Signaux faibles, signal fort

Jérôme Parigi, rédacteur en chef adjoint, LSA
Jérôme Parigi, rédacteur en chef adjoint, LSA© DR

Activistes, engagés, collaboratifs... Il va falloir s’habituer à ces ­qualificatifs qui désignent de nouveaux comportements de consommation. LSA consacre sa couverture et une grande enquête à l’une des expressions de cette tendance dite « activiste » : les supermarchés coopératifs. Dans la foulée de La Louve, un projet né il y a quatre ans à Paris, une trentaine de magasins alimentaires « autogérés » ont en effet vu le jour en France : des supérettes, voire des petits supermarchés, qui privilégient les circuits courts et des produits équitables ou sains, dont les modèles s’affinent même s’ils tiennent encore souvent plus de l’artisanat que de la distribution « moderne ». Une goutte d’eau comparée aux 2 230 hypers, 5 650 supermarchés et 3 397 magasins à dominante discount implantés dans l’Hexagone, ou encore aux 2 000 magasins bio (chiffres LSA Expert) ? Bien sûr. On pourrait même parler de signal faible, comme les spécialistes de la veille chargés de dénicher les tendances de demain. Les observateurs les plus optimistes prédisent à peine 1 % des ventes alimentaires en France, à terme, pour ces supermarchés coopératifs. Sans préciser quel terme. Cinq ans, dix ans, vingt ans... Et on entend déjà les sceptiques ironiser sur ces magasins pour « bobos parisiens ».

Parisiens ? Ce serait faire insulte aux initiatives des Lillois (SuperQuinquin), Montpelliérains (La Cagette), Grenoblois (L’éléfàn), Grassois (La Meute) ou encore Toulousains (La Chouette). Bobos ? Ce serait aussi réducteur. Certes, les coopérateurs qui s’engagent dans le fonctionnement de « leur » magasin sont souvent très diplômés, et les foyers modestes font défaut, mais ils sont avant tout engagés. Ils veulent maîtriser et appréhender leur consommation à travers un projet collectif. Utopie ? Peut-être mais, il y a vingt-cinq ans, c’est ce que de nombreux experts disaient des premiers consommateurs de bio. Un marché qui, aujourd’hui, en GMS, dépasse les 5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, a contribué pour plus de 95 % à la maigre croissance en valeur des enseignes alimentaires françaises et progresse de 19,8 %.

On aurait donc tort de prendre ce signal faible à la légère, pour au moins deux raisons. La première est pragmatique. Peut-on se permettre de faire la fine bouche devant des leviers de croissance potentiels, fussent-ils encore alternatifs, alors que le marché des PCG vient de boucler l’une des pires années de son histoire, avec un recul des volumes achetés compris, selon les panels, entre 0,8 et 1,2 % ? Alors qu’on évoque le spectre d’une déconsommation et que les grandes surfaces enchaînent plans de transformation et suppressions de postes, Cora étant le dernier en date (lire p. 20) ? Après tout, le 1 % du marché envisagé demain pour ces nouveaux acteurs équivaut, ni plus ni moins, à la perte en volumes enregistrée cette année par les PGC.

La seconde raison est plus profonde. Ce modèle porte un certain nombre de principes qui pourraient faire école. Comme la prise en compte des avis des consommateurs (les coopérateurs sont aussi les clients et les sélectionneurs de l’offre de leurs magasins), la juste rémunération des producteurs et de l’ensemble des acteurs de la chaîne, ou encore la transparence des prix et des marges. Voilà à tout le moins des bases de réflexion. jparigi@lsa.fr @jeromepar

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Article extrait
du magazine N° 2589

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