Staples contraint de lâcher du lest

· Pour mener à bien son projet de fusion avec Office Depot, Staples accepte de brader 63 magasins à son seul concurrent sérieux OfficeMax. · Une opération destinée à fléchir la Federal Trade Commission, qui considère que cette fusion est contraire aux règles de la concurrence.

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Staples et Office Depot finiront-ils par consommer leur mariage annoncé en septembre pour former un groupe de 10 milliards de dollars, alors que, le 10 mars, la FTC leur a opposé son veto ? Thomas Stemberg, le patron de Staples, maître d'oeuvre de l'opération puisque c'est Staples qui absorbe Office Depot, s'est déclaré prêt à « se battre bec et ongles » pour faire triompher sa cause. Plutôt que d'engager une bataille juridique à l'issue incertaine, il a annoncé, deux jours après la décision de la FTC, qu'il acceptait finalement de vendre 63 magasins à OfficeMax, le numéro trois du marché.

La transaction avait été suggérée par la FTC lors des discussions préliminaires afin de rétablir la concurrence sur les marchés dominés par Staples et Office Depot. Elle avait achoppé sur le prix : Staples réclamait 300 à 400 millions et OfficeMax, trop content de mettre des bâtons dans les roues de ses concurrents, ne voulait pas lâcher plus de 100 millions. Aujourd'hui, l'affaire serait conclue pour 109 millions !

La différence de 200 à 300 millions de dollars est le prix à payer par Staples pour mener jusqu'à son terme son rapprochement avec Office Depot. Pourtant, les deux leaders de la fourniture de bureaux avaient a priori de bonnes chances d'obtenir l'aval des gendarmes de la concurrence. Staples, le plus petit des deux, devait avaler Office Depot, par échange d'actions pour un montant de 4 milliards de dollars. Cette opération devait donner naissance à un colosse (1 100 magasins au total) impressionnant sur le papier mais qui ne détenait que 6% d'un marché estimé à 185 milliards de dollars.

Au nom de la concurrence

D'autre part, les deux chaînes font valoir qu'elles ne sont pas les seules à se battre sur les prix pour équiper en matériel divers (ordinateurs, fax, articles de papeterie) les petites et moyennes entreprises américaines : les category killers, les discounters, la VPC et le petit commerce sont aussi présents sur ce créneau. Enfin, Staples et Office Depot, pour éviter les foudres de la FTC, s'étaient engagées par avance à traduire les économies d'échelle qu'occasionnerait la fusion par une baisse des prix aux consommateurs. Une promesse claironnée par Staples dans les principaux quotidiens américains au cours d'une campagne publicitaire agressive.

Mais tout cela n'a pas suffi à fléchir la détermination des commissaires de la toute puissante administration. Après six mois d'atermoiements, la FTC a pris les protagonistes à contre-pied. Quatre des cinq commissaires ont en effet estimé que la fusion se traduirait par une hausse des prix et contreviendrait aux lois antitrust. Considérant que les grandes surfaces spécialisées constituent un marché distinct, sans réelle concurrence de la part des autres distributeurs, ils ont jugé que la fusion des deux premiers category killers serait contraire aux intérêts des consommateurs. Pierre de touche de leur argumentation : une enquête montrant que lorsqu'un des deux est seul présent sur un marché, les prix y sont de 5 à 15% supérieurs.

La FTC doit maintenant décider si elle revient ou non sur son avis du 10 mars. La proposition de vendre une soixantaine de magasins à OfficeMax ayant été émise en son sein, on imagine mal qu'elle puisse se déjuger et ne pas accorder son feu vert. Si elle persiste dans son refus, rien ne prouve que la Cour fédérale chargée de statuer sur la fusion se range à ses arguments. Et, même dans ce cas, Staples et Office Depot pourront continuer à s'y opposer au cours du procès administratif qui suivra. Quitte à aller jusqu'à la Cour suprême

Pour Office Depot, l'enjeu à court terme est élevé : une douzaine de cadres dirigeants ont quitté le navire à l'annonce de la fusion, les profits sont en baisse et la décision de la FTC a provoqué une chute de 25% de son cours à Wall Street.

OfficeMax est le grand gagnant de l'opération : pour 109 millions de dollars, il obtient 63 magasins dont les ventes totalisent 334 millions, il prend position sur des marchés où il était absent et renforce son statut de challenger, avec 638 magasins et 4 milliards de ventes prévus cette année. Comme quoi, la concurrence n'est pas un vain mot dans ce qui constitue le plus grand marché au monde.

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