Système U, Leclerc, Intermarché face à la FCD

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Après le départ de Système U de la FCD, la « Maison commune des indépendants », qui doit réunir Leclerc, Intermarché et Système U, reste à construire. Elle n'est cependant qu'une première étape vers un nouvel équilibre des forces entre les fédérations du commerce.

Le ministre d'État avait-il prévu cet effet collatéral ? L'intense débat sur la loi Galland aura en tout cas été l'un des détonateurs qui ont poussé Système U à claquer la porte de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD). Membre à la fois de la FCD et de la Fédération des coopératives de commerçants (FCC), le groupement s'est trouvé pris entre deux lignes politiques au moment de la négociation des accords Sarkozy : la première plutôt réformatrice, défendue par la FCC, la seconde, abolitionniste, emmenée par Michel-Édouard Leclerc, porte-voix des commerçants indépendants.

Dans le même temps, la reprise du dialogue entre le même Leclerc et Intermarché, rendue possible par une clarification de la situation au sein du groupement des Mousquetaires, a radicalisé le projet d'une plate-forme commune du commerce alimentaire indépendant. Malgré des années de discussions, appuyées notamment par Jean-Claude Jaunait à l'époque où il était président de Système U, une telle plate-forme n'avait jamais pu voir le jour au sein de la FCD.

L'histoire de ces derniers mois en a donc accéléré la concrétisation, mais en dehors de la FCD. Et si Leclerc et Intermarché ont bien l'intention de rejoindre la Fédération des coopératives de commerçants au début de l'année prochaine, la « Maison commune des indépendants » que les deux groupements vont former avec Système U n'y sera pas directement intégrée. « Au début, elle sera une entité à part, créée à côté de la FCC, explique Serge Papin, vice-président de Système U. Par la suite, nous regarderons quels liens concrets peuvent s'établir entre la Maison commune et la Fédération. » Des deux côtés, on semble, en effet, vouloir se donner un peu de temps. De cette Maison, on n'a guère encore que le nom. Tout le reste, fondations, architecture, est à construire. « Toutes les décisions sont en cours, commente-t-on laconiquement chez Leclerc. Mais aucune n'est prise. Rien n'est encore construit. » Côté FCC, on attend de voir aussi : l'arrivée de deux poids lourds de cette importance ne sera pas sans conséquence, on s'en doute, sur la vie de la Fédération. « L'année prochaine, nous devrons réfléchir à nos priorités et à nos objectifs, admet Philippe Antoine, son délégué général. Avec l'arrivée de Leclerc et d'Intermarché, le poids de la FCC, en termes de chiffre d'affaires, va presque tripler ! »

Une fédération de statut

Un renfort accueilli officiellement avec enthousiasme par les membres de la Fédération. « Plus la FCC sera représentative, plus elle sera crédible et écoutée », se réjouit Antoine de Roffignac, le directeur général de Guildinvest. Même analyse de Guy Leclerc, le président d'Intersport, qui souligne que cette crédibilité renforcée est « très importante vis-à-vis des pouvoirs publics » ou encore de Daniel Schmidt, le président de Phox, satisfait de voir que « les valeurs de l'indépendance et de la coopération seront encore mieux défendues ». Tous rappellent, en outre, que la FCC est une fédération de statut et non de métier. « Comme nous, explique son président Jean Leroyer, Leclerc et Intermarché défendent une forme de commerce et un modèle économique et son mode de vie. Ce n'est pas la taille de l'entreprise qui importe. »

Transversale et non corporatiste : l'argument sert aussi aux uns et aux autres pour désamorcer par avance toute idée de rivalité future entre les deux fédérations. « Nous n'avons pas vocation à négocier les accords de branche, précise Philippe Antoine. Nous ne poursuivons pas les mêmes objectifs. » Sachant toutefois que les accords sociaux signés au niveau de la FCD s'appliquent à l'ensemble des enseignes alimentaires en vertu de la procédure dite d'extension gouvernementale, on a du mal à imaginer que Leclerc, Intermarché et Système U réunis restent inertes dans ce domaine. De même qu'on reconnaît à la FCC s'intéresser de près à l'urbanisme commercial. On peut s'attendre, là aussi, à une montée en puissance du lobbying.

La question étant : parviendra-t-elle à parler d'une seule voix ? « Tout dépendra du degré de discipline de Michel-Édouard Leclerc, répond un consultant. Et dans tous les cas, on peut prévoir qu'il y aura des désaccords entre les trois groupements alimentaires. S'ils se rejoignent sur les mêmes problématiques, ils auront forcément des intérêts divergents lorsqu'il s'agira de faire du lobbying. »

Opposition frontale ou guerre froide, le clivage entre FCD et FCC est incontestablement en train de se creuser. « La FCD ne sera plus le représentant de la distribution alimentaire, prédit un expert. Elle va apparaître comme la fédération de la distribution capitalistique. » Une radicalisation politique que ne désavoue ni Michel Pattou, le gérant de la société civile des Mousquetaires, qui évoque l'alternative du commerce indépendant face à un capitalisme livré aux fonds de pension, ni Michel-Édouard Leclerc, toujours très remonté contre la tyrannie des cours de la Bourse et des analystes.

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Article extrait
du magazine N° 1883

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