Tout sur l’AG de Casino 2016 : Redressement de la France, retour de Cdiscount, désendettement

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L’AG de Casino, le 13 mai 2016 à Paris, a permis de balayer les grandes orientations stratégiques d’un groupe qui a été très chahuté en Bourse depuis l’été dernier. Redressement de la France, désendettement du groupe, rapatriement de Cdiscount, LSA vous les détaille en s’appuyant sur 6 graphiques commentés.

Jean Charles Naouri a longuement expliqué, lors de l'AG 2016 du groupe Casino qu'il détient et dont il est le PDG, les mesures de relance d'activité, de désendettement et de simplification du groupe.
Jean Charles Naouri a longuement expliqué, lors de l'AG 2016 du groupe Casino qu'il détient et dont il est le PDG, les mesures de relance d'activité, de désendettement et de simplification du groupe.

Principale nouveauté dans la dernière Assemblée générale de Casino, qui s’est tenue vendredi 13 mai 2016 à Paris, l’intervention inusitée de nombreux directeurs généraux des différentes branches du groupe, venus présenter de vive-voix les performances de leurs réseaux. Gérard Walter pour Géant, Tina Schuler pour Leader Price, Jean-Paul Mochet pour Franprix, Emmanuel Grenier, pour CDiscount. Même Carlos Giraldo, le président de la filiale colombienne du groupe, Exito, est venu décrire - en Français dans le texte – la position de choix qu’occupe le groupe dans ce pays et en Amérique Latine.

La baisse des prix a payé

Pour autant, une bonne part de l’heure et demi du bilan d’activité a été consacrée à la France, au redressement des résultats dans l’Hexagone depuis le deuxième semestre 2015, confirmé par des très belles « perf » en début d’année : les repositionnements de prix majeurs de Géant et Leader Price à coups de centaines de millions d’euros sur 3 ans ont payé…

Graphique 1/ Evolution des ventes du groupe Casino en France

 

Le résultat d’exploitation (ROC) a progressé de 34% au second semestre 2015 à 390 millions d’euros contre 291 un an plus tôt. « Nos parts de marché sont en hausse continue depuis 9 périodes, soit août 2015 de 0,1 à 0,2 point » s’est félicité  Jean Charles Naouri, PDG du groupe. Et de détailler longuement : Géant est désormais régulier à 2,7 points de parts de marché ; Leader Price entre 2,5 et 2,7 points. Monoprix va poursuivre et accélérera ses ouvertures notamment en Province.

Un premier trimestre très positif

Par enseignes, les performances récentes sont bonnes poursuit le PDG, surtout côté discount – Géant et Casino – qui profitent à plein désormais des baisses de prix engagées depuis plus de 2 ans. La croissance du chiffre d’affaires en organique et à comparable de Géant a été de + 3,5 % au S2 2015 et de +4 % au premier trimestre 2016. Les volumes sont en hausse de + 4% comme le trafic clients sur le semestre. Gérard Walter, directeur général de Géant, a insisté sur le nouveau concept « à taille humaine » déployé depuis peu dans certains des 128 hypers, notamment à Amiens. Au menu : prix bas, disponibilité des produits, rapidité du passage en caisse, espace marché, espace plaisir avec une parfumerie repensée, des MDD puissantes en textile et en Déco (1000 produits Finlandek) s’appuyant notamment sur l’expertise de la filiale colombienne, et enfin des corners agrandis et développés proposant les dernières nouveautés high tech du site internet maison, « le meilleur de Cdiscount… » 

Graphique 2/ La croissance reprend en France début 2016

La cote d’amour de leader Price progresse

Pour Leader Price c’est encore mieux, le chiffre d’affaires à magasins comparables a bondi de + 4,5 % pour une croissance de + 7,2 % en organique avec un parc en forte croissance de 1224 magasins désormais. Faits marquants, soulignés par le PDG du groupe : « l’attractivité prix de Leader Price a crû de 2,5 pts (52,3 % des foyers interrogés « trouvent les prix attractifs ») et la cote d’amour de l’enseigne a progressé de 6,5 pts (48,4 % des foyers interrogés « aiment beaucoup ou énormément l’enseigne ») ». Des chiffres issus du panel Prométhée de Kantar. Au passage, rarement on avait vu Jean-Charles Naouri, souvent sceptiques sur la fiabilité des panels, autant insister sur ces derniers… Tina Schuler, la patronne de l’enseigne a rappelé son positionnement qui consiste à « proposer des produits de qualité aux prix les plus bas », le tout avec un assortiment  court de 4500 produits du quotidien mais qui comporte « ce qu’il faut d’innovations aussi ». Elle a, elle aussi, souligné les bons résultats, avec « un trafic client en hausse de 5% en 2015 avec des pointes de + 10% ce qui est considérable. »

Graphique 3/ Bonne dynamique de parts de marché en France depuis août 2015

80 ouvertures pour Monoprix !

Côté Monoprix, c’est surtout la dynamique du parc qui était mise en avant, avec 80 ouvertures brutes de magasins depuis le T2 2015. Et « un développement accéléré des formats porteurs » : Monop’ et Naturalia avec respectivement 148 et 129 magasins au 31 décembre 2015. Enfin, sur Franprix, le pdg du groupe et le patron de l’enseigne Jean-Paul Mochet sont revenus sur le succès du nouveau concept Mandarine qui devrait couvrir la totalité du réseau fin 2017, avec déjà 300 magasins transformés à date, un objectif de 60% à la fin de l’année et des croissance de CA et de trafic de 20% pour les magasins qui ont engagé une rénovation complète. Déjà 20% des franchisés l’ont adopté.

L’Amérique Latine au rendez-vous de la rentabilité

Autre filiale fortement mise en avant, Exito. Le leader de la distribution colombienne fait-il est vrai figure d’excellent modèle avec sa marge d’Ebitda record de 7,6% (355 ME), ses 40% de part de marché et ses ouvertures soutenues notamment de son concept discount Surtimax, 615 nouvelles boutiques dont 610 sous une formule d’association avec les commerçants locaux dits les alliés (« alliados ») et un gros potentiel de développement de ses galeries marchandes. Même son patron, Carlos Giraldo s’est mis au Français et a fait un speech remarqué lors de l’AG, évoquant les synergies opérationnelles en cours de consolidation autour des 2600 magasins que le groupe détient sur le continent latino-américain. Dernier exemple : l’ouverture en Colombie, le jeudi 12 mai, du premier magasin sur le modèle d’Assai, le concept de cash & carry de la filiale brésilienne du groupe. Une filiale qui ne se porte pas si mal malgré la crise. Avec, selon Jean-Charles Naouri, un bon mix entre enseignes de croissance mais à marge plutôt faible (Assai) et enseignes plutôt à maturité mais à marges élevées comme GPA food (hyper, super) ou Multivajero (non al).

Graphique 4/ Un mix marges/croissances vertueux au Brésil

Le e-commerce « proche de l’équilibre »…

Enfin, dernière branche détaillée, le e-commerce et l’éphémère entité CNova qui se porte plutôt bien, du moins sa branche française, alors que le groupe s’apprête à scinder ses activités brésiliennes et françaises et sortir cette activité de la bourse. Le volume d’affaires est en hausse de 16,4 % à taux de change constant en 2015 à 4,8 Mds€, la quote-part des marketplace dans l’activité en volume atteint 20,5 %, le trafic progresse de 29% à 1 711 millions de visites. Enfin, en France, le groupe se félicité de la bonne dynamique commerciale de Cdiscount avec une part de marché en croissance au T4 2015 à 27,4 % (+ 130 bp) et un trafic en hausse de 30,5%. Le Brésil en revanche souffre du fait de la récession et d’un marché du non-alimentaire fortement négatif. Malgré cela, « le résultat opérationnel est proche de l’équilibre », selon le groupe, et devrait s’améliorer en France et se stabiliser au Brésil.

Nouveauté Cdiscount : les produits lourds livrés le jour même à Paris !

Le Président de CNova et PDG de Cdiscount, Emmanuel Grenier, s’est félicité des résultats de la France avec ses 1,5 million d’articles vendus par an et un maillage logistique qui s’appuie sur les réseaux du groupe Casino et rend, selon lui, Cdiscount « imbattable en terme de livraison avec nos 19000 points de retrait et notre offre de livraison à domicile «CDiscount à volonté » pour seulement 19 euros par an ». S’y ajoute une dernière nouveauté lancée il y a quelques jours sur Paris : une offre de livraison le jour même pour tous les produits lourds. Un segment où Cdiscount qui s’estime leader sur les produits de plus de 30 Kg veut encore appuyer. « Nous vendons 1 Télé et un frigo sur 2 sur internet et un smartphone sur 3 en nous appuyant sur 300000 m² d’entrepôts » a égrené Emmanuel Grenier. Une présentation très applaudie par les petits actionnaires dans la salle, sans doute ravis de voir le site revenir bientôt dans le giron direct du groupe plutôt que dans une société satellite, cotée à New York et qui n’a pas du tout bénéficié de l’effet internet attendu…

Entre 55 et 66% du nouveau Cdiscount

De fait, Jean-Charles Naouri est revenu sur sa décision de scinder les activités françaises et brésiliennes de sa filiale e-commerce, CNova, et de la sortir de la bourse  avec l’idée de recentrer le e-commerce du groupe sur la France et le Brésil. Au terme de l’opération présentée « comme une simplification » et qui doit se traduire par le lancement d’une OPA avant la fin de l’année, Casino déteindra entre 55 et 66% de Cdiscount.  Via varejo au Brésil reprenant le contrôle de CNova Brésil. Une forme de retour à la case départ, au moins pour la France, ou le e-Commerce est désormais érigé au rang de « 4eme priorité commerciale », par le PDG du groupe, avec le discount, Franprix et Monoprix et le développement de la proximité.

Graphique 5/ Le nouveau schéma de contrôle de CNova et CDiscount

Casino, habitué des cessions d’actifs et de pays

Reste le dernier grand volet de la présentation, le plan de désendettement. « Il est aujourd’hui largement dépassé  à plus de 4,2 milliards contre les 4 milliards attendu », s’est félicité Jean Charles Naouri. La cession de la Thaïlande le 21 mars 2016 a rapporté pour 3,1 milliards d’euros et un désendettement consolidé de 3,3 Mds€ ; celle de Big C Vietnam, le 29 avril 2016, 920 millions d’euros de produits de cession. Qui plus est, ces cessions d’actifs et de pays dont Casino est coutumier lui ont plutôt réussi ont expliqué les dirigeants du groupe. Le groupe avait déjà cédé la Pologne (2005), Taïwan (2006), les États-Unis (2007), les Pays-Bas (2009) et le Venezuela (2010), tout en se renforçant au Brésil (2005, 2009, 2012), en Colombie (2006, 2014-2015) et en France en reprenant les 50% manquants de Monoprix (2012). Et ces cessions n’ont pas empêché le chiffre d’affaires du groupe (hors Vietnam et Thaïlande) de grimper de 85% en 10 ans (22,8 à 42,1 Mds€) et l’Ebidta de gagner 26% durant la même période passant de 1,55 à 1,96 Mds€.

Graphique 6 : Evolution de la dette nette du groupe Casino

A plus court terme, cette stratégie a aussi permis au cours du groupe, très chahuté depuis la mi-juillet 2015, de repartir à la hausse. En effet, si le cours a baissé de 30% sur un an glissant arrêté au 12 mai (à 53,5 euros) alors que le CAC glissait lui de 11%, depuis le début de l’année la valeur se redresse sensiblement à +26% contre -6% pour le CAC.

1 commentaire

GADIER

28/08/2016 10h41 - GADIER

MAGNIFIQUE ! tout va bien, madame la Marquise .... Par contre, est-ce que ce n'est pas un peu bizarre d'occulter les résultats catastrophiques obtenus par les différentes entités du Groupe Casino en termes de notation et évaluations clients ? Exemple : 0,8/10 pour Cdiscount sur le site Truspilot ... Il y a actuellement des centaines de clients mécontents qui s'expriment largement sur le Net, et stigmatisent cette société qui utilise des procédés totalement frauduleux et des méthodes de voyous.... sans doute pour récupérer de la trésorerie et redresser un peu les comptes d'un groupe en situation très "douteuse". Les sociétés du Groupe Casino sont-elles toujours des sociétés de droit français ?

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