Tendance chambres Chez soi comme à l'hôtel

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Assortiment Reproduisant le standing ou l'esprit pratique de l'hôtellerie, les chambres de l'habitat domestique s'inspirent de plus en plus de ses bonnes pratiques.

Les consommateurs auraient-ils envie de jouer aux clients d'un grand hôtel ? Ils rêvent du petit déjeuner au lit, d'un minibar accessible et d'un lit « king size » rempli d'oreillers. « Faire son lit comme on se couche à l'hôtel », la tendance se vérifie dans les sanitaires, la décoration, la literie, l'architecture globale... « C'est principalement l'aspect statutaire qui attire les gens », estime Matali Crasset, designeuse qui a aussi travaillé sur le projet d'un hôtel.

L'un des produits qui traduit le mieux cette recherche de standing hôtelier, sans doute inconsciente, est le minibar. Cacahuètes, chocolat, bouteille d'eau ou mignonnette d'alcool, son contenu fait rêver. À tel point que le miniréfrigérateur est le produit tendance du moment, notamment pour les opérations spécial été. Principale différence entre ce dernier et son demi-frère à l'hôtel : l'un est encastré et caché, l'autre bien visi-ble. « C'est un produit d'appoint dans une chambre, un réfrigérateur de complément, dans lequel on doit retrouver de l'eau fraîche, des boissons, quelques fruits et pourquoi pas du beurre et du lait », observe Sylvain Mazloum, directeur général de Minea, un fabricant français d'appareils gain de place, notamment des mini-« fridges ». Matali Crasset y voit un produit parfait pour la génération « kangourou », ces jeunes qui restent tard chez leurs parents et vivent en autarcie dans leur chambre. Plus la preuve d'un individualisme grandissant, donc, qu'un simple esprit hôtelier. D'ailleurs, certains professionnels de l'hôtellerie aimeraient les voir disparaître. « Dans l'hôtel de Nice auquel j'ai participé, il n'y avait pas de minibar, car ça représente pour moi la consommation, un système qui fait ressortir nos dépendances, nos faiblesses et qui n'incite pas à sortir de sa chambre pour aller à la rencontre de l'autre », ressent Matali Crasset. Michel Gicquel, directeur de l'innovation et du design du groupe Accor, lui, s'intéresse aux canettes autorafraîchissantes pour des raisons écologiques : « On doit chercher à proposer ce service autrement, car le minibar traditionnel peut représenter jusqu'à 50 % de la consommation d'énergie de la chambre ! »

L'hôtel, un précurseur

Le minibar est loin d'être la seule tendance transposée de l'hôtelier au domestique.Tout ce qui tourne autour du lit en est imprégné, comme le développement des taies d'o-reiller rectangulaires, dites « américaines ». « Ces taies de 50 x 70 cm se développent fortement au détriment des taies de traversin. Avec deux ou trois oreillers par lit, mélangeant carrés et rectangulaires, il n'est pas rare que nous vendions des parures de lit avec quatre taies d'oreiller », remarque Jean Somat, le directeur commercial de Carré blanc. Outre la multiplication des oreillers, la couette est devenue un grand standard. « Elle véhi-cule une image d'hygiène absolue et se fait de plus en plus moelleuse, gonflante. Le visuel est important, on a envie de pouvoir se nicher dedans, retomber en enfance », ajoute Michel Gicquel. « Les gens cherchent à reproduire chez eux ce qu'ils ont vu dans des endroits raffinés. À l'image de ces lits très bien dressés, type hôtel de charme ou chambre d'hôte », décrit Jean Somat. Pour s'approprier ces tendances, Carré blanc lance un modèle Patch, du linge de lit et de toilette de style Hôtel Normandie années 30.

Si les clients cherchent à s'approprier le statut et la notion de service des hôtels haut de gamme, ils traduisent chez eux l'esprit pratique des établissement d'entrée de gamme, à l'image du sèche-cheveux mural et du sèche-serviettes de la salle de bains.

À l'inverse, pour faire un hôtel, on pense justement à faire un peu comme à la maison, dans un esprit de réassurance. « L'hôtelier fait semblant de copier les codes domestiques pour faire croire que c'est comme à la maison. Pourtant, ses inspirations sont nombreuses, et au final, on y retrouve une vraie mixture internationale », estime Matali Crasset. Ce mélange des genres touche aussi la restauration, comme le souligne Laurent Le Mouël, directeur artistique de Promostyl : « Chez soi, on fait comme au restaurant, on se met à dresser des assiettes individuelles plutôt que de mettre un plat au milieu de la table. À l'inverse, au restaurant, on met en avant les gâteaux faits maison. » Ce que Michel Gicquel traduit par « Home away from home, comme chez moi, loin de chez moi. Dormir à l'hôtel est éphémère, c'est généralement le temps d'une ou deux nuits. Mais notre rôle est de proposer une expérience que l'on accepte dans ce lieu et qu'on ne serait pas encore prêt à faire chez soi. »

Grâce à des cycles de rénovation plus fréquents (de huit à dix ans en moyenne), l'hôtel est donc précurseur, indicateur de tendances. C'est en ce sens qu'il doit être analysé et utilisé par les professionnels. Ainsi de ces réflexions menées en ce moment dans le grou- pe Accor sur la façon de gérer l'espace en fonction des périodes de la journée ou de l'année, avec des salles de bains ouvertes oui, mais avec des portes escamotables, comme le plan de travail du bureau qui doit être là ou disparaître selon les attentes. Dans cet esprit, les revêtements au sol deviennent identiques entre la salle de bains et la chambre... En termes de tendances, l'hygiène, l'environnement et la facilité d'entretien sont les grandes thématiques travail-lées par les équipes de design hôtelier. Les serviettes sont réu- tilisées, les produits d'accueil (savon...) moins polluants, les lam-pes de lecture quittent le chevet pour s'accrocher à la tête de lit et simplifier le nettoyage de la chambre, les couettes dont les housses sont lavées entre chaque client remplacent presque partout les couvertures...

Si l'inspiration hôtelière se vérifie, on peut prédire le renouveau d'une pièce oubliée : l'entrée. « Regardez à quel point les grands hôtels misent tout sur leur entrée, insiste Laurent Le Mouël. Pensée comme un sas de décompression, elle doit immédiatement donner une idée du lieu. » Un rôle de première impression qu'il faudrait effectivement redonner à nos entrées.

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Article extrait
du magazine N° 1915

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