TÉLÉVISEURS ET PC NE PEUVENT PLUS FAIRE CHAMBRE À PART

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Annoncée depuis longtemps, la convergence entre les deux grandes familles de l'électronique devient concrète sur le plan technique. Mais les quelques tentatives observées dans les rayons prouvent qu'il reste difficile d'en faire la démonstration.

Le débat n'est pas près d'être tranché. Le PC a-t-il sa place dans le salon et peut-il déjà revendiquer le titre de centre névralgique du réseau familial ? Le téléviseur, accueillant de nouveaux appendices, peut-il lui disputer ce titre ? Une seule certitude, la convergence entre informatique et électronique grand public, évoquée par certains industriels depuis le milieu des années 90, commence à porter ses fruits. Chez Sony, promoteur s'il en fut du concept de convergence, Vincent Vantilcke, le directeur marketing de la division IT, est catégorique : « Il n'y a plus de frontière entre électronique grand public, informatique et télécoms. Surtout, le fait de faire communiquer les produits entre eux génère aujourd'hui une vraie valeur ajoutée. C'est cela que les distributeurs attendaient pour prendre le phénomène en compte, et nous voyons bien qu'ils y réfléchissent. Mais cela induit une vraie révolution, non seulement dans les points de vente, mais aussi au niveau des centrales d'achats. »

C'est évidemment là que tout se complique. Car une fois admis le principe selon lequel les produits de l'univers électronique au sens large ont vocation à se fondre en une famille unique, que fait-on ? Plus précisément, comment matérialiser cette idée en magasins ? Par le passé, plusieurs cabinets de design ont opté pour un rayon dont le centre serait occupé par les PC, le reste de l'offre se plaçant autour en cercles concentriques. Séduisant, mais difficilement applicable en pratique. Si bien que l'heure est toujours aux interrogations. « Nous voyons très bien que les distributeurs sont en train de se chercher, note Jean-Pierre Geneton, directeur général de Lema. Il reste d'énormes problèmes de frontières sur certains produits, les baladeurs MP3 par exemple. Indiscutablement, c'est la Fnac qui est la plus en avance sur le sujet. »

De fait, si Sony fait figure de pionnier de la convergence parmi les industriels, la Fnac occupe une place équivalente dans le camp des distributeurs. Surtout depuis l'ouverture de la Fnac Digitale du boulevard Saint-Germain, à Paris, quasiment présentée par l'enseigne comme un lieu de démonstration et d'édification des masses. Une sorte de temple urbain dédié à la convergence numérique, qui se matérialise concrètement au sein d'espaces circulaires - on y revient -, baptisés carrousels. Des espaces où les appareils s'interconnectent en direct, sous les yeux ébahis d'un public ravi.

Un peu plus de un an après l'ouverture, le jugement des professionnels sur l'ambitieux point de vente est assez mitigé. « Ils ont été précurseurs, comme ils le sont souvent, et cela va dans la bonne direction, note Guillaume Villecroz, responsable marketing de Sharp France. Mais aujourd'hui, force est de constater que leurs démonstrations sont exclusivement tournées autour du PC et de ses périphériques. La Fnac Digitale est une belle coquille qu'il reste à remplir ! » Magnanime, un autre industriel issu du monde audio-vidéo parle d'un « très bon concept ». Et poursuit : « Les gens de la Fnac ont bien identifié ce vers quoi il faut tendre, mais le résultat prouve à quel point la scénarisation de la convergence peut être complexe. »

Plus modestement, l'enseigne cousine du groupe PPR, Surcouf, travaille aussi à la concrétisation de la convergence. Le magasin de l'avenue Daumesnil, à Paris, a mis en place, depuis décembre, un espace de 140 m2 entièrement dédié à la convergence numérique, et réserve quelques-unes des premières pages de son épais catalogue mensuel à cet univers. Dans les hypermarchés, la réponse, plus ponctuelle, existe aussi. Ainsi, Auchan et Packard Bell ont mis en place l'opération Multimédia, Multi-Loisirs, du 25 février au 6 mars. L'animation tourne principalement autour du PC Media Center du constructeur informatique, mais elle inclut aussi ses produits dérivés comme le baladeur MP3 ou la solution de réseau sans fil, le tout sous la houlette d'un animateur dont la mission consiste clairement à « démontrer la convergence entre l'univers du PC et celui du brun ».

Dernière expérience intéressante, celle que les petits spécialistes du réseau Expert ont développé depuis mai 2003 avec Fapec. À l'opposé d'une Fnac Digitale, les partenaires ont réfléchi au moyen d'illustrer le phénomène de convergence dans un point de vente de 500 m2 environ. « Le problème majeur consistait à illustrer les possibilités qu'offre ce concept, ainsi que sa simplicité d'utilisation, résume Patrick Gorecki, directeur marketing d'Expert. Nous avons abouti à l'idée d'un meuble de démonstration active, construit autour d'un PC, mais mettant avant tout l'accent sur l'écran plat et les produits connectables au PC. » « Les principaux problèmes auxquels nous nous sommes heurtés dans la phase opérationnelle ont été la connectique et la cohabitation physique des différents produits, poursuit Lionel Lanowith, directeur général de Fapec. Il fallait quelque chose de satis-faisant sur le plan es-thétique, éviter qu'un produit n'en cache un autre. » Aujourd'hui, les partenaires réfléchissent à une évolution du concept, pour coller aux innovations technologiques.

Car la succession ininterrompue de nouveaux concepts et de nouveaux usages complique encore la tâche. Aujourd'hui, la solution la plus volontiers mise en avant est le PC fonctionnant sous l'environnement Windows Media Center, de Microsoft. Branché sur un plasma, l'ordinateur fait office de téléviseur et de chaîne hi-fi, tout en remplissant tous les offices d'un PC classique. Mais, même chez les fabricants informatiques, Media Center ne fait pas l'unanimité. Sony, Asus, Acer proposent déjà des PC multimédia, fonctionnant autour d'un environnement logiciel maison. Pour le responsable marketing Europe du fabricant taïwanais VIA, Michal Lisiecki, le vrai passage à la convergence ne sera possible que lorsque trois problèmes auront été réglés : « Le manque de collaboration entre les industriels des univers concernés, l'absence de standards communs et interopérables, et le manque de produits de convergence réellement grand public ». Comme disait le regretté Pierre Desproges, « la seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute ».

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Article extrait
du magazine N° 1849

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