.

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Article extrait
du magazine N° 2251

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