« Social et éthique sont au coeur de notre stratégie »

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Alors que Noël approche, le premier fabricant français de jouets réaffirme son engagement pour une production éthiquement irréprochable en Asie. Moyennant une surveillance de tous les instants, qui renchérit de 4 % le coût de fabrication.

LSA Vous rappelez régulièrement les racines jurassiennes de Smoby et vous n'aimez pas le terme « délocalisation». Pourquoi ?

Dany Breuil - Notre groupe a la volonté de s'engager dans une stratégie de dévelop-pement durable, au sein de laquelle la responsabilité sociale constitue un paramètre primordial. Or, le terme de délocalisation revêt souvent une connotation particuliè- rement péjorative, synonyme de fermetures d'usines en Europe pour transporter le travail ailleurs, là où la main-d'oeuvre coûte moins cher. Pourtant, pas une seule fois, à travers l'histoire des six croissances externes de Smoby, nous n'avons fermé une usine française pour la transplanter à l'étranger. Au contraire, nous sommes l'un des rares groupes européens à afficher un solde d'emplois positif puisque, sur nos trois sites jurassiens, nous avons embauché une cinquantaine de personnes supplémentaires au cours des trois dernières années sur des postes à plus forte valeur ajoutée.

Par ailleurs, nous avons multiplié les barrières à la délocalisation, en développant par exemple des produits de gros volume, comme les cuisines ou les jeux d'extérieur, qui nécessitent peu d'assemblage et dont le coût de fret serait beaucoup trop élevé en cas de fabrication en Asie. Mais il est sûr que Smoby demeure atypique dans notre secteur. Alors que plus de 60 % des jouets vendus en France sont fabriqués en Asie, chez nous, le rapport est de un pour trois.LSA Pourtant, vous avez recours à des sources de production asiatiques. Dans quelle mesure et pour quels produits ?

D. B. - Il est évident que nous devons nous adapter à l'évolution industrielle. Nous localisons aujourd'hui en Asie les produits nécessitant des savoir-faire spécifiques, tels que l'électronique, ou ceux dont le coût de main-d'oeuvre représente plus de 15 % du prix de revient. C'est le cas notamment des jouets premier âge plurifonctionnels, des poupées, des jeux musicaux. Mais cela correspond essentiellement à de nouveaux développements tant sur le plan des produits que des débouchés internationaux. Aujourd'hui, 15 % du chiffre d'affaires de Smoby proviennent de jouets en provenance de Chine, fabriqués par quatre sous-traitants. Cette proportion s'élevait à 10 % il y a cinq ans et, compte tenu des objectifs de développement de notre marque, je pense qu'elle atteindra 20 % dans les deux ans à venir. En revanche, 75 % des voitures Majorette sont produites en Asie. Ces 75 % se répartissent à hauteur de 25 % en Chine chez 4 sous-traitants, et 50 % dans l'usine de Majorette en Thaïlande.

LSA Chaque année un peu plus, et spécialement à Noël, on s'émeut des conditions sociales et éthiques dans lesquelles ces jouets sont fabriqués en Asie. À juste titre, selon vous ?

D. B. - En effet, les médias se font le relais de polémiques de plus en plus virulentes, et cette fin d'année n'échappera sans doute pas à la règle. Elles ont longtemps concerné l'aspect qualité de ces produits destinés aux enfants, et ont eu pour effet bénéfique d'accroître l'exigence de l'ensemble des intervenants en matière de fiabilité. En cinq ans, la différence est notable, et l'immense majorité des jouets est désormais conforme à la norme EN71 de qualité et de sécurité en vigueur dans le secteur. Aujourd'hui, la prise de conscience du grand public porte davantage sur des questions éthiques. C'est vrai qu'il existe sûrement des dérives inadmissibles dans les conditions de travail, parti-culièrement en Chine, même si on doit éviter tout amalgame. Cela provient notamment du fait que de plus en plus de grandes marques ont abandonné et délégué leur rôle d'industriel pour concentrer leurs moyens essentiellement sur le marketing. Il faut absolument assainir la fabrication en Asie, et ce ne sont pas quelques contrôles ponctuels qui y suffiront. Il n'est pas concevable que le client puisse avoir le moindre doute sur un produit aussi féerique que le jouet. D'ail-leurs, j'ai senti, cette année, que certains distributeurs, tels que Carrefour ou Toys ' R ' Us, s'y intéressaient.

LSA Quelles sont les positions de Smoby sur ce plan-là ? Quelles garanties apportez-vous sur le respect de l'éthique ?

D. B. - La responsabilité sociale fait partie intégrante de notre stratégie, que ce soit en France ou à l'étranger. Notre démarche est simple : nous nous impliquons à 100 % dans notre production asiatique. D'une part, nous sélectionnons des sous-traitants de taille humaine, de 1 500 à 4 000 salariés, et d'une même région, Shenzhen en Chine. D'autre part, nous exigeons d'eux qu'ils respectent la législation sociale du pays. Et pour être certain que ce soit le cas, nous leur assignons un suivi tout au long de leur production. Car il n'y a pas de miracle, un contrôle, qu'il s'agisse de qualité ou des conditions de travail, n'est efficace que s'il est systématique et permanent. C'est ce que nous faisons grâce à notre bureau de 22 salariés à Hongkong et à sa filiale de 12 personnes à Shenzhen. Ils délèguent un ingénieur formé par Smoby à temps complet durant toutes les périodes de production chez chaque sous-traitant. Nous pouvons donc assurer qu'aucun enfant ne travaille dans ces usines, que les journées de dix-huit heures n'ont pas cours, et que les heures supplémentaires sont payées. En Thaïlande, l'usine nous appartenant, nous allons au-delà de la législation du pays en nous inspirant de l'esprit de la norme SA 8000 (Social Accountability 8000). À terme, nous souhaitons également construire notre propre usine en Chine, afin de franchir un pas de plus dans le développement social durable. Notre implication a évidemment un coût, que nous estimons actuellement à 4 % du coût total de production.

LSA Pensez-vous qu'à terme, la sous-traitance en Chine puisse servir de rampe de lancement au déploiement de ce pays ?

D. B. - Tout à fait. La Chine va vivre ce qu'a connu la Thaïlande avec quelques années de décalage. Il y a déjà une montée en puissance en termes d'équipements techniques, d'automatisation et d'industrialisation. Je pense que ces investissements contribueront à une diminution de l'exploitation de la main-d'oeuvre et au développement d'une classe moyenne. La preuve, nous avons décidé de monter une filiale de distribution à Shanghai dès 2004. Nous estimons que d'ici à trois ans, 60 millions de Chinois seront susceptibles d'acheter la marque Smoby. C'est une première étape importante.

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Article extrait
du magazine N° 1836

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