Spécial présidentielle 2012 : les candidats font consensus sur le terrain de l'économie locale

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Dossier Dans le contexte économique actuel, le développement durable s'efface de la campagne 2012 au profit d'une solution consensuelle : encourager les circuits courts pour réduire l'impact environnemental des produits.

Aborder le développement durable, tous les candidats y consentent. Problématique phare lors de la dernière présidentielle, elle est aujourd'hui relayée au second plan par plusieurs candidats. « La place du développement durable est cyclique. 2007 est un cas un peu particulier », analyse Daniel Boy, politologue et spécialiste des mouvements écologistes au Centre de recherches de sciences politiques de Sciences po Paris (Cevipof), lors d'une interview sur le site d'information Novethic. Selon lui, si les Verts n'ont jamais convaincu les Français pendant la présidentielle depuis 1974, date de la candidature de René Dumont, la voie associative a su mettre à l'agenda le développement durable en 2007. Mais cinq ans après, l'environnement ne parvient pas à émerger comme thème structurant de la campagne.

EVA JOLY (Europe Écologie les Verts), discours du 17 décembre 2011

La dernière forme du repli national, c'est le retour à la vieille lune du « consommons et produisons français ». Autant les écologistes sont pour une relocalisation des activités, une production et une consommation de proximité et de qualité, autant ils se refusent à une vision hexagonale et chauvine du monde. Oui, il faut une réindustrialisation par le bas, par les PME innovantes et écologiques. Mais qui peut croire sérieusement qu'elle se fera contre ou dans le dos de l'Europe ? "

FRANÇOIS BAYROU (MoDem), discours de candidature

Pourquoi le consommateur n'a-t-il pas accès à cette information élémentaire qui est de savoir si les produits qu'il achète sont ou non des produits fabriqués dans son pays ? C'est simplement l'information qui le change en acteur dans cet enjeu essentiel pour l'avenir de la préférence, qui doit se manifester chez les industriels pour produire en France plutôt que de s'en aller de France. "

Le Grenelle « s'essouffle »

Tout d'abord, le contexte économique recentre le débat sur d'autres thèmes (emploi, logement, hausse des prix). En outre, le Grenelle de l'environnement et ses 268 engagements, qui ont donné lieu à deux grandes lois et à près de 1 000 textes d'application, « s'essouffle », selon Pierrette Crosemarie, rapporteur en charge du bilan du Grenelle pour le Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui vient de publier un avis. Elle explique que nombre de ces engagements ont pris du retard, comme le test de l'étiquetage de l'impact environnemental sur une centaine de produits, en place depuis l'été 2011. Un ultime coup porté par le Président en mars 2010, à la fin d'une visite au Salon de l'agriculture, témoigne du manque d'engouement pour le sujet : « L'environnement, ça commence à bien faire », avait-il lâché.

Les candidats s'engagent donc en 2012 sur le thème des circuits courts. Ces canaux de proximité, qui ont pour objectif sous-jacent de réduire l'impact environnemental, apparaissent depuis plusieurs mois dans les discours. « Déjà lors du Salon de l'agriculture 2011, Arnaud Montebourg, candidat aux primaires socialistes, avait fait signer une charte au distributeur Système U pour favoriser les circuits courts pour son département de la Saône-et-Loire », se souvient Damien Kuhn, directeur de l'agence Producteurs locaux. Avec le made in France, François Bayrou s'est emparé de ce thème trois jours seulement après le lancement de sa candidature à l'élection présidentielle.

MARINE LE PEN, lors d'une visite à Paris en décembre 2011

Lorsqu'un yaourt fait 15 000 ou 20 000 km pour arriver chez nous, c'est un véritable drame pour la planète. (...) La réindustrialisation de la France permettra de revenir à cette démarche de qualité, à une relocalisation des activités, et fera du bien au pouvoir d'achat des Français."

S'immiscer dans les cantines

Aujourd'hui, les circuits courts font l'objet de projets séduisants auprès d'une catégorie grandissante : les locavores. Soucieux de développement durable et de privilégier la production locale pour s'alimenter, ces consommateurs sont de plus en plus nombreux. Selon un sondage Ifop, 74 % des sondés déclarent en effet que la provenance est un des critères d'achat d'un produit, juste après l'aspect. Eva Joly comme Nicolas Sarkozy prônent le développement des filières bio dans les structures publiques. La première souhaite, au terme de son éventuel quinquennat, que toutes les crèches et écoles maternelles soient approvisionnées avec des produits issus de l'agriculture bio. Les Amap et circuits courts seront soutenus « par commande publique ». Même projet du côté de l'UMP : le Président sortant a assuré, lors de ses voeux au monde rural, que la logique du prix pourrait dans certaines structures être remplacée par des critères de qualité afin de renforcer ces circuits. François Hollande propose, quant à lui, de favoriser de « nouveaux modèles de production, dont l'agriculture biologique », et assure, comme la plupart des candidats, qu'il appliquera les engagements pris lors du Grenelle de l'environnement.

NICOLAS SARKOZY (UMP) lors de ses voeux au monde rural en Ariège le 17 janvier 2012

Vous comprenez bien que si les gestionnaires publics locaux - cantines scolaires, départements, communes, régions - ne doivent choisir leurs prestataires, pour les cantines de vos enfants, par exemple, que sur le prix le plus bas, les producteurs locaux n'auront jamais leur chance. Et c'est toujours les mêmes qui auront les marchés et le jour où il n'y aura plus personne pour leur faire concurrence, comme par hasard, on verra les prix réaugmenter. Nous avons prévu que désormais, pour 20% de l'achat du gestionnaire public, on pourra s'exonérer du prix le plus bas pour choisir d'autres critères, et parmi ces critères, les critères de qualité. "

 

Un modèle extensible ?

« Les propositions restent larges et évasives. On a l'impression que cette idée arrive sur le devant de la scène car elle plaît à tout le monde et qu'elle pourra sauver le monde agricole », décrypte Damien Kuhn. Seul bémol : cette tendance se montre plus exigeante que le made in France et impose de tisser des relations de proximité. Si elles existent entre les distributeurs, souvent avec des indépendants, et les producteurs, il demeure difficile « d'élargir ce concept au niveau national pour ces enseignes », explique Damien Kuhn. Autre inquiétude avec la flambée des prix : jusqu'où les consommateurs seront-ils prêts à payer plus cher pour manger local ?

FAVORISER LES CIRCUITS COURTS

Eva Joly, la candidate d'Europe Écologie les Verts, est sans surprise la plus engagée sur le thème des circuits courts. Pour favoriser leur développement, elle souhaite...

- La mise en place d'un pacte pour les entreprises locales afin de les aider à se développer, en établissant « une progressivité réelle de l'impôt sur les sociétés, en fonction du niveau des bénéfices ».

- « La mise en place d'une banque publique de financement des entreprises, ancrée dans les régions, qui offrira des garanties contre les accidents de trésorerie, des prêts de durée assez longue, des interventions en fonds propres » pour aider à la mise en place du pacte ci-dessus.

- Soutenir l'intégration locale des produits issus de l'agriculture bio. Objectif : 100% de bio dans les crèches et les maternelles d'ici à la fin du quinquennat et un repas végétarien par semaine dans la restauration collective.

- Le soutien, par commande publique, des Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne (Amap).

- Baisser les prix des produits issus de l'agriculture bio par des mesures de soutien à leur production et leur vente, et en faisant évoluer la TVA sur l'alimentation.

 

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Article extrait
du magazine N° 2217

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