« Sans antibiotique », l’argument qui divise

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Une nouvelle tendance émerge au sein des viandes : les produits étiquetés sans antibiotique. De nombreux efforts sont, en effet, réalisés pour réduire de façon drastique le recours à ces substances. Mais, en rayons, cette allégation agace…

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Broceliande_Chipolata.jpg© dr

Dans cet élevage de volailles, une forte odeur de romarin et d’ail se dégage. Ces volailles auvergnates ont une hygiène de vie bien différente de celle des élevages conventionnels : elles sont traitées aux huiles essentielles. Si elles tombent malades, l’ail est utilisé pour faire fuir les parasites ; le thym, l’origan ou la cannelle serviront à lutter contre les colibacilles (des bactéries intestinales). Les antibiotiques ? Pas question ! Cette mention est clairement stipulée dans le cahier des charges de l’éleveur qui le lie avec l’enseigne Carrefour. Ces volailles sont, en effet, vendues avec un macaron Filière qualité Carrefour, dont le packaging revendique fièrement l’absence d’antibiotique. Si le recours à ces molécules s’avère nécessaire, alors, elles seront déclassées de cette filière.

Toutes les filières intéressées

Cette offre « sans antibiotique » est arrivée dans les linéaires en 2013. À l’époque, le distributeur table sur 4 000 poulets vendus par semaine. Il en écoule désormais plus de 15 000 par semaine ! L’offre grandit, Brocéliande sort ainsi toute une gamme de produits à base de porc, comme des saucisses, lardons, jambons, etc., sans antibiotique. Idem pour le géant LDC, qui, via la Société normande de volaille (SNV), commercialise des volailles (poulets, pintades, canards, dindes) sans antibiotique sous la marque Valeurs d’éleveurs.

« C’est la première fois qu’une démarche aussi structurante se crée dans les filières sans antibiotique, nous abattons 400 000 volailles par semaine, dont 300 000 poulets », explique Christophe Pajot, directeur général de la SNV. Mais l’émergence d’une telle offre ne fait pas que des heureux. La concurrence s’agace, « car proposer des produits sans antibiotique, c’est aussi insinuer le doute sur le reste de l’offre », souffle un industriel.

Mesure d’exposition

De façon globale, la présence d’antibiotiques s’est nettement amoindrie au sein des filières animales. L’Agence nationale du médicament vétérinaire note, pour 2013, 699 tonnes d’antibiotiques distribuées, soit moins qu’en 1999, moment où l’on a commencé à scruter de près leur utilisation dans les filières animales.

Dans le détail, ces chiffres sont à prendre avec précaution, car les nouvelles générations de médicaments nécessitent des dosages moins importants. C’est pourquoi on mesure maintenant l’exposition des animaux aux antibiotiques avec un indice, l’Alea (animal level of exposure to antibiotics). Entre 2012 et 2013, cette exposition a diminué de 6,6% pour les bovins, de 5,4% pour les volailles, de 4% pour les porcs. En revanche, elle a augmenté de 3,6% pour les lapins. « Certaines espèces se distinguent, comme les porcs charcutiers, pour lesquels elle a chuté de 80% en trois ans », constate Jean-Yves Madec, directeur adjoint du Laboratoire lyonnais de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). L’objectif est de réduire la résistance des bactéries aux antibiotiques. En outre, depuis 2006, donner des antibiotiques à titre préventif ou comme facteur de croissance est strictement interdit.

Autre démarche pour diminuer la prise d’antibiotiques, le ministère de l’Agriculture a mis en place le plan Écoantibio, prévoyant de réduire de 25% l’usage des antibiotiques en médecine vétérinaire entre 2012 et 2017. Dans les élevages, la délivrance de médicaments est aussi très encadrée. Les liens avec le vétérinaire restent étroits. « Une visite d’élevage est effectuée chaque année, détaille ainsi Didier Ramet, éleveur de bovins dans la Nièvre. En cas de maladie bénigne, le vétérinaire vient et fait le protocole de soins, et nous indique le traitement à suivre. Pour les cas plus graves, il délivre lui-même les médicaments. »

La France, bonne élève

Un encadrement qui paie : à l’heure actuelle, la France se montre plutôt bonne élève, elle se situe en dessous de la moyenne européenne de l’Alea dans chaque pays. Quant aux adeptes du « sans-antibiotique », ils se tournent plutôt vers l’homéopathie ou la phytothérapie. Mais ces pratiques ne sont pas encore encadrées, et l’Anses a été saisie du sujet. Malgré les efforts menés dans la filière, ce marché restera sans doute une niche au sein des rayons viandes. 

pour

  • Les filières sans antibiotique rassurent les consommateurs, souvent méfiants vis-à-vis des produits carnés.
  • Cette démarche s’inscrit dans un cadre plus large : depuis 2006, délivrer des antibiotiques à titre préventif est interdit. Le plan Écoantibio du gouvernement, lancé en 2012, prévoit une baisse de l’utilisation de ces produits dans les filières animales.

contre

  • Une offre étiquetée « sans antibiotique » jette le doute sur les produits concurrents.
  • Un tel argument marketing peut engendrer un sentiment de méfiance globale du consommateur sur la viande, alors même que la présence de ces produits diminue, de façon globale, dans les filières animales.

Une offre qui émerge en magasins

Les poulets auvergnats de Carrefour font un tabac

Carrefour a lancé, en 2013, une Filière qualité Carrefour, proposant des poulets élevés sans antibiotique, en partenariat avec des producteurs auvergnats. C’est un vrai succès : plus de 15 000 volailles sont commercialisées chaque semaine chez le distributeur ! Depuis, les éleveurs auvergnats ont été approchés par des concurrents. Mais il faut maintenant mettre en place des bâtiments et des élevages spécifiques.

Brocéliande et ses cochons bien élevés ?

La marque de l’abatteur de porcs Cooperl a mis en place en 2013 toute une gamme de produits sans antibiotique : saucisses, lardons, jambons, etc. La coopérative, qui veut monter en gamme, a présenté ces nouveautés avec un marketing décalé peu fréquent dans ces linéaires : ses produits sont « bien élevés », car ils sont sans antibiotique après sevrage.

Valeurs d’éleveurs, le projet du géant LDC

La Société normande de Volaille, qui appartient à LDC, va proposer courant 2015, à grande échelle, des poulets standards et certifiés sans antibiotique : 300 000 bêtes sont en effet produites chaque semaine ! L’offre sera présentée sous la marque Valeurs d’éleveurs. Elle proposera, en outre, une gamme de canards, de pintades et de dindes.

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Article extrait
du magazine N° 2355

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