Sans les distributeurs, il n'y a pas de made in France possible

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INTERVIEW Après treize ans à la direction générale de Gémo, Hubert Aubry a été nommé fin 2019 directeur de la stratégie et du développement du groupe Éram. Exploitant 10 marques de mode et de chaussures, le groupe familial a engagé sa mutation vers une mode plus responsable et plus locale. Déjà premier producteur français de chaussures, le groupe continue à accroître la part des produits tricolores dans ses assortiments… mais avec réalisme.

hubert Aubry, Directeur de la stratégie et du développement du groupe Éram
hubert Aubry, Directeur de la stratégie et du développement du groupe Éram© © ERAM

LSA - La crise du coronavirus a remis en avant le made in France auprès des consommateurs comme des distributeurs. Que vous inspire ce regain ?
Hubert Aubry –
En effet, on sent nettement la volonté de la distribution d’accompagner la relocalisation. Chez Éram, nous connaissons mieux que quiconque les enjeux de la production française : notre groupe, qui fêtera ses 100 ans en 2027, possède deux usines dans le Maine-et-Loire qui emploient 200 salariés.

Premier producteur français de chaussures avec quelque 700 000 paires confectionnées chaque année, nous avons tenu à bout de bras ce savoir-faire quasiment disparu de l’Hexagone. La fabrication française représente environ 10% de l’offre proposée dans nos différentes enseignes – allant d’environ 5 % chez Gémo à 30 % pour notre marque Bocage – et, dans notre secteur, il s’agit déjà d’une réussite.

Quels sont les freins à la relocalisation ?
H. A. -
Le principal est le coût de la main-d’œuvre : pour une chemise, par exemple, il est de 1,50 € en Asie, de 2,75 € au Maroc… mais de 19 € en France. Pour le mass-market, la relocalisation doit être adaptée afin d’optimiser le rapport coût de main-d’œuvre/valeur perçue par le client. Un autre frein est la perte de savoir-faire. C’est pour l’éviter que nous avons ouvert en 2014 notre propre école de la chaussure où nous avons déjà formé plus de 50 personnes.

Nous sommes naturellement très attachés au développement du made in France, mais dans un premier temps, nous nous fixons un objectif ambitieux en matière de relocalisation en Europe. Notre but, à cinq ans, est de proposer la moitié de notre assortiment global en made in Europe avec l’ambition d’arriver à 70 % de notre catalogue pour Éram et à 80 % pour Bocage. La relocalisation en Europe est en effet plus réaliste et plus en phase avec les attentes des consommateurs en matière de prix. Il faut être pragmatique et accepter aussi des solutions partielles : nos usines ne produisent pas que du 100 % made in France, certains éléments viennent parfois de l’étranger comme les semelles ou les tiges. Mais ce sont des emplois maintenus en France et une maîtrise du savoir-faire qui nous permet aujourd’hui de développer de nouveaux projets en économie circulaire et durable.

Quel doit être le rôle de la distribution ?
H. A. -
Le développement du made in France passe nécessairement par les magasins. Il faut que les enseignes aient le courage de le mettre en valeur en sélectionnant les produits dont la différence de prix est acceptable. En mass-market, c’est plus difficile, mais il est clair que sans les distributeurs, il n’y a pas de made in France possible.

Propos recueillis par V. Y.

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Article extrait
du magazine N° 2613-2614

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