Tabou et concurrence

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EDITORIALLutter contre les monopoles

Edito_Yves_puget
«L'État demande à la profession d'évoluer. Ce n'est jamais une bonne nouvelle. C'est dérangeant. »

Quel est l'auteur d'un propos pour le moins emprunt de conservatisme? Un distributeur à la veille de la réforme de la loi Raffarin ? Un industriel qui redoute la négociabilité des tarifs? Pas le moins du monde... Il s'agit tout bonnement d'un représentant de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France. Un secteur arcbouté sur ses privilèges et qui reçoit la dernière prescription de Roselyne Bachelot avec aigreur.

Pour des pathologies bénignes comme le rhume, le mal de gorge ou de tête, la ministre de la Santé veut faire passer devant le comptoir des officines quelques médicaments non remboursés. Ce libre-service
fera, selon elle, baisser les prix grâce à plus de transparence et à davantage de concurrence. Cette idée, pour le moins de bon sens, ne doit rien au hasard. L'année dernière, la Commission européenne avait déjà engagé une procédure d'infraction contre la France et, cette semaine, la Commission Attali pour la libéralisation de la croissance française s'en prend au monopole des pharmaciens.

Le débat est donc non seulement ouvert, il est imposé. Historiquement, l'État mise sur une santé publique de proximité avec une pharmacie à moins de six minutes de chaque citoyen. Ce service s'appuie sur trois spécificités : la répartition des officines selon le principe du numerus clausus, le  monopole des compétences sur les médicaments et l'exercice personnel du pharmacien, qui est propriétaire de son officine.

Des conditions qui empêchent la détention de points de vente par de grands groupes de distribution et qui expliquent pourquoi le lobby des pharmacies est prêt à tout pour défendre un « gâteau» de 4,5Mrds€ (soit autant que les marchés des spiritueux et du champagne!), quitte à avaler une couleuvre dénommée
libre-service. Évidemment, les grandes enseignes alimentaires regardent ce débat avec un sourire non dissimulé.

Depuis des lustres, elles réclament en vain de pouvoir vendre desmédicaments dits de facilité. Et depuis belle lurette, elles bataillent sur le terrain de jeu voisin, celui de la parapharmacie. Pris en sandwich entre
clientélisme et consumérisme, les ministres de la Santé successifs ont laissé les distributeurs et les pharmaciens s'étriper devant les tribunaux. Avec, à la clé, une série de décisions contradictoires qui ont
transformé les prétoires en champs de bataille.

En attendant un éclaircissement des règles du jeu, ou plutôt du marché, les distributeurs peuvent toujours méditer les propos de Luc Chatel, secrétaire d'État à la Consommation. « La concurrence n'est plus un sujet tabou», lançait-il la semaine dernière. Dont acte, lui répliquent certains dirigeants.

Yves Puget, rédacteur en chef
ypuget@lsa.fr
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