[SIA 2016] Guillaume Roué (Inaporc) : "Le fonds de soutien des éleveurs est en voie d’aboutissement"

|

Dossier A l’occasion du Salon International de l’Agriculture qui se tient du 27 février au 6 mars 2016 Porte de Versailles à Paris, Guillaume Roué, président d’Inaporc, l’interprofession de la filière porcine revient pour LSA sur la situation de la filière porcine et ses dossiers prioritaires. Interview.

Guillaume Roué et Manuel Vall lundi 29 février 2016 au SIA
Guillaume Roué et Manuel Vall lundi 29 février 2016 au SIA

Depuis samedi 27 mars, François Hollande, Manuel Valls et Stéphane Le Foll sont passés sur le stand d’Inaporc. Que leur avez-vous demandé ?

Nous avons fait un point sur la situation de la filière porcine qu’ils connaissent très bien. En tant que président d’Inaporc, je leur ai demandé de trouver une solution urgente sur la Russie. Ce pays qui représentait pour l’Europe un marché de 750 000 tonnes a décrété à partir de février 2014 un embargo sanitaire en raison de cas de peste porcine détectés en Pologne et dans les pays baltes, puis un embargo politique à partir d’août 2014. L’embargo politique ne porte que sur les produits à base de viande, ce qui nous permettrait donc d’exporter vers la Russie les gras et les abats. Cette partie est loin d’être négligeable car elle contribue pour les éleveurs à obtenir un équilibre de la carcasse. La situation reste néanmoins bloquée car l’embargo sanitaire est régi par un certificat européen unique. Nous avons demandé aux pouvoirs publics français d’interpeller l’Europe  sur ce point et de trouver une solution urgente permettant la levée de l’embargo sanitaire. Avant ce double embargo, la Russie était le premier pays tiers client de la France et représentait pour les éleveurs français un marché de 70 000 tonnes.

En dehors de la Russie, quels sont les autres débouchés à l’export pour les éleveurs français ?

La Chine est un autre client important. Sur les 2,8 M de tonnes exportés hors Union européenne, 1,2 M sont exportés vers la Chine. Après la Russie, il ne faudrait surtout pas que l’on ait un problème avec la Chine car cela serait catastrophique. Nous évoluons dans un marché ouvert et il faut s’y inscrire. Cependant les différents accords de libre-échange en cours de négociation qui se sont substitués à l’ambition d’avoir un accord global sur le plan mondial constituent autant de parties de poker et font l’objet de troc.

En attendant des jours meilleurs pour la filière, quelles sont les mesures urgentes qui doivent être prises ?

Le problème de la compétitivité de la filière est clairement posé et concerne d’ailleurs davantage les industriels que les éleveurs. Dans ce contexte difficile, une forme de protectionnisme est à mettre en place. L’information au consommateur par le biais d’un système d’étiquetage sur l’origine des ingrédients  des produits  transformés est une réponse. Le projet de décret qui s’appliquera uniquement aux entreprises françaises a été notifié officiellement à la Commission européenne le 15 février dernier. L’Europe a 15 jours pour répondre. Il y a urgence. L’indication d’origine des viandes portera sur le lieu de naissance, d’engraissement et d’abattage. Ce projet d’étiquetage est important pour tenter de défendre notre marché. La Fict qui représente les intérêts des industries de la charcuterie se montre fermement opposée  à  la notion d’étiquetage. Cependant, force est de constater que bon nombre d’industriels ont adhéré à la démarche d’étiquetage volontaire mise en place par la filière et qui concerne désormais 70% des volumes des produits.

Quel est le dernier bilan que l’on peut faire des  exploitations porcines ?

Selon les dernières données communiquées par les centres de gestion et d’économie rurale, 30% des exploitations affichent un bilan proche de 100 % d’endettement et 10%  sont en cessation de paiement.  La filière est régulièrement exposée à des crises cycliques mais l’excédent de production (6%) est cette fois deux fois plus important que dans une crise cyclique classique. C’est du jamais vu. Les éleveurs perdent de l’argent sur chaque porc produit et ils ne pourront pas tenir longtemps. D’où cette urgence à mettre en place un fonds de financement pour les éleveurs.

Où en est-on de ce projet? Le circuit de collecte de la cotisation semble faire débat.

Ce fonds est en voie d’aboutissement.  Le principe est acté et accepté par la grande distribution. Il sera doté de 100 M€. Mais effectivement le circuit de collecte de la cotisation fait débat. Je pense que plus ce circuit sera court, plus il sera efficace

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Nos formations

X

Recevez chaque semaine l’essentiel de l’actualité des marchés, des distributeurs et des fournisseurs de produits alimentaires.

Ne plus voir ce message