Tous en selle !

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Des vélos partout. Les grandes villes se couvrentde pistes cyclables et, donc, de cyclistes. À moinsque ce ne soit l’inverse… Qu’importe, le fait est là, tangible : le marché du cycle s’envole, porté par la folie des vélos à assistance électrique (VAE).

Pistes cyclables
Pistes cyclables© PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

«Un trimestre exceptionnel et des flux historiques », chez Culture Vélo. « Une demande exponentielle », du côté d’Intersport. « Un travail en flux tendus, tellement la demande est forte », pour Decathlon. « Des ventes qui ont plus que doublé (+ 112 %), voire triplé pour les vélos à assistance électrique ou VAE », chez Go Sport. « Des courbes qui s’affolent avec + 78 % en mai, + 92 % en juin et jusqu’à + 135 % pour les VAE, ou encore + 112 % pour les vélos pliables », chez Cyclable.

N’en jetez plus : la pépite du moment à un nom, et il s’agit bien du marché du cycle. « Entre le 11 mai, date de fin du confinement, et fin juin, nos ventes sur le marché du cycle ont été multipliées par 2,5 », avance Corinne Gensollen, la directrice générale du réseau Intersport France et Belgique. Le plus étonnant est encore de constater que cette croissance folle s’inscrit sur une base de comparaison déjà haute. « Nous écoulons 3 000 vélos par jour actuellement, contre 1 200 à la même époque l’année dernière », précise-t-elle. « Nous vendons plus de 4 000 vélos par semaine, ce qui fait actuellement du cycle, tiré par les ventes de VAE, le premier marché de Go Sport », assure, pour sa part, Benoit Legrand, le directeur du réseau de Go Sport.

En trois ans, le marché a bondi de 24 % pour atteindre en France, l’année dernière, 2,3 milliards d’euros, soit 827 millions d’euros pour les pièces et accessoires et 1,5 milliard d’euros pour les vélos, selon les chiffres publiés par l’Union Sport & Cycle, à travers son dernier Observatoire du cycle. Entre 13 % et 18 % de croissance supplémentaire sont attendus par cette même Union Sport & Cycle, d’ici à 2025, pour venir flirter avec les 2,7 milliards d’euros de ventes. Cela donnera un petit + 44 % en moins d’une décennie. Franchement pas mal, non ? Et encore : ces prévisions datent d’avant l’engouement actuel, post-Covid.

Pas seulement dans les villes

« Le confinement a fait gagner au moins cinq ans au marché », plaide Grégory Gesret, le responsable marketing et communication de Culture Vélo, enseigne présente sur le marché depuis 2000 et qui dispose aujourd’hui de 75 magasins en France. « Le vélo avait déjà le vent en poupe, mais les interrogations liées à la pandémie et au confinement l’ont encore plus mis sur le devant de la scène. Il a un rôle moteur à jouer dans la manière dont la ville peut se réinventer », poursuit-il. Et pas que la ville, d’ailleurs.

« C’est un mouvement de fond, général et qui touche tous les âges. Il n’y a pas que l’urbain, pas que les villes qui sont concernées, pas que les néophytes, désireux de se trouver un moyen de transport alternatif. Le vélo est un outil de liberté et de mobilité extraordinaire, parfaitement dans l’air du temps », glisse, de son côté, Benoit Legrand. « Tout un écosystème se met en place. Plus de vélos visibles, c’est plus d’envie de s’y mettre à son tour. En deux mois, le marché a fait un bond de géant, aidé par les différentes mesures gouvernementales et locales et porté par les infrastructures, qui s’améliorent et se développent avec toujours plus de pistes cyclables sécurisées », explique Céline Forestier, directrice marketing de Cyclable, enseigne fondée en 2005 et qui compte 55 magasins en France, dont une dizaine à Paris, pour 45 millions d’euros de chiffre d’affaires, en 2019.

Un mot de ces aides, justement. Le gouvernement offre 50 € pour toute remise en état de son vélo. Il ajoute aussi, pour l’achat d’un VAE, une subvention venant en complément de celle accordée par les collectivités locales, dans la limite de 200 €. Des aides locales qui, elles, varient beaucoup en fonction des villes et des régions. À Paris comme à Marseille, par exemple, elles vont jusqu’à 400 €. C’est bien sûr loin d’être négligeable, mais si l’on a en tête que le prix moyen d’un VAE s’élève, en France, à 1 749 €, selon l’Union Sport & Cycle, cela ne fait pas tout. Le moteur principal n’est pas opportuniste : il est clairement à rechercher ailleurs.

Fnac Darty séduit par Angell

En vérité, c’est tout un cercle vertueux qui se met en place pour le cycle. Il séduit par le bouche-à-oreille et, si ce dernier est positif, c’est que, d’une certaine façon, l’essayer, c’est l’adopter. « Il y a eu, ces dernières années, un immense travail effectué par les fournisseurs. Ils proposent désormais des vélos plus designés, plus sympas, moins conventionnels, avec un panel de couleurs de plus en plus large. Autant de petites choses qui, mises bout à bout, permettent de répondre aux attentes de la clientèle », remarque Grégory Gesret. Ajoutez à cela des progrès techniques énormes, avec des batteries beaucoup plus discrètes, moins lourdes et d’une autonomie bien plus grande, et comprenez qu’une fois monté sur la selle, personne n’a plus envie d’en descendre… Citons-en quelques-uns, d’ailleurs, de ces équipementiers à qui l’on doit de tels progrès : Bosch, Shimano…

Évoquons, aussi, ces marques novatrices qui ont su allier technicité et sens de l’utilisateur : Lapierre ou Moustache Bikes, fer de lance du VAE, deux signatures françaises qui plus est. Preuve de leur inventivité, ces petites pépites du cycle attirent les businessmen chevronnés, au premier desquels Marc Simoncini, jamais avare pour se lancer sur un créneau porteur. Après le site de rencontres Meetic et les lunettes Sensee, le voici qui déboule sur le marché avec Angell Bike, « le vélo électrique designé par Ora-ïto », qui, décidément, prend un peu partout la relève de Philippe Starck. Angell avance avec deux promesses principales : un poids, riquiqui, de 2 kilos, et une autonomie de 70 kilomètres. Le groupe Fnac Darty, soucieux lui aussi de prendre une place sur ce juteux marché du cycle et de la mobilité, a été séduit par le projet et s’installe comme le distributeur exclusif de la marque, désormais disponible en précommande.

De nombreux tests en cours

Du côté des historiques, on mise sur d’autres armes, plus anciennes. Sport 2000 exploite ainsi 70 Mondovélo, pour 40 millions d’euros de ventes et un objectif à 80 millions en 2025. « La dynamique est portée par le taux d’équipement des Français, très en retard par rapport à nos voisins allemands, par exemple », indique Stéphane Solinski, directeur général de Sport 2000. Inter­sport, lui, se réjouit d’avoir eu, un jour de 2013, le nez creux pour racheter la Manufacture française du cycle (MFC), à Machecoul (44). « Il sortait à l’époque 100 000 vélos à l’année de l’usine MFC. Nous en avons produit l’année dernière 430 000 », détaille Corinne Gensollen. C’est de là que sortent les gammes maison de l’enseigne, Nakamura. De quoi offrir à Intersport, qui se revendique comme le roi des « grandes marques », un positionnement iconoclaste sur ce marché. « Nos marques propres représentent plus de 70 % des ventes sur cette catégorie », reconnaît-elle. Le tout avec succès, car avec 10 % de part de marché en valeur et 15 % en volume, la part du cycle dans les ventes d’Intersport « a doublé en cinq ans ».

Decathlon, le leader du marché du sport en France, ne communique pas sur ses chiffres avec autant de précision, mais Magda Winiarczyk, sa porte-parole, évoque « un dynamisme très fort depuis au moins 2017 » et avance l’idée « d’une croissance à deux chiffres l’année dernière ». Preuve de son intérêt, Decathlon teste de nombreuses choses, à commencer par, depuis juin, un service de location de vélo, baptisé Decathlon Rent, disponible dans douze magasins lyonnais et parisiens, via cinq modèles de vélos et, depuis ce mois de juillet, dans la province de Liège également, en Belgique. « Tout ce qui peut faciliter l’accès au vélo est le bienvenu », milite ainsi la porte-parole.

Même philosophie chez Intersport, qui prépare pour la rentrée une application smartphone, Naka E-Power. Elle connectera tous les VAE à moteur central Nakamura et fournira à ses utilisateurs des informations sur la gestion de l’autonomie de la batterie, comme sur le CO2 économisé par rapport à un trajet motorisé, et intégrera, aussi, un système d’antivol connecté. Autant dire que les initiatives, un peu partout, ne font que commencer.

Les enjeux

  • La crise du Covid-19 donne des ailes au marché du cycle, porté par l’air du temps (faire du sport, retrouverle plaisir du plein air et éviter les transports en commun) et par l’actiondes pouvoirs publics (aides de l’État, multiplication, un peu partout,des pistes cyclables).
  • Depuis la fin du confinement, les ventes doublent en moyenne, notamment pour les VAE (vélos à assistance électrique), dont le succès, aidé par des améliorations techniques fortes (autonomie, poids, etc.), ne se dément pas.

Culture Vélo mise sur la formation

Au sein du groupe (75 magasins Culture Vélo mais aussi 20 BoutiCycle et 10 VéloStation) a été créée une école interne, Sup de Vélo, qui sertà former les différents collaborateurs. Nécessaire pour garder l’expertise du conseil et suivre les évolutions, rapides, du secteur.

InterSPORT développe son usine

Intersport a racheté la Manufacture française du cycle (MFC), installée à Machecoul (44), en 2013. Et ne peut que s’en réjouir. À l’époque, 100 000 vélos en sortaient chaque année. Ils sont désormais plus de 430 000 et offrentà l’enseigne une gamme MDD puissante, baptisée Nakamura.

GO SPORT propose la révision gratuite dans ses 120 ateliers

Go Sport dispose, partout en France, de 120 ateliers pour monter et réparer les vélos. Un service clé, tant ces articles demandent une technicité sans pareille. Pour fidéliser la clientèle, l’enseigne propose égalementun service de révision gratuite, très utile lui aussi.

Cyclable cultive ses niches

Créée en 2005, l’enseigne Cyclable s’est tout de suite positionnée sur des niches de marché, à fort potentiel. Précurseurdu vélo électrique, qui représente aujourd’hui 56 % de ses ventesen valeur et 35 % en volume, l’enseigne est bien positionnée sur les vélos pliants et les vélos cargos, notamment.

Marc Simoncini marie design, poids et autonomie

À quoi distingue-t-on qu’un marché est « porteur » ? À l’arrivée de Marc Simoncini surle créneau, bien sûr. L’entrepreneur français, fondateur du site Meetic, toujours à l’affût des bonnes affaires, se lance dans le vélo électrique comme, autrefois, il s’est lancé dans les lunettes avec Sensee. Présentéen novembre dernier, son Angell, disponible en ligne, est également proposé en précommande chez Fnac et Darty.

Decathlon fonce sur la location

Louer plutôt qu’acheter. Douze magasins Decathlon lyonnais et parisiens testent le service de location de vélo sans engagement, baptisé Decathlon Rent. Le test démarre avec cinq modèles, pour des abonnements compris entre 15 € et 75 € par mois. Une manière de rendre la pratiquedu vélo encore plus accessible, via un service clé en main, sans engagement, avec une garantie contre le vol et la casse, et des services de dépannage, réparation et entretien en magasin.

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Article extrait
du magazine N° 2613-2614

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