Tendance Des ions négati fs plein les rayons

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assortiment - Ces particules chargées électriquement ont des propriétés purifiantes et antibactériennes que de grandes marques commencent à exploiter comme argument d'hygiène, de soin. Un procédé d'avant-garde à ne pas galvauder !

Les Japonais les appellent « vitamines de l'air », car ils génèrent ce bien-être grisant que l'on ressent en altitude ou au bord de la mer, où ils sont naturellement présents. Les scientifiques les décrivent comme des atomes chargés négativement par perte d'un ou de plusieurs électrons. Ce sont les ions négatifs, qui n'ont rien de plus pressé que d'aller s'acoquiner avec des particules de charge opposée pour retourner à leur neutralité originelle. D'où une affinité pour les polluants chargés positivement et des propriétés bactéricides avérées, dont tirent aujourd'hui parti les grandes marques. Dans les rayons électroménagers d'abord. En réponse aux soucis sanitaires nés des crises alimentaires telle la Listeria, Bosch lançait en mars 2002 le premier réfrigérateur doté du revêtement intérieur Agion aux ions d'argent, agissant tel un bouclier antibactérien. Depuis, les gammes Arthur Martin Electrolux et AEG ont rejoint le créneau avec le procédé Bio Protect, de même qu'Ariston avec Hygiene Control. Dans l'univers de l'électro-beauté, Helen of Troy présentait en janvier son sèche-cheveux ionisant à la marque Vidal Sassoon, qui agit comme un soin capillaire grâce à ses ions d'oxygène. Principe : ils fractionnent l'eau en micro-gouttelettes pour hydrater le cheveu et suppriment l'électricité statique. Babyliss et Remington détiennent leurs propres brevets.

 

Vers une « ionomania »

Des applications ioniques sont également développées dans les collections textiles. Grâce au fabricant Nylstar qui a conçu la microfibre Meryl Skinlife dopée aux ions d'argent, donc dotée de vertus bactériostatiques. À partir de laquelle, Variance a conçu la collection de lingerie Magie présentée à l'automne 2002, et disponible en GSA depuis juin. Et Rywan, une ligne de collants pour hommes, femmes et enfants pour l'hiver prochain, en attendant des chaussettes pour le printemps 2004. Reebok et Décathlon creusent également le filon du côté des articles de sport.

Et ce ne sont là que les balbutiements d'une « ionomania » qui pourrait demain déferler dans nos magasins. Notamment depuis le Japon, où Sony a mis au point un ventilateur et Sharp un aspirateur qui purifient l'air par effet ionique. Tandis que Procter & Gamble a conçu un fond de teint en spray aux vertus relaxantes (LSA n°1790).

En attendant, la première question à se poser pour le distributeur est de savoir si les ions marchent... sur les ventes. « Au Japon et aux États-Unis, les sèche-cheveux ionisants ont déjà conquis 20 à 25 % du marché en deux ans, annonce Charles-Henri d'Ocagne, PDG de Helen of Troy France. En France, où nous nous sommes battus pour imposer cette innovation de rupture, nous nous hissons en tête des ventes partout où nous sommes implantés. Et nous avons atteint le troisième rang des ventes au moment de la fête des Mères dans certaines enseignes. » Tandis que Patrick Fabre, responsable marketing chez Bosch, souligne : « Même si ce succès n'est pas imputable au seul Agion, nous avons enregistré depuis 2002 notre meilleure croissance sur le marché des réfrigérateurs. Et le fait que les concurrents nous suivent conforte notre choix. »

 

Des avatars ioniques déroutants sur le web

Reste que ces marques pionnières qui recourent aux propriétés encore ésotériques des ions doivent mettre cet argument très technologique à portée des consommateurs. Sans dévoyer le principe. Car on débusque déjà des avatars ioniques plutôt déroutants dans les échoppes virtuelles du web ! Tels la lampe en « cristal de sel » à action relaxante ; l'appareil d'acupuncture coréen traitant plus de 150 symptômes de maladies (sic), ou la brosse à dents dont le manche transformant la lumière en ions dispense de dentifrice !

Les marques « sérieuses » auront donc le souci de leur crédibilité, en adaptant leur discours à leur cible. Ainsi, « pas question de parler de bactéries à notre clientèle féminine de 18 à 35 ans, explique Samar Hussami, chef de produits Variance. Plus qu'à leur raison, nous nous adressons à leurs émotions avec une campagne d'affichage jouant la fibre... ludique ». De même, si Rywan s'autorise l'argument « bactériostatique », son directeur commercial, Maxime Lipszyk, avoue que « l'allusion à l'odeur est totalement taboue ». Mesure et réserve, encore, chez Vortice France qui propose un purificateur d'air Vortronic qui bien qu'intégrant une fonction ionisante « agit avant tout par filtration, et ne saurait promettre des arguments mensongers sur les propriétés des ions, dont le champ d'action est très limité, du fait de leur courte durée de vie » insiste Carlos Pluvinage, directeur général de la société. Ne pas confondre ions et poudre de perlimpinpin !

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Article extrait
du magazine N° 1823

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