Tactique ou stratégique ? [Edito]

|
Yves Puget

A la surprise générale, Conforama et Casino ont dévoilé une alliance aux achats. Un partenariat qui pourrait annoncer d’autres accords. On se souvient en effet qu’en 2014 l’association entre Auchan et Système U avait fait boule de neige avec Casino-Intermarché, Auchan-Metro puis Carrefour-Cora. Sans oublier, quelques mois plus tard, Casino et Dia en Espagne, et Dia et Intermarché au Portugal. De là à croire que la crise économique favorise de tels rapprochements il n’y a qu’un pas, que certains franchissent allégrement.

Il convient pourtant de ne pas avoir la mémoire courte. Sans remonter aux structures des années 80 avec Socadip (Printemps, Euromarché…), Difra (Casino, Monoprix…) ou Arci (Auchan, Carrefour…), il ne faut pas oublier qu’en 1999 Leclerc et Système U ont créé Lucie, et que Cora et Casino ont monté Opéra. Ou qu’en 2002 Casino et Auchan sont devenus partenaires au sein d’IRTS.

Ces « fiançailles » ne sont pas réservées à l’alimentaire. En 2008, Boulanger s’est rapproché d’Euronics (Gitem) ; en 2009, Sport 2000 de Go Sport ; en 2011, Douglas France de Passion Beauté ; en 2012, Go Sport de Twinner ; en 2013, Conforma de Mobilier européen (Fly) et Boulanger de Phox ; en 2016, Point S de Siligom.

Cette liste n’est pas exhaustive tant l’actualité n’a jamais manqué. Et ceux qui adorent ce petit jeu de Monopoly peuvent toujours essayer de comprendre les arcanes des eurocentrales. C’est en effet en 2015 que Leclerc et Rewe ont signé un nouvel accord, et la même année que les membres de l’alliance Core (Colruyt, Conad, Coop Suisse) ont rejoint Alidis (Intermarché, Edeka…). Sans oublier Asda, qui, en janvier 2016, a adhéré à EMD (Casino…). Jusqu’ici, il ne s’agissait que de centrales de référencements et de services. Mais, en juin 2016, Leclerc et Rewe ont créé Eurelec Trading, leur centrale d’achats commune. Pour la première fois, l’objectif est clairement annoncé : négocier et massifier à un niveau européen les achats auprès de quelques grosses multinationales.

Les distributeurs ont toujours adoré ce petit jeu du Meccano. Mais toutes ces opérations sont-elles rentables ? En les comptabilisant, on peut le croire. En regardant le taux d’échecs, on peut en douter. Pour commencer, ces alliances ne coûtent pas trop cher à monter et rapportent aux acteurs. Sinon, certains partenariats, notamment à un niveau européen, ne dureraient pas depuis si longtemps, et Casino, fort de son expérience avec Intermarché depuis deux ans, ne se relancerait pas dans l’aventure avec un autre allié et sur un autre marché.

À l’inverse, certains pensent qu’il ne s’agit que d’un fusil à un coup. Que lorsque les conditions commerciales sont alignées, il n’y a plus grand-chose à gratter. Que ces accords ont donc, par définition, une durée de vie courte. Ensuite, le partage de données n’est pas dans la culture des distributeurs. Sauf si le partenaire ne bataille pas dans les mêmes pays. Enfin, au gré des acquisitions, les alliés d’un jour peuvent devenir les ennemis du lendemain. Et surtout comment ne pas conclure que, dans la majorité des cas, cette politique est avant tout opportuniste. Qu’elle n’est en rien stratégique. Que ces partenariats, aussi rentables et légaux soient-ils, ne poussent pas les enseignes à trouver de nouveaux modèles économiques, à imaginer d’autres façons de travailler. Que dans trop d’exemples, il s’agit avant tout d’optimiser au mieux la marge d’aujourd’hui avec les bonnes vieilles ficelles du passé.

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2428

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous