Toulouse redessine ses plans de circulation urbaine

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Flux commerciaux - Pour mettre fin à l'asphyxie qui entravait l'activité du centre-ville, la municipalité toulousaine a lancé une réorganisation des transports et un test de passage d'une rueen axe semi-piéton. Ces initiatives préfigurent un projet à plus long terme pour la Ville rose.

Imaginer la meilleure redistribution possible des espaces publics de l'hypercentre dans les dix à quinze ans à venir. C'est le signal fort qu'a donné Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, en lançant, en mai 2006, un concours international d'urbanisme regroupant des urbanistes, des paysagistes, des spécialistes de la circulation et du stationnement, ainsi que des experts de la sécurité urbaine, et même des acousticiens. L'équipe lauréate, qui devrait être connue au second semestre, devra obligatoirement intégrer dans son projet les mesures initiées en 2007 par la municipalité pour modifier les flux de circulation. En effet, la métropole régionale, qui accueille plus de 15 000 habitants par an, est au bord de l'explosion. Quelque 280 000 véhicules particuliers entrent ou sortent du centre-ville chaque jour. Alors que les transports en commun représentent seulement 37 % des déplacements entre l'hypercentre et le reste de la ville.

Le sourire après la grimace ! Aujourd'hui, les Toulousains se déclarent majoritairement ravis de l'espace libéré en centre-ville par la réorganisation des transports mise en place l'été 2007. Mais ils ont été nombreux à avoir commencé par pester face au remaniement presque total des circuits de bus urbains.

Mis en service au lendemain de l'inauguration de la deuxième ligne de métro, il avait deux objectifs : éviter les dessertes en doublon - métro et bus -, et remodeler profondément le profil de la rue Alsace-Lorraine, principale artère « traversante » et commerçante de la ville, avec ses 800 mètres égrenant quelque 120 enseignes. Cet axe, par lequel passaient plus de 900 bus par jour, n'en accueille plus aucun à présent. La circulation des voitures y a été réduite de deux à une voie, l'espace dégagé étant transformé en un trottoir de 9 mètres de large pour les piétons et les vélos. « Il s'agit d'un test grandeur nature, prévu sur deux ans, pour présenter notre vision du centre-ville aux Toulousains », précise Jean-Jacques Bolzan, conseiller municipal délégué au commerce et à l'artisanat.

Si la métamorphose de l'hypercentre n'a pris qu'un été pour être concrétisée, cette réorganisation est l'aboutissement d'une longue réflexion. « Éviter le trafic de transit pour réserver l'espace du centre-ville aux habitants et usagers est une préoccupation ancienne de la municipalité », rappelle Jean-Marc Mesquida, directeur de l'Agence d'urbanisme et d'aménagement du territoire Toulouse. La première étape a été la mise en service, au début des années 90, du périphérique qui a permis de désengorger le centre-ville, et notamment les boulevards qui le ceinturent. La seconde a été la création d'un métro, avec les lignes A en 1993 et B en juin 2007 (LSA n° 2005).

Ces projets, qui ont contribué à limiter fortement la circulation en ville, permettent aujourd'hui d'envisager un véritable partage de l'espace public au profit des piétons et des cycles, et des usages autres que purement « circulatoires ». « Conscients que l'arrivée de la deuxième ligne de métro allait sensiblement modifier la donne, et que ce serait une occasion majeure de repenser l'espace public, nous avons engagé une réflexion dès 2005, en complément au plan de déplacement urbain, indique Jean-Jacques Bolzan. Avec pour priorité d'avoir un centre équilibré, où voitures, transports en commun et piétons trouveraient leur juste place. »

Forte incitation pour délaisser la voiture

Ce nouveau partage de l'espace passe par l'incitation forte à ne plus circuler en voiture. La vitesse dans le centre passe à 30 km/h (voire à 10), les parkings urbains sont rénovés pour être plus attractifs, et les parcs-relais des terminus du métro sont agrandis. De même, un système de stationnement payant, avec tarif réduit pour les résidents, est progressivement mis en place. « Cette politique vise à éviter les " voitures-ventouses ", et à favoriser le développement des activités économiques et commerciales en augmentant la rotation des véhicules dans les artères commerçantes, en dehors de la ville-centre », indique Jean-Jacques Bolzan.

En complément, l'accent est mis sur le recours aux transports en commun en prônant la « multimodalité » : après la deuxième ligne de métro et la réorganisation du réseau des bus urbains, qui ont déserté le centre pour les faubourgs, le concept VélôToulouse a été mis en service fin 2007. Et des bus en site propre commencent à irriguer la première couronne, au départ de stations de métro.

Ce travail sur les flux de circulation s'inscrit dans une vision à long terme sur l'organisation de l'espace public. Avec un parti pris orienté non vers le passage strict en zone piétonne, mais vers des voies « à priorité piétonne ». Initiée il y a vingt ans, la démarche s'étend par tranches autour de la place du Capitole, située à mi-hauteur de la rue Alsace-Lorraine.

« Réfléchir à un grand bloc piétonnier »

Pour celle-ci, le pari semble plutôt gagné. Six mois après sa transformation, les premiers échos des clients et des commerçants apparaissent positifs, ce qui pourrait inciter la municipalité à pérenniser la formule. Et à l'élargir à d'autres axes, rejoignant ainsi les attentes de Daniel Benyahia, commerçant et candidat sur la liste PS, principale liste d'opposition à la municipalité en place : « Le réaménagement de la rue Alsace-Lorraine s'est fait sans s'insérer dans une stratégie plus globale. Il faut réfléchir à un grand bloc piétonnier, qui relierait les deux places importantes de la ville - le Capitole et Wilson. En associant à la réflexion les commerçants et les clients qui attendent de vraies garanties sur le long terme. »

Après le pari de la fluidification de l'hypercentre, le challenge de la prochaine municipalité sera l'amélioration des transports et de la circulation sur l'ensemble de l'agglomération. Un chantier classé « grande cause municipale » par tous les candidats, qui font assaut de propositions, du tramway circulaire aux navettes fluviales.

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Article extrait
du magazine N° 2030

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