Tous les commerces sont essentiels! [Billet]

|
Encore une fois, que des commerces doivent fermer pour des raisons sanitaires, je peux le comprendre. Mais....
Encore une fois, que des commerces doivent fermer pour des raisons sanitaires, je peux le comprendre. Mais.... © berna namoglu 10 123/RF

Je ne veux pas ici polémiquer sur les mesures du gouvernement pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Il est à la fois trop simple de tout vilipender et trop complexe d’avoir un avis ferme et définitif. Aujourd’hui, mon courroux, pour ne pas dire ma colère, est ailleurs. Je m’interroge simplement qui a décidé qu’il existait des commerces essentiels ou non! La paternité de cette expression malheureuse étant d’ailleurs difficilement authentifiable entre les politiques et les médias et certains préférant le terme "indispensable". Mais quoi qu’il en soit, quelle idée saugrenue! D’abord, le commerce est par définition essentiel. Il s’agit d’une activité économique primordiale pour la santé de notre pays. Sa place dans notre PIB est conséquente et son rôle dans l’emploi est central. Ensuite le commerce, c’est la vie, l’échange, le partage, la discussion. Etre d’un commerce agréable signifie même la manière dont on se comporte avec les autres. Dans la mythologie grecque, Hermès est le dieu du commerce (mais aussi des voleurs…), des voyageurs, des pasteurs et de leurs troupeaux, ainsi que des orateurs... Il est le plus près des hommes et le plus aimable envers eux. Voilà pourquoi on ne peut pas qualifier les commerces à la va-vite d’essentiels ou non. Les librairies sont des commerces essentiels pour notre savoir, notre culture et tout simplement notre distraction. Les magasins de textile sont des commerces essentiels pour garder une bonne et fière allure. Les coiffeurs sont des commerces essentiels pour notre bien-être. Les fleuristes sont des commerces essentiels pour égayer un quotidien bien triste et fêter les bonnes (et hélas aussi les mauvaises) nouvelles de la vie. Et on peut ainsi égrener la liste de tous les magasins petits et grands qui jouent un rôle fort auprès des Français. Parler de commerce essentiel ou non est du même acabit que ces «génies» qui ne disent plus «apprendre à écrire» mais "maîtriser le geste graphomoteur et automatiser progressivement le tracé normé des lettres». D’ailleurs avec eux, on ne tient plus un crayon mais on manie "l’outil scripteur". Avec notre administration, les mots se vident de sens et l’absurde prend le pas sur la réalité et le quotidien.

Encore une fois, que des commerces doivent fermer pour des raisons sanitaires, je peux le comprendre et même je l'accepte bien volontiers. Et l’on peut toujours débattre des modalités de ces fermetures et de leur durée. Mais allez dire à des millions de salariés, prêts à «monter au front», prêts à faire les «premiers de cordées» et qui se battent avec acharnement pour défendre leur fonds de commerce qu’ils ne sont pas essentiels n’est pas simplement du dédain, c’est une forme d’insulte. Pour eux et pour leur métier. Que diable, ayez un peu plus de considération pour cette fonction si importante. Dans tous les discours et dans tous les documents et articles, bannissez l’expression de commerce non essentiel! Et si vous ne savez pas comment faire, voici mon conseil. Autorisez l’ouverture des libraires, discutez quelques minutes avec le libraire. Passionné de ce métier et avec un grand sens de l’écoute et du conseil, vous passerez un bon moment avec cette homme ou cette femme de commerce agréable, et il ou elle vous conseillera un bon vieux dictionnaire des synonymes. Et vous verrez à quel point la langue française est riche. Et si vous ne le faîte pas, c’est que vous n’êtes que bon à jouer au fond la cour au football avec un «référentiel bondissant».

 

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Nos formations