Sujet sensible : « Le cas du Monoprix de Marseille risque de ne pas être un cas isolé. »

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EDITORIALFin juin, un employé de Monoprix, à Marseille, a été mis à pied pour avoir tenté de récupérer six melons et deux salades dans le conteneur à poubelles. L'affaire a soulevé une telle vague d'indignation médiatique que Monoprix a rapidement abandonné sa procédure de licenciement.

Yves Puget
Yves Puget©Bernard Martinez

Cette histoire démontre à quel point ce sujet est délicat. Il suffit, pour s'en convaincre, de « feuilleter » internet et les réseaux sociaux. De nombreux appels au boycott ont été lancés à l'encontre du distributeur (peu suivis, comme d'habitude...), avec, à la clé, de multiples commentaires peu réjouissants. « Si cette personne avait un salaire convenable, l'enseigne n'aurait pas été obligée d'agir ainsi », peut-on lire sur un blog. Plus vindicative, une autre personne assure « que ces grandes surfaces pillent le monde agricole. Elles n'ont aucun respect et aucune considération pour leurs employés ». Sans oublier ceux qui remarquent, tout bonnement, « qu'il est honteux de jeter la nourriture à la poubelle ».

À l'inverse, des internautes, moins nombreux il est vrai, comprennent les contraintes du métier. « La direction d'un supermarché ne peut pas accepter qu'on se serve dans la benne. Sinon, elle va y retrouver la moitié de ses rayons... », écrit l'un d'entre eux. « Le règlement, c'est le règlement, point barre », assure un autre

On le voit, cette question est extrêmement sensible. Car, d'un côté, il y a des salariés qui manipulent quotidiennement des milliers de produits, qui n'ont pas de gros revenus et qui prennent de plein fouet une baisse de leur pouvoir d'achat. Pour ceux en situation précaire, la tentation est donc grande de ramasser un melon qui traîne. Et, malheureusement, plus de 8 millions de Français vivent avec moins de 959 € par mois, 13,5% de nos compatriotes. Selon le Secours populaire, « des pauvres deviennent de plus en plus pauvres, mais il y a aussi des personnes qui ne s'attendaient pas à ce qui leur arrive : cadres, petits commerçants, petits artisans ». Il y a aussi « de plus en plus de travailleurs pauvres », et la « misère » progresse dans les rangs des « jeunes ». Dans ces conditions, le cas du Monoprix de Marseille risque de ne pas être un cas isolé.

Pourtant, les dirigeants se doivent d'être fermes. Car il existe d'abord un risque sanitaire. Ce n'est pas un hasard si la DGCCRF impose de détruire les produits frais dont la DLC est dépassée et de les javelliser... Ensuite, il y a bien un danger de dérive des comportements. C'est pourquoi des règlements stipulent qu'un salarié « ne doit pas emporter ou utiliser de la marchandise destinée à être jetée ». Cette inflexibilité s'explique, non pas par un « manque de coeur » ou « un appétit féroce de gains », mais par un souci d'exemplarité. Car dans le cas contraire, la situation devient vite ingérable (aussi bien socialement que financièrement).

Alors comment s'en sortir sans évoquer la question salariale, mais aussi celle du temps partiel ? Déjà, en évitant de jeter, donc en optimisant les commandes. Malheureusement, il y aura toujours de la perte, notamment dans les fruits et légumes (entre 0,5% et 1% du chiffre d'affaires). Ensuite, il revient aux distributeurs de marteler le règlement et d'en expliquer les raisons. Enfin, il faut redistribuer aux associations un maximum des produits en fin de vie. Ce que les enseignes font déjà. Sans oublier de gérer les « fautes » avec psychologie. Si, dans certains cas, un licenciement s'impose étant donné la nature des faits, mais aussi le besoin d'exemplarité, dans d'autres cas, il faut savoir jouer du panel de sanctions disciplinaires, entre l'avertissement, le blâme ou la mise à pied. Une réponse graduée peut donc aussi faire l'affaire...

Carnet des décideurs

Sandra Hazelart

Sandra Hazelart

Directrice ressources humaines du groupe Monoprix

Emmanuel Gabriot

Emmanuel Gabriot

Responsable du marché liquides et surgelés de Monoprix

Karine Viel

Karine Viel

Directrice du développement durable & déléguée générale de la fondation […]

Pierre-Marie Desbazeille

Pierre-Marie Desbazeille

Directeur de la clientèle de Monoprix

Corinne  Dauby

Corinne Dauby

Directrice alimentaire et directrice des marques propres alimentaires et beauté de Monoprix

Nicolas Bonnetot

Directeur de l'offre alimentaire et parfumerie du groupe Monoprix

Diane Coliche

Diane Coliche

Directrice administrative et financière de Monoprix

Florence Chaffiotte

Florence Chaffiotte

Directrice marque et digital de Monoprix

Françoise Combis

Françoise Combis

Directrice des achats beauté de Monoprix

François Morice

François Morice

Directeur des opérations e-commerce de Monoprix

Stephanie Buret-Cruiziat

Stephanie Buret-Cruiziat

Directrice de l’e-commerce du groupe Monoprix

Franck Poncet

Franck Poncet

Directeur général de Naturalia France

Robert Belleudy

Robert Belleudy

Ex-directeur des exploitations du groupe Monoprix et président de Naturalia, […]

Lilian Rosas

Lilian Rosas

Directrice de l’offre textile, Maison-Loisirs de Monoprix

Valérie Decaux

Valérie Decaux

Directrice des ressources humaines, de la communication et du développement durable de Monoprix

David Murciano

David Murciano

Directeur finance et développement de Monoprix

Pascale Cartier

Pascale Cartier

Présidente du réseau de magasins bio La Vie Saine

Béatrice Grenade

Béatrice Grenade

Directrice marketing de Linkfluence

Dominique Benoit

Dominique Benoit

Directeur franchise et immobilier de Monoprix

Régis Schultz

Régis Schultz

Président de Monoprix

Arthur de Fouquières

Arthur de Fouquières

Franchisé Monop'

Patrick Oualid

Directeur e-commerce de Monoprix

Cécile Cloarec

Cécile Cloarec

Ancienne directrice des ressources humaines, du développement durable et de la […]

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Article extrait
du magazine N° 2194

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