Toujours plus de mètres carrés

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Les communiqués se suivent et se ressemblent. Tous les distributeurs ou presque se réjouissent d'un retour, même léger, à la croissance au premier semestre (même si les résultats d'août inquiètent). Mais quelques lignes plus bas, ils mentionnent que la hausse du chiffre d'affaires ne se réfère pas à un périmètre comparable. Dans le bricolage, le sport ou l'alimentaire, point de salut sans agrandissements, ouvertures, voire débauchages chez ses concurrents. La croissance n'est que rarement organique, elle ne provient que de mètres carrés glanés ici où là. La tendance se confirme à la lecture de l'Atlas LSA 2011, qui paraîtra à la fin du mois (62 M m2 répertoriés !). Les hypers gagnent 53 unités en un an, le hard-discount 210, les jardineries 32 et le secteur culture-loisirs 107.

Les distributeurs l'ont compris. Ils savent qu'il faut débusquer les consommateurs près de chez eux, donc ouvrir toujours et encore plus de magasins. S'ils ne le font pas, d'autres le feront. En regardant ces chiffres, il est certain que les nombreux lobbys antigrande distribution ressasseront leur même discours. Pour eux, la France compte beaucoup trop de magasins, la grande distribution défigure les paysages, le commerce de périphérie écrase celui de centre-ville. Leurs a priori sont connus. Malgré ce leitmotiv, les surfaces de vente se multiplient comme des petits pains. Les lois Royer et Raffarin n'ont pas endigué le phénomène. À l'inverse, la loi de modernisation de l'économie, hormis une petite surchauffe pendant quelques mois, n'a pas généré la déferlante annoncée d'ouvertures de moins de 1 000 m².

Alors, pourquoi cette tendance perdure-t-elle ? N'en déplaise à quelques politiciens et associations de consommateurs, les Français aiment faire leurs courses. Ils veulent avoir à portée de mains ou de voitures tous les formats qu'ils attendent et toutes les enseignes qu'ils désirent. Les distributeurs ne sont pas stupides. S'il n'y avait pas une demande, ils n'investiraient pas en pure perte. Et justement, l'analyse des densités commerciales montre de sérieux écarts entre départements (19 m² de hard-discount pour 1 000 habitants dans les Hauts-de-Seine, contre 108 m2 dans les Vosges ; 84 m² d'électrodomestique dans la Haute-Marne, contre 15 m2 à Paris). Preuve, encore une fois, qu'il y a de la place pour des ouvertures.

Ensuite, les demandes évoluent. Il suffit de voir Carrefour Planet à Vénissieux ou Auchan à Vélizy pour compren-dre que les nouvelles zones « marché », « traiteur » ou « bio » répondent à une tendance... et nécessitent de la place. Dans ces conditions, les responsables des hypers sont contraints de supprimer des rayons ou de s'agrandir. Résultat, cette année, la France compte 266 654 m² d'hypers supplémentaires, 177 965 m² de hard-discount et 190 413 m² de bricolage. Certains y voient une course effrénée, une véritable boulimie, voire une fuite en avant, alors que d'autres y perçoivent une simple logique d'offre et de demande.

Quant à cette quête du Graal, elle ne s'arrêtera pas avec des lois ou des coups de semonce. De nouvelles pratiques s'imposeront, mais seulement lorsque les consommateurs le décideront, lorsqu'ils iront voir ailleurs, lorsque que le taux de fidélisation se réduira et celui d'attraction s'amenuisera. Le seul premier petit signe de l'amorce d'un bouleversement se trouve du côté de la surface moyenne des hypermarchés, tombée à 5 527 m2. Soit 15 m² de moins en un an...

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Article extrait
du magazine N° 2148

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