Serge Papin (Système U) : "D'ici deux ans, on peut penser à un armistice dans la guerre des prix"

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Suite à la publication des résultats 2014 de Système U (18,51 Mds€ TTC hors carburants, + 0,3 %), Serge Papin, son PDG, est revenu pour LSA sur cette année riche en rebondissements.

Serge Papin, PDG de Système U.
Serge Papin, PDG de Système U.© DR

Système U vient de publier ses résultats pour l’année 2014 avec une croissance de seulement 0,3 % des ventes, à 18,51 milliards d’euros TTC hors carburants (23,51 avec carburants). La part de marché s’établit à 10,3 %, grâce au recrutement de 210 000 nouveaux foyers d’après Kantar. En plus d’un contexte commercial très tendu, illustré par la guerre des prix et les alliances en cascade du deuxième semestre, Système U a perdu un hyper et 11 supers au cours de l’année, soit près de 32 000 mètres carrés de surfaces commerciales si l’on s’en tient aux surfaces moyenne du réseau. Malgré tout, le développement de la proximité a permis à la coopérative de gagner 35 619 mètres carrés en tout. Le réseau U Express a gagné 21 points de vente (315), et Utile 9 (419). Au sein de l’offre, les produits U ont pesé 4,49 milliards d’euros, soit 24,7 % du chiffre d’affaires. Sur internet, U poursuit son développement mais reste modeste avec 407 millions d’euros réalisés en drive (2,2 % des ventes) malgré une progression de 15,9 %. Serge Papin, PDG de Système U, est revenu pour LSA sur cette année 2014 riche en rebondissement.

"Système U est la première enseigne en quota de MDD"

LSA : Quel regard portez-vous sur les performances de Système U en 2014 ?

Serge Papin : Nos résultats sont stables à +0,3 %, c’est déjà bien, et en progression en nombre de clients. Nous sommes plutôt contents de la stabilité du chiffre d’affaires. Le mois de décembre a été très bon et janvier est satisfaisant aussi. Il y a un effet déflationniste que nous avons contrecarré avec les produits frais, avec la création de valeur. Nos produits U ont fait preuve d’une très bonne tenue. Nous sommes satisfaits du travail. Système U est la première enseigne en quota de MDD. Toutes marques propres confondues, nous sommes à 36 % des ventes en PGC, contre 31 % pour la moyenne du marché. D’après Kantar, Intermarché est à 35%, Leclerc 34, Auchan 28 et Carrefour 27. Surtout, les marques U sont en légère progression alors que le marché des marques distributeurs est en recul de 0,7 %.

LSA : Derrière votre progression de 0,3 %, quelles sont vos performances à parc constant ?
Serge Papin :Toutes enseignes confondues, nous sommes en recul de 0,2 %. Les hypers sont à -0,3 %, les supers à -0,2 % et la proximité est stable. Si l’on prend les ventes au global, les hypers ont perdu 1,1 %, à cause de la perte d’un magasin, les supers 0,4 %, tandis que la proximité a augmenté ses ventes de 8,7 %.

LSA : Vous avez tout de même perdu un hyper et onze supers cette année…
Serge Papin :Il y a eu le départ du groupe Dejean dans le Sud vers Carrefour, avec cinq magasins dont l’hyper de Sérignan [sept magasins d’après nos informations, NDLR]. Sincèrement, je suis content qu’il soit parti. Il n’était pas du tout dans l’état d’esprit du groupement. Il y est resté moins de dix ans, a racheté deux magasins, avant de s’en aller. Bien sûr, on ne peut pas être satisfait pour le chiffre d’affaires, cela représente plus de 100 millions d’euros. C’est aussi un problème pour la couverture des coûts de la centrale.

LSA : Les pertes de magasins sont-elles devenues un problème pour Système U ?
Serge Papin : La coopérative est basée sur la liberté depuis toujours. Dans une période dynamique permettant de compenser certains départs, cela pouvait s’équilibrer. Aujourd’hui, il y a la déflation plus la difficulté d’ouvrir des magasins. Les groupes capitalistes font des propositions « spécifiques », c’est-à-dire qu’ils proposent des ponts d’or à nos adhérents au détriment de leurs franchisés actuels. Ces conditions préférentielles, il faut bien que quelqu’un les paye ! Est-ce qu’ils doivent s’attendre à des lendemains qui déchantent ? Est-ce qu’ils s’accommodent de réseaux à deux vitesses ?

"Ce n’est pas dans notre culture de débaucher des magasins"

LSA : Quel a été l’impact des départs ces dernières années ?
Serge Papin : Nous avons perdu 45 magasins en 5 ans, mais nous avons recruté bien plus de chiffre d’affaires  que nous n’en avons perdu. Rien que Coop Atlantic nous a ramené 37 magasins. Mais ce n’est pas dans notre culture de débaucher des magasins. Pour assurer la cohésion, le partenariat avec Auchan est un gage de pérennité. Il nous oblige à revisiter des dispositifs contractuels entre l’ensemble et la coopérative, cela oblige à poser des questions concrètes. Les contrats d’adhésion peuvent être très contraignants chez nos concurrents. Pour Intermarché c’est 15 ans, chez Leclerc 25 ans… Même a minima, il faut que Système U ait un système de sécurisation du réseau. Aujourd’hui, il n’y a pas de contrat. Auchan aussi a envie d’un partenaire pérenne.

LSA : Comment fonctionne votre partenariat avec Auchan ?
Serge Papin : Nous sommes tous les deux des commerçants, il y a beaucoup de dialogue, beaucoup de compréhension. Vianney et moi, on ne peut pas décider pour tout le monde, mais on essaye de mettre de l’huile dans les rouages.

LSA : Est-ce qu’Auchan vous met la pression pour sécuriser le réseau ?
Serge Papin : Non, Auchan n’est jamais venu en nous disant "faites comme ça". Il y a un certain nombre de débats pour unifier le groupement, être plus cohérent, plus aligné. Quelles améliorations pouvons-nous apporter à l’outil ? C’est un chantier à nous, mais qui doit être en cohérence avec le partenariat. Si les achats sont sécurisés, à nous de gagner en organisation. On va pouvoir challenger Leclerc.

"Je n’ai jamais cru au drive, je n’y crois toujours pas"

LSA : Quels sont les débats internes sur la dynamique commerciale ?
Serge Papin : Nous avons fait le constat d’une discrimination aux volumes avec les grandes marques. Désormais, 90 % du chiffre d’affaires des GMS est regroupé. On peut penser que d’ici deux ans, ce ne sont plus les achats mais la mise en marché qui va compter. On peut penser à un armistice dans la guerre des prix. Je n’ai jamais cru au drive, je n’y crois toujours pas, et nous n’en avions pas les moyens. Je ne crois pas à de gros relais de croissance sur internet. On les trouvera en magasin grâce à l’offre, la qualité, en faisant des courses un moment de plaisir. Je crois beaucoup à cela et au développement de la qualité de nos MDD.

LSA : Menez-vous déjà des actions pour améliorer l’expérience en magasin ?
Serge Papin : A Nantes, nous avons mis en place des contrats de qualification professionnels de boucher. Pour les collaborateurs, c’est une formation de neuf mois avec une augmentation de salaire à la clé. Il y a eu 40 volontaires, dont 23 femmes. Mais il y a aussi toutes nos ouvertures et agrandissements. A chaque fois, nous avons de bons retours. Aussi, notre image prix s’est améliorée. Nous avons diminué le taux de promo pour privilégier le prix en fond de rayon. Nous avons aussi augmenté de 1 % le nombre de porteur de notre carte de fidélité, 76 % du chiffre d’affaires passe par elle.

LSA : Qu’attendez-vous de 2015 ?
Serge Papin : J’attends de 2015 une année de continuité. La baisse du prix de l’énergie et des taux d’intérêts jouent en faveur de la consommation. A part ça, je ne m’attends pas à de grandes surprises, plutôt un attentisme d’inquiétude. Ce qui va faire la différence, c’est la qualité des réseaux, et de ce point de vue nous avons de l’avance.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Duval

A savoir
Le chiffre d’affaires des Magasins U est de 18,51 milliards d’euros TTC hors carburant (+0,3%). Il atteint 23,51 milliards d’euros TTC avec carburant. La part de marché s'établit à 10,3 pt. Au 31 décembre 2014, le groupement compte 1 575 points de vente répartis en 832 magasins pour le réseau discount (Hyper U et Super U) et 743 magasins pour le réseau proximité (Marché U, U Express, et Utile).  Le total des mètres carrés de surface commerciale est de 2 545 005 m2, soit un solde positif de 35 619 m2 en un an1.

Hyper U

  • Nombre d’unités : 70
  • CA TTC hors carburants : 3,47 milliards d’euros

Super U

  • Nombre d’unités : 762
  • CA TTC hors carburants : 13,28 milliards d’euros

Marché U

  • Nombre d’unités : 9

U Express

  • Nombre d’unités : 315
  • CA TTC hors carburants : 1,38 milliard d’euros

Utile

  • Nombre d’unités : 419
  • CA TTC hors carburants : 302 millions d’euros

Courses U

  • Nombre d'unités:  625 magasins
  • CA TTC: 407 millions d'euros (+15,9%)

 


 

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