Tous d'accord pour renforcer la sécurité des commerces

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Les magasins sont de plus en plus victimes de braquages. Les candidats s'en inquiètent, même si la sécurité n'est plus leur toute première priorité. Leurs solutions : vidéosurveillance et renforcement des effectifs de police.

«Je ne me sens pas rassurée quand les vigiles ne sont pas là, l'environnement de mon magasin est assez agressif », déplore la directrice d'un supermarché, dans le XIIe arrondissement de Paris. Et, la lecture des pages « faits divers » des quotidiens n'est pas de nature à la rassurer. Bijouteries, superettes et boulangeries sont la cible privilégiée de malfaiteurs dont le profil, en vingt ans, a bien changé. En particulier pour les vols à main armée. « Autrefois, c'était la chasse gardée de gangsters chevronnés. Aujourd'hui, ils sont en grande partie le fait de gens, souvent jeunes et inexpérimentés, qui font un braquage pour récupérer de quoi vivre une semaine, un mois », résume François Bourguet, commandant de police, responsable de la cellule prévention, partenariats et statistiques à l'OCLCO*. Butin moyen d'un vol à main armée (commis avec arme à feu apparente ou cachée, factice ou réelle) : « Entre 100 et 500 € », témoigne François Bourguet. Les commerces sont particulièrement visés : ils concernent 60% de ces vols, soit 3 260 faits en 2011.

 

Vidéo ou présence humaine ?

Moins prégnant en ce moment que le thème du chômage ou de la dette publique, celui de la sécurité n'en reste pas moins préoccupant pour les citoyens et les dirigeants de magasins. Les partis, de droite comme de gauche, en ont bien conscience, même si le sujet est un peu trop technique pour être abordé sur les plateaux TV, par exemple. Ainsi, François Rebsamem, le maire de Dijon chargé du pôle sécurité de l'équipe de campagne de François Hollande, souhaiterait une coordination tripartite qui réunirait les associations commerciales d'une ville, la Police nationale et la mairie. « Ensemble, ils pourraient répertorier les lieux potentiellement sensibles, explique François Rebsamem que l'on pressent comme le futur ministre de l'Intérieur si François Hollande gagne les élections. Ainsi, la ville pourrait équiper ces lieux de caméras de surveillance pour que la police puisse intervenir rapidement. » Le responsable socialiste a testé ce dispositif à Dijon avec succès. Il est aussi pour stopper net la baisse des effectifs de police.

Nicolas Sarkozy, candidat à sa propre succession, compte donner un tour de vis supplémentaire s'il est réélu : « Notre action sera dirigée dans trois voies prioritaires : poursuivre les mesures qui ont fait leur preuve (vidéoprotection et patrouilleurs qui sont des outils efficaces au plus près des zones à risques comme les centres commerciaux), accroître la vigilance des maires et leurs outils de prévention en lien avec les professionnels de votre secteur [la distribution, NDLR], lutter avec fermeté contre tout sentiment d'impunité en renforçant les réponses pénales dès le premier acte de délinquance, en particulier chez les mineurs. »

À la différence de l'UMP, le Front de gauche, le parti de Jean-Luc Mélenchon, ne croit pas que la vidéosurveillance soit une bonne réponse. « Au fur et à mesure que la vidéosurveillance s'est généralisée, la présence humaine a diminué. Le résultat est là : l'insécurité s'est développée, assure Ian Brossat, le « monsieur sécurité » du Front de gauche. Il faut rompre avec cette spirale. Nous sommes partisans d'un grand service de sécurité. C'est pourquoi nous proposons de recréer les 10 000 postes de policiers et gendarmes supprimés depuis 2007. »

Davantage de caméras ou d'uniformes sur le terrain, les distributeurs apprécieront. Mais, sitôt élu, le nouveau gouvernement devra aller plus loin dans le détail. « Les lois n'ont pas évolué depuis trente ans, plaide Franck Charton, délégué général de Perifem, l'association technique du commerce et de la distribution. L'attente est forte pour parvenir à des règlements qui correspondent à la réalité actuelle des commerces. »

 

Mutualiser les compétences

Ainsi, dans un centre commercial, le nombre de pompiers est calculé sur des taux de fréquentation erronés (6 600 personnes pour un hyper de 10 000 m2), alors que le taux actuel tourne autour de 2 000 personnes pour la même superficie. Problème : la loi de 1983, relative aux agents de sécurité, ne permet pas qu'un pompier fasse office de vigile et vice versa. « Il faut mutualiser les compétences, assure Franck Charton. Le ministère de l'Intérieur est sensible à notre argument, mais c'est un travail de longue haleine. » Or, certains centres commerciaux sont dans des situations intenables, propices à l'insécurité. Ainsi, celui de Sevran (93) doit employer 13 agents de sécurité incendie, ce qui lui coûte 700 000 € par an, soit 30% de ses charges de copropriété. Il n'a plus les moyens d'employer des agents de sécurité, alors qu'il en aurait bien besoin.

Autre problème de fond : les vols en magasins. « En dessous d'une certaine valeur, les plaintes ne sont pas traitées, ni même enregistrées, plaide Franck Charton. Nous demandons à ce qu'elles soient toutes qualifiées et inscrites sur un listing. Cela permettrait d'envoyer un message fort aux récidivistes : " Vous serez fiché ! " » Si le ministère de l'Intérieur entend cette demande, reste à passer à l'acte.

FRONT DE GAUCHE

« La présence humaine est la clé de tout. Au fur et à mesure que la vidéosurveillance s'est généralisée, la présence humaine a diminué. Le résultat est là : l'insécurité s'est développée. Il faut rompre avec cette spirale. Nous sommes partisans d'un grand service de sécurité. C'est pourquoi nous proposons de recréer les 10 000 postes de policiers et gendarmes supprimés depuis 2007. » IAN BROSSAT, président du groupe Front de gauche au Conseil de Paris

UMP

« Notre action sera dirigée dans trois voies prioritaires : poursuivre les mesures qui ont fait leurs preuves (vidéoprotection et patrouilleurs, qui sont des outils efficaces au plus près des zones à risques comme les centres commerciaux), accroître la vigilance des maires et leurs outils de prévention en lien avec les professionnels de votre secteur [la distribution, NDLR], lutter avec fermeté contre tout sentiment d'impunité en renforçant les réponses pénales dès le premier acte de délinquance, en particulier chez les mineurs. » NICOLAS SARKOZY (UMP)

PARTI SOCIALISTE

« Sur la voie publique, il serait bon de coordonner les associations commerciales, la police nationale et la mairie pour qu'ensemble ils répertorient les lieux sensibles, afin de les équiper de caméras de surveillance et de déployer plus de patrouilles dans ces quartiers. En ce qui concerne les DAB, je pense qu'il faudrait généraliser la destruction des billets par jets d'encre ou d'acide en cas d'attaque. Ce système dissuasif est utilisé dans de nombreux pays avec de bons résultats. » FRANÇOIS REBSAMEM, chargé du pôle sécurité de l'équipe de campagne de François Hollande

SIX ATTAQUES SUR DIX DANS LE COMMERCE

S'il y a eu 5% de vols à main armée de moins en 2011 par rapport à 2010, le commerce reste une cible privilégiée. Notamment les petits magasins, moins sécurisés que les banques, par exemple.

 

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Article extrait
du magazine N° 2218

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