Série noire pour les enseignes spécialisées britanniques

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Frappée par la crise économique et l'offensive des boutiques en ligne, la distribution non alimentaire britannique subit une impressionnante vague de faillites. Selon les experts, elle peine à faire sa mue.

Triste Toussaint pour les 6 500 salariés de Comet. Le distributeur britannique d'électroménager, déjà lâché par Darty il y a moins de un an, a annoncé, le 1er novembre, sa volonté de placer l'entreprise et ses 240 magasins sous administration judiciaire. L'enseigne n'avait plus de liquidités pour assurer ses achats de Noël ni d'assurance crédit pour protéger ses fournisseurs en cas de faillite. Résultat : Comet risque de rejoindre les distributeurs d'articles de sport JJB et Blacks Leisure, mais aussi le spécialiste de jeux Game, ainsi que l'enseigne de mode à bas prix Bonmarché (Peacocks), qui ont disparu ou été rachetées ces derniers mois, souvent victimes d'un endettement colossal.

 

Illusions perdues

Un remake en plus douloureux peut-être de la crise traversée par le secteur il ya trois ans. Fin 2008, le grand magasin centenaire Woolworths baissait le rideau, laissant sur le carreau 22 000 salariés et vidant 807 magasins. « Mais la majorité des distributeurs pensaient alors qu'ils pourraient résister à la crise. Aujourd'hui, beaucoup ont accepté l'idée que la relance de l'économie sera lente et que le secteur de la vente au détail a changé pour de bon », explique Patrick O'Brien, analyste au sein du cabinet d'études Verdict. Au total, 20 magasins par jour, voire 30 en juillet et en août, ont fermé leurs portes au travers du Royaume-Uni durant le premier semestre, soit 953 au total, contre 174 en 2011, selon une étude réalisée par PwC et Local Data Company.

La faute à des baux commerciaux beaucoup trop longs - 7,7 ans en moyenne en 2011, selon la fédération du bâtiment britannique BPF - assortis à des loyers en hausse. « Avec l'essor de l'e-commerce, les enseignes réalisent qu'elles n'ont plus besoin d'un parc si étendu, explique Patrick O'Brien. La plupart n'ont pas les moyens de se désengager de ces baux dans leurs magasins en difficultés, donc elles réduisent les coûts pour rester à flot. Elles cessent d'investir et, donc, perdent de la clientèle, ce qui les entraîne dans une spirale de déclin. »

 

Géant aux pieds d'argile

Nombre d'enseignes ont ainsi déclaré faillite alors que leur parc restait important : Game comptait 600 points de vente lorsqu'elle a été placée sous administration judiciaire, tandis que JJB n'a pu céder que 20 de ses 180 magasins à son grand rival, le numéro un, Sports Direct. « JJB a au moins tenté de résoudre ce problème en essayant de se refinancer à plusieurs reprises au travers de propositions de moratoires, mais elle n'a jamais eu la trésorerie suffisante pour réinvestir dans ses magasins restants », souligne l'analyste. Même les plus rentables, à l'image du distributeur généraliste multicanal Argos, ont décidé de réduire leur parc : 75 de ses 739 points de vente pourraient ainsi disparaître au cours des cinq prochaines années.

La situation continue pourtant à ne pas émouvoir les propriétaires, « qui ne ressentent pas le besoin de baisser les loyers, explique Julie Palmer, associée au sein du cabinet spécialisé dans les liquidations Begbies Traynor. Il faudra sans doute attendre longtemps avant qu'ils ne réagissent et réalisent que leurs magasins sont fermés pour de bon ».

De fait, certains modèles économiques ne tiennent plus la route : il y a encore cinq ans, JJB et Blacks Leisure se disputaient la place de leader outre-Manche, avec chacun près de 400 magasins. Mais elles n'ont pas su s'adapter à une concurrence au positionnement plus distinct : prêt-à-porter et haut de gamme pour JD Sports, qui a repris Blacks Leisure, et low-cost pour Sports Direct. L'univers concurrentiel s'est aussi considérablement durci. « On a le sentiment que, pour chaque perdant, on retrouve immédiatement une enseigne gagnante, explique Neil Saunders, fondateur du cabinet d'études Conlumino. Les principales réussites se retrouvent surtout sur le web et chez ceux qui ont adopté une approche multicanal ». Ainsi, l'e-boutique mode et beauté Asos (+ 32% de chiffre d'affaires à fin août), les magasins d'habillement Next ou le grand magasin John Lewis, ou, versant bas prix, l'enseigne de textile Primark (+ 17% de bénéfices cette année), enregistrent des chiffres de ventes extrêmement résistants.

 

Trêve de Noël

Pour les autres, la sonnette d'alarme a été tirée : il y a un an, le rapport Portas, commissionné par le gouvernement britannique, a conclu qu'un commerce de centre-ville sur trois n'était pas viable. L'auteur recommandait ainsi une fiscalité plus attractive, de même que des parkings abordables et accessibles géographiquement. En attendant la mise en application de ces recommandations, les distributeurs britanniques devraient connaître une trêve d'ici à Noël. Avant d'entamer une nouvelle année qui risque d'être encore moins « clémente »...

Les raisons de la crise

  • Des parcs de magasins trop abondants
  • La percée du commerce en ligne qui réduit l'intérêt de déployer un trop grand nombre de magasins.
  • Des baux trop longs et des loyers trop élevés qui limitent les capacités d'investissement des enseignes.

Des perdants et... des gagnants

  • 20 généralistes ont fermé leurs portes chaque jour outre-Manche au cours du premier semestre.
  • Un chiffre qui est monté à 32 magasins fermés par jour en juillet-août.
  • Les magasins de jouets (- 32,8% et de meubles (- 36,7%) figurent parmi les plus durement touchés.
  • En revanche, la crise a fait les affaires des commerces de proximité (+ 4,6%), des magasins à « 1 pound » (+ 7%), des bookmakers (+ 2,3%) et même des prêteurs sur gages (+ 8,4%)...

Sources : PwC, Local Data Company

Des faillites en rafales

  • 1er novembre 2012 Comet, (électroménager), ex-filiale de Darty, annonce vouloir se placer sous administration judiciaire (6 500 employés pour 240 magasins).
  • 24 septembre JJB (articles de sport) est placée sous administration judiciaire. 20 de ses 180 magasins sont rachetés par son concurrent Sports Direct.
  • 9 mai Clinton Cards (cartes) tombe sous administration judiciaire. American Greetings annoncera le 7 juin le rachat de 400 des 750 points de vente, sauvant ainsi 4 500 des 8 300 emplois de l'enseigne. 21 mars Game (jeux) annonce son placement sous administration judiciaire.
  • Le 1er avril, 333 des 600 magasins sont vendus à la société d'investissement Baker Group.
  • 23 janvier Bonmarché (vêtements à bas prix), dans le giron du groupe Peacocks, tombe sous administration judiciaire, mais sera rachetée par le fonds Sun Capital Partners. Seuls 230 magasins continueront à opérer - 160 seront fermés - et 2 400 emplois sauvés sur 3 800.
  • 9 janvier Blacks Leisure (articles de sport), sous administration judiciaire depuis décembre 2011, est rachetée par son concurrent JD Sports pour 20 M £.

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Article extrait
du magazine N° 2250

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