Thermomètre

|

EDITORIALVouloir et pouvoir d'achat

Edito_Yves_puget

Les Français ne se retrouvent pas dans les indicateurs de prix, martèlent les politiques et les médias. Il faut donc en changer. C'est bien connu, en cas de fièvre, il est urgent de trouver un autre thermomètre! Plus sérieusement, ce juste décalage provient de la différence entre le pouvoir et le vouloir d'achat, un phénomène aux multiples origines.

Dans les « dîners en ville», sur les marchés ou dans les médias, l'inflation s'invite dans les débats. L'euro brouille les cartes de la perception prix. Les consommateurs se focalisent sur le prix facial et ne comptabilisent pas les promotions. L'alimentaire s'affirme plus sensible à la perception prix que d'autres marchés.

Les ménages s'imposent de nouvelles dépenses contraintes (internet...). Des produits (écrans plats...) instaurent un statut social. Les loyers ou les assurances augmentent sans virulentes contestations, ou presque. Les 35 heures limitent les hausses de salaire. Une liste non exhaustive qui explique pourquoi, à tort et à raison, de simples impressions se transforment en grandes affirmations.

Fort de ce constat, Nicolas Sarkozy réclame «un indice du pouvoir d'achat qui corresponde enfin à la vie quotidienne des Français». L'intention est louable. Mais attention de ne pas croire, comme il se murmure, qu'une réflexion par cibles permettra à chacun de s'y retrouver.

Les moyennes, mêmes affinées et nombreuses, cachent toujours des disparités et encore plus lorsque le subjectif s'en mêle. De même qu'il est erroné de croire que les bas revenus se jettent sur les bas prix (certains d'entre eux raffolent desmarques) et que les riches se concentrent sur le haut de gamme (ils adorent faire des affaires).

Une telle vision est le parfait déni de l'évolution de la société de consommation. L'analyse par cibles ne doit pas empêcher la réflexion par besoins. En commençant par les dépenses contraintes. Quelles sont-elles ? Comment évoluent-elles ? Aujourd'hui, aucun indicateur n'additionne loyers, gaz, impôts, assurances et autres dépenses du même genre.

Il convient de se mettre d'accord sur le périmètre et de le suivre dans le temps. Idem pour les autres dépenses, de l'alimentaire (en grandes surfaces, mais aussi dans les restaurants, les cafés ou les boulangeries) aux loisirs (voyages, sports, culture...) en passant par le non-alimentaire (maison, électroménager, multimédia, textile...).

Il incombe à l'Administration, en partenariat avec les professionnels, de créer de tels indicateurs. Et il revient à quelques politiques... et distributeurs de ne pas instrumentaliser la défense du pouvoir d'achat des Français. Sous peine d'installer le doute sur toute analyse et d'affoler le thermomètre.

Yves Puget, rédacteur en chef
ypuget@lsa.fr
Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

X

Recevez chaque semaine les actualités du marketing et de la communication online et offline des marques et des distributeurs.

Ne plus voir ce message