Sodiaal en passe de reprendre Entremont Alliance

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Le groupe coopératif Sodiaal a entamé des négociations pour se rapprocher du numéro un mondial de l'emmental. L'opération devrait donner naissance à un nouveau géant européen, qui aura fort à faire face à la concurrence.

Le 31 août, Sodiaal a marqué un point face à Lactalis, son concurrent à la reprise d'Entremont Alliance. Ce jour-là, Bruno Le Maire, ministre de l'Agriculture, a donné sa préférence à une solution coopérative plutôt que privée. Dans la foulée, Entremont Alliance et Sodiaal ont annoncé le début de négociations en vue d'un rapprochement, et leur volonté « d'aboutir rapidement », une évidence tant la situation financière d'Entremont Alliance est compliquée.

Si l'affaire aboutit, un nouveau géant du secteur verra le jour, avec un chiffre d'affaires cumulé d'environ 4,5 milliards d'euros pour une collecte de 4,3 milliards de litres de lait. De quoi peser plus lourd dans un paysage marqué par les regroupements et le gigantisme (9,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires pour Lactalis et le groupe FrieslandCampina, plus de 6 milliards pour le groupe danois Arla). Néanmoins, Sodiaal, qui possède le lait Candia et 50 % de Yoplait, aura fort à faire pour intégrer et redresser Entremont Alliance, dont la situation est emblématique des difficultés de la filière. La société affiche une perte nette de 36 millions d'euros en 2008, un endettement d'environ 376 millions, et un résultat net négatif au premier semestre 2009. Point positif, Entremont Alliance et Sodiaal ne sont pas deux inconnus, puisqu'ils sont déjà réunis dans deux coentreprises, Nutribio (laits infantiles en poudre et ingrédients laitiers) et Beuralia (matières grasses laitières).

Des montagnes de fromage et de lait

Aujourd'hui, Entremont Alliance cumule les handicaps. Bien que numéro un français et mondial de l'emmental, avec environ 100 000 tonnes, l'entreprise travaille sur un fromage au prix très bataillé, le plus souvent vendu sous marques de distributeurs. L'autre activité, la fabrication de commodités (beurre, poudre) et de sérum, fait face à une chute des prix mondiaux. Avec un tel mix produit défavorable, le groupe s'est rapproché, il y a plusieurs mois, du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), service du ministère de l'Industrie consacré aux entreprises en difficulté. C'est d'ailleurs sous l'égide du Ciri que les travaux techniques de la reprise s'opèrent.

Pour Sodiaal, l'intérêt de l'opération est la complémentarité. Le groupe met la main sur 35 % de la collecte bretonne, une zone peu couverte jusqu'à présent, et ajoute une nouvelle famille de produits, l'emmental, à ses marques de fromages (déjà regroupées dans une coentreprise avec Bongrain, la Compagnie des Fromages et Richesmonts). Sans oublier une pépite, l'activité AOC comté, très rémunératrice. Mais « Entremont n'a plus la notoriété de sa marque prestigieuse d'auparavant, et le marché de l'emmental est marqué par des prix de vente très bas et une forte concurrence étrangère. Dernièrement, les Néerlandais se sont découvert fabricants d'emmental pour réorienter une partie de leur lait », tempère un connaisseur du secteur.

Quels contours pour le nouvel ensemble ?

Sur un plan industriel comme financier, la question d'une restructuration se pose. « Nous en sommes encore au début des discussions avec Sodiaal. Il est trop tôt pour évoquer les modalités du rapprochement », indique-t-on chez Entremont. L'homme d'affaires belge Albert Frère, qui détient 63,5 % d'Unifem, le holding contrôlant Entremont Alliance, devrait échanger ses parts pour une participation dans Sodiaal, tout comme la coopérative Unicopa, autre actionnaire d'Unifem. Pour Lactalis, candidat éconduit, la possibilité d'une nouvelle offre semble peu envisageable. « Albert Frère a décidé qu'il avait un plus grand intérêt à valoriser sa participation avec Sodiaal. C'est le choix de l'actionnaire, commente Luc Morelon, porte-parole de Lactalis. Et de compléter : « Nous avions un projet de développement industriel et commercial, mais le modèle Entremont est très difficile. »

En tout état de cause, Philippe Mangin, président de Coop de France, s'est félicité de cette alliance qualifiée d'« excellente nouvelle », et en appelle « à une solidarité démontrée entre coopératives laitières pour concourir à la réussite de cette étape décisive pour l'avenir de la production laitière française ». Ne reste qu'à trouver une équation économique viable pour les débouchés du nouvel ensemble. Histoire de ne pas donner naissance à un géant aux pieds d'argile.

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Article extrait
du magazine N° 2102

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