Simon Le Fur (Aventure Bio) : "Notre plateforme va lancer une nouvelle génération de marques bio"

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L'ancien DG de Greenweez lance Aventure Bio, à la fois marketplace BtoB et coopérative de jeunes marques bio françaises. Il détaille à LSA son projet.

Simon Le Fur, fondateur d'Aventure Bio.
Simon Le Fur, fondateur d'Aventure Bio.© Aventure Bio

Quelle est la mission d'Aventure Bio ?

Lorsque j'étais directeur général du site marchand de produits bio Greenweez, je constatais que beaucoup de marques bio innovantes nous contactaient mais que nous avions beau être les plus rapides du marché à les référencer, il était difficile de répondre à toutes les demandes. Or dans le grand projet de la transition alimentaire, ces marques qui favorisent le développement d'une alimentation saine et végétale ont un rôle déterminant à jouer. Ne pas pouvoir les soutenir davantage était frustrant. Après avoir quitté Greenweez cet été, j'ai donc lancé une activité dédiée à cette mission : faire émerger une nouvelle génération de marques bio pour encourager leur impact social et environnemental et faire décoller cette transition alimentaire qu'on tarde à faire en France.

Concrètement, que proposez-vous ?

Se faire connaître et référencer coûte cher aux marques. Nous allons leur servir de rampe de lancement. J'ai commencé à créer une coopérative de marques bio et je les référence au tarif revendeur sur la marketplace d'Aventure Bio. C'est ce qui représente la plus grosse partie du travail, mais nous progressons bien. Nous avons ouvert le site avec 30 références il y a un mois et sommes déjà à 190. Quant aux acheteurs, ce sont des points de vente bio, indépendants et petits réseaux.

Comment vous assurez-vous que les marques sont d'accord pour être commercialisées chez eux ?

Lors d'une première étape, nous faisons connaissance brièvement avec l'acheteur, le validons et l'affectons à un segment de marques compatibles. Ce n'est qu'ensuite qu'il peut passer commande.

Ne craignez-vous pas que vos marques ne quittent Aventure Bio une fois qu'elles se seront fait connaître ?

Je cherche à créer de la valeur pour elles, c'est mon côté militant. Donc même si elles partent, cela m'est égal. Aventure Bio est moins une marketplace qu'une coopérative, qui les accompagne sur plusieurs dimensions. Par exemple, nous nous rémunérons aussi grâce à une activité de conseil qui les aide à se structurer sur tout ce qui gravite autour de l'e-commerce : logistique, gestion de projet IT, digital marketing, stratégie… Cette activité marche bien, donc le fait que des marques puissent quitter la plateforme ne m'inquiète pas.

Où trouvez-vous vos acheteurs ?

Nos acheteurs sont principalement les magasins bio spécialisés. Il en existe environ 2000 en France et 30 à 40% sont des indépendants. Leur gros enjeu du moment est d'aller encore un cran plus loin dans la transition alimentaire que ce que propose la grande distribution. C'est pour cela qu'Aventure Bio travaille prioritairement avec des jeunes marques bio innovantes et engagées : pas de viande, pas de poisson, un minimum de plastique, des origines françaises ou certifiées équitables.

Pour toucher ces magasins, mais aussi d'autre petits professionnels - par exemple le boulanger de quartier, qui peut vouloir se différencier grâce au bio -, nous les adressons via la digital, notamment LinkedIn et Instagram, comme des consommateurs particuliers qui s'intéressent aux nouveautés bio. L'objectif est de leur proposer une offre clé-en-mains de nouveautés produits à référencer, comprenant fiches produits, merchandising, contenus vidéos et livraison directe.

Comment vous positionnez-vous face aux grossistes bio ?

Historiquement, les grossistes du réseau bio spécialisé ont apporté une solution logistique d'approvisionnement aux magasins bio spécialisés. Cela fonctionne bien encore aujourd'hui. Les grossistes préfèrent donc les marques qui font des volumes, et c'est normal. Pour les autres marques, les files d'attente peuvent durer des mois ou des années. D'où l'intérêt d'une "fast-track" comme celle que proposera Aventure Bio. Nous sommes un grossiste digital qui cible les jeunes marques et les innovations qui peinent à accéder au marché. Pour plus de vitesse, une partie des commandes sera expédiée directement par les marques aux acheteurs.

Quelle est la place d'Internet dans votre projet ?

Nous l'employons à rendre les process des marques fluides et efficaces. Dans le réseau bio il demeure beaucoup de papier. Nous voulons leur faire prendre ce tournant web qui va leur faire gagner du temps et améliorer leur structure de coûts.

Dans la grande distribution, la structure de coûts est intéressante car tout est en volume - le stockage, le transport, la distribution -, même si en réalité ces grosses structures, très staffées, coûtent cher aussi. Pour être compétitifs, la seule chance des indépendants et des petits réseaux, c'est l'agilité, donc l'amélioration de leur structure de coûts. Ils sont déjà agiles, ne se posent pas de questions inutiles. Mais leur gestion informatique est souvent très légère, l'IT n'est pas la culture du monde bio. Aujourd'hui ils ont tout intérêt à la développer pour mieux gérer le suivi de commandes, la facturation, etc. Notre activité de conseil les aide aussi à cela.

Vous êtes pour l'instant seul actionnaire. Envisagez-vous d'ouvrir votre capital ?

Un ami est en train de me rejoindre comme associé, mais pour un projet militant comme celui d'Aventure Bio, il me semble important de ne pas lever de fonds au début pour garder une vraie liberté d'engagement. En outre je ne vise pas l'hyper-croissance, ce ne serait pas cohérent avec les valeurs du projet. L'accueil du marché est positif et je pense qu'à horizon cinq ans, nous pouvons rejoindre le club des grossistes bio français, qui s'échelonnent entre 5 et 30 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Dans l'immédiat nous venons de prendre un local près de la gare d'Annecy. Ce sera en quelque sorte notre lab pour travailler au quotidien avec les commerçants du quartier qui passeront prendre rendez-vous ou récupérer des échantillons. Le premier objectif : créer un déclic bio chez les commerçants de la ville.

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