Sodiaal en quête d'u ne nouvelle direction

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Le directeur général du premier groupe coopératif français du secteur laitier a quitté ses fonctions en pleine crise du lait. La stratégie et le périmètre d'activité de Sodiaal sont en question.

« Si Sodiaal a une stratégie, qu'on nous l'explique, car nous ne comprenons plus rien ! », s'emporte un syndicaliste agricole. Sodiaal a peut-être une stratégie, mais plus de directeur général pour la mettre en oeuvre : Jean- Claude Dorbec a quitté ses fonctions le 2 juin au terme d'une assemblée générale qualifiée de « vive mais constructive ». Il a sans doute payé la décision du premier groupe coopératif français, à la mi-mai, de baisser de façon unilatérale le prix du lait payé aux producteurs. La décision a déclenché le blocage le 17 mai de l'usine Richemonts de Pacé (Orne), une manifestation le lendemain au siège parisien de la coopérative, et des opérations dans les gran-des surfaces de plusieurs régions.

Les chiffres 2004 ne donnent pas la photographie d'un groupe aux abois. « Le chiffre d'affaires reste stable, et le résultat net positif, pour la quatrième année consécutive », fait valoir Jacques Caillaud, direc-teur de la communication du groupe, qui reconnaît cependant : « Nous obtenons ces résultats grâce à la contribution de nos actionnaires, nous ne nous en cachons pas. » Le hic, c'est que ces mêmes actionnaires sont aussi producteurs. Et confrontés aux diffi- cultés du secteur.

Guerre commerciale

 

C'est la situation du lait de consommation, et de la filiale Cedilac-Candia qui est la plus préoccupante. « Catastrophique », dit-on même dans la coopération. « Depuis un an, Lactalis et Sodiaal se livrent une véritable guerre commerciale [LSA n° 1909] qui ne profite à personne d'autre qu'aux distributeurs, et dont les producteurs sont la variable d'ajustement. Cette plaisanterie a déjà coûté 100 millions d'euros à la filière ! », s'énerve-t-on à la Fédération nationale des producteurs de lait (affiliée FNSEA).

Dès 2003, le groupe a engagé une restructuration de Cedilac, avec les fermetures d'un site de conditionnement de lait frais à Fleury-les-Aubrais (Loiret) et d'une usine de lait UHT à Dissay (Vienne), puis la vente de l'usine de conditionnement du Quesnoy (Nord). Début 2005, un accord a été trouvé avec la coopérative 3A, en difficulté, qui a confié sa branche lait de consommation à Cedilac. « Le groupe a récupéré des volumes avec cette opération, et il a peut-être la tentation de croire qu'en cassant les prix, l'élasticité de la demande va jouer en sa faveur », indique un observateur. À court terme, l'accord trouvé le 2 juin par la filière sur l'évolution du prix du lait aux producteurs au deuxième trimestre permet à Sodiaal de souffler. Il comporte un ajustement exceptionnel de trois mois pour les entreprises très impliquées dans le lait de consommation. Mais cela ne résoudra pas les difficultés structurelles.

Les produits industriels (beurres et poudres) constituent le deuxième souci majeur. L'ensemble du secteur a connu une embellie en 2004 et début 2005. Mais les évolutions programmées de la Politique agricole commune (Pac) conduiront à une réduction inéluctable de débouchés à l'export et à une perte de compétitivité des opérateurs français. « Le secteur vit dans une bulle fragile, commente un observateur. Sodiaal, comme beaucoup d'autres dans le secteur, s'imagine peut-être que le pire n'est jamais certain. » Le groupe a néanmoins réagi et a noué une alliance avec Entremont et Unicopa dans le beurre, avec une restructuration industrielle à la clé (LSA n° 1867).

Incertitude sur Yoplait

 

La nouvelle entité, Beurallia, génère un chiffre d'affaires de 350 millions d'euros avec quelque 100 000 tonnes sur deux pôles - Clermont-Ferrand et Quimper - et les ventes sont assurées par une seule entité commerciale. « L'opération va certes dans le bon sens, mais pas assez loin : ce nouvel ensemble n'a pas d'autre horizon que de faire de la MDD ou du premier prix », tranche un spécialiste.

Du côté des autres filiales, Riche Monts, restructurée en 2001, « est bénéficiaire, et chez Yoplait, Lucien Fa fait un excellent travail », assure-t-on dans la coopération. En 2002, Sodiaal a en effet cédé 50 % de Yoplait à Paribas Affaires Industrielles (PAI). Ce dernier a me-né une restructuration drastique, avec à la clé la fermeture de deux usines au Royaume-Uni pour rapatrier la production vers les sites français, et, sur ces derniers, un vaste plan social. « Au bout de trois ans, le bilan est positif : Yoplait s'est recentré sur ses piliers, la part de marché est stabilisée, et les bénéfices sont revenus. Reste à reprendre le rythme de l'innovation », juge Jacques Caillaud.

Aujourd'hui, les rumeurs vont bon train. Les 50 % détenus par PAI doivent être introduits en Bourse d'ici à 2007. « Vu le contexte actuel du marché, ce n'est sans doute pas à l'ordre du jour », estime un analyste financier. « Le schéma est toujours d'actualité, confirme pourtant Jacques Caillaud. Et Sodiaal a vocation à rester l'actionnaire majoritaire. » Côté syndicalisme agricole, on suspecte Sodiaal de vouloir constituer une cagnotte pour reprendre le contrôle de sa filiale. Ou pour réduire un endettement qui serait important. « C'est un mensonge !, s'emporte Jacques Caillaud. Nous ne sommes pas assis sur un tas d'or, mais nous avons réussi à passer en quelques années d'une trésorerie négative de plusieurs centaines de millions d'euros à une situation positive de quelques dizaines de millions. »

Dans un paysage qui se redessine, le groupe Sodiaal a des atouts à faire valoir : un « mix-produit » qui n'est pas aussi défavorable que celui d'autres coopératives laitières, notamment bretonnes, et des marques fortes. Mais le groupe doit impérativement accélérer la reconfiguration de ses activi-tés et définir un nouveau modè- le économique. Telle devrait être la feuille de route du prochain directeur général.

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Article extrait
du magazine N° 1910

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