Sport 2000 s'ouvre à un fonds d'investissement

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ACTIONNARIAT - Dépassé par ses concurrents, Sport 2000 se devait de réagir. La coopérative a choisi de s'allier avec un fonds d'investissement. Ce qui signifie la mise en place d'un nouveau modèle pour doubler le chiffre d'affaires d'ici à 2012.

Le mariage de la carpe et du lapin ? L'alliance entre une coopérative et un fonds d'investissement est une première dans le milieu du sport, même si les exemples dans la distribution spécialisée ne manquent pas. Dernier en date, celui de la Camif, dont les pertes n'en finissent pas de se creuser, qui a fait appel à Osiris Partners en 2007. Sport 2000, lui, a annoncé le 6 mai dernier l'arrivée à hauteur de 37,4 % d'Activa Capital, un fonds déjà connu de l'industrie agroalimentaire, mais aussi des fabricants non alimentaires comme Bruno Saint-Hilaire, et de la distribution spécialisée (Linvosges).

Une quasi-obligation

Une nouvelle structure juridique, qui entérine la sortie de Sport 2000 Allemagne, au capital depuis 2000, est créée. Mais la coopérative ne disparaît pas pour autant. Les adhérents entrent individuellement dans le tour de table, au sein de Sport 2000 Investissement. Une manière de les motiver - ils ont approuvé à 96 % le changement de capital lors de l'assemblée générale le 30 avril dernier - quand certains pourraient grincer des dents.

Sport 2000 n'avait pas vraiment le choix. « Il commençait à y avoir le feu à la boutique, confirme un expert de la distribution. Sport 2000 devait faire face à une pénurie des sociétaires. Certains affiliés puissants ont fui à la concurrence. » Les adhérents n'ont pas forcément les moyens de développer des magasins. Ils tournent avec une ou deux unités quand ceux d'Intersport en exploitent deux ou trois. « Les adhérents de Sport 2000 ont un esprit de petit commerçant qui mène son magasin en solo », poursuit ce même observateur. Enfin, l'enseigne ne pouvait pas rester l'éternel dernier sur un marché écrasé par la puissance de Décathlon. Depuis deux ans, l'outsider de la distribution du sport, numéro quatre du marché français avec 8,4 % de part de marché, cherchait une manière de grimper dans le classement. Une nécessité, alors que le secteur du sport a mangé son pain blanc. En 2007, à 8,9 Mrds E, il doit se contenter d'une maigre croissance de 2 %, et encore à périmètre non comparable, selon la Fédération professionnelle du sport.

La course aux résultats

Dans ce contexte moins porteur qu'avant, Sport 2000 va s'appuyer sur les 100 M E qu'Activa Capital compte investir. « Dans trois ans, nous lèverons à nouveau des fonds », anticipe Jean-Paul Onillon, directeur général de la coopérative. Cela suffira-t-il ? Car Sport 2000, qui compte 530 magasins en France pour un chiffre d'affaires de 580 M E en 2007, s'impose un véritable marathon. « Nous voulons arriver à 1,2 Mrd E de chiffre d'affaires d'ici à 2012 grâce à 25 ouvertures par an », promet William Monti, PDG de l'enseigne. Le futur réseau intégré pèserait un tiers de l'activité totale, autour de 350 M E. D'ici à un an, 25 magasins ouvriront, 10 sous enseigne Sport 2000, 15 à l'enseigne Mondovélo, la plus dynamique du groupe qui affiche 17 unités un an et demi à peine après sa création. La cible prioritaire : les agglomérations de plus de 200 000 habitants, d'où l'enseigne est absente. Le duo à la tête à l'enseigne, William Monti et Jean-Paul Onillon, s'appuie sur une étude d'Astérop qui chiffre le potentiel de croissance additionnelle à 2,7 Mrds E par an pour le secteur du sport. « Ce marché manque cruellement de mètres carrés. Il y a aujourd'hui 2 millions de mètres carrés de surface commerciale dédiée au sport en France, souligne Christophe Girardier, PDG d'Astérop. Il en manque 1,2 million pour corriger l'inégalité d'accès des Français. » De quoi conforter l'analyse de Sport 2000. Avec un bémol : le ticket d'entrée dans les zones commerciales que vise l'enseigne est élevé.

Restaurer la rentabilité

Pour prétendre entrer dans la cour des grands, Sport 2000 va devoir améliorer ses performances financières. « Le résultat économique va devenir une priorité, alors que la coopérative relevait d'un système politique », explique Yves Marin, consultant en distribution. « L'ex-vocation de Sport 2000 n'était pas de faire du résultat, concède Jean-Paul Onillon, directeur général de Sport 2000. Le réseau intégré va nous obliger à adopter une nouvelle culture. » « Cela ne peut leur faire que du bien ! », ajoute Guy Leclerc, président de la Fédération du commerce associé et ancien PDG d'Intersport France. Jusqu'à présent, la coopérative Sport 2000 dégageait 500 000 E de résultat d'exploitation pour un chiffre d'affaires de 580 M E en 2007. Un ratio loin de ce que peut attendre un fonds d'investissement. L'objectif numéro un sera donc de restaurer la rentabilité. Avec un chiffre d'affaires de 3 000 E/m², Sport 2000 a encore une marge de progression, sachant que le champion Décathlon atteint 4000 E/m². L'agrandissement des magasins est un autre impératif. Avec une surface moyenne de 1 200 m², difficile de consacrer suffisamment de place au textile et aux accessoires, générateurs de marge. Difficile aussi de contrer la concurrence, comme Intersport, qui frise les 2 200 m².

La coopérative devra également mettre en place des flux logistiques adaptés à de fortes rotations. « Jusqu'à présent, chacun faisait fonctionner son magasin dans son coin, explique Yves Marin. Là, il va falloir faire vivre un réseau avec des grandes surfaces, de plus de 3 000 m². Or, pour couvrir des loyers plus importants, il faut un chiffre d'affaires plus important et des flux adaptés. » Cela dit, les huit membres du comité de direction ont tous des expériences de commerce affilié à leur arc. Mondovélo est dirigé par un ancien de Décathlon et le réseau des magasins dits « de plaine », par opposition à montagne, par un ex de Go Sport. « Nous allons nous réorganiser avec un management bien distinct, répond William Monti. Le système de remontée des informations pour la gestion des points de vente va être revu et les ressources humaines réorganisées en 2009. » Le mariage de la carpe et du lapin pourrait donc être réussi. « Nous aimons appliquer une stratégie de croissance externe », affirme, sibyllin, Thierry Célestin, associé de Activa Capital. En avalant Go Sport par exemple, dont les rumeurs de vente reprennent de plus belle.

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Article extrait
du magazine N° 2045

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