[TRIBUNE StratCo] L'interview de Jean-Christophe Grall, avocat à la cour

Dans cette tribune, Jean-Christophe Grall, avocat à la cour, décrypte les renégociations (et futures négociations) commerciales post loi Egalim. Le cabinet Grall & Associés interviendra lors du Congrès LSA des stratégies commerciales

 

Partager
[TRIBUNE StratCo] L'interview de Jean-Christophe Grall, avocat à la cour

Chacun connait à présent les clauses de renégociation et de révision des prix dans le cadre des négociations commerciales annuelles, devant permettre de modifier en cours d’année ces prix pour tenir compte de l’évolution des cours, des indicateurs des matières premières agricoles, des coûts des emballages, de l’énergie et des transports ; mais si l’application de ces clauses a été rendue obligatoire dans le cadre des produits agricoles et alimentaires, ce n’est tout d’abord pas le cas pour l’ensemble des autres produits et notamment pour de nombreux produits de grande consommation tels que des produits cosmétiques ou lessiviels, l’électronique grand public ou bien encore l’outillage ou le bricolage.

Les négociations commerciales pour 2022 étaient-elles à peine terminées qu’industriels et distributeurs ont dû se retrouver à la table des négociations ou plutôt à celle des renégociations pour tenir compte de la crise ukrainienne liée aux événements d’une ampleur internationale que nous connaissons tous ; il est bien évident que les tarifs élaborés en fin d’année 2021 et qui avaient donc servi de support aux négociations commerciales 2022, sur la base de cours mondiaux, d’indicateurs de coût de production qui étaient ceux connus en fin d’année dernière, ne pouvaient plus demeurer en l’état au regard de l’envolée des cours qui pour la plupart sont des cours mondiaux ; on peut penser à titre d’exemple au cours du Brent, s’agissant du pétrole ou de l’ensemble des énergies de manière beaucoup plus générale ; il en va de même pour les différents indices en ce qui concerne l’acier, l’aluminium, et la quasi-totalité des intrants industriels ; les emballages ne se négocient plus aujourd’hui au même prix qu’il y a à peine 4 à 6 mois. Il était donc impérieusement nécessaire dès la fin du premier trimestre 2022 que ces tarifs soient revus à la hausse. Le conflit ukrainien a totalement rebattu les cartes et d’ailleurs, c’est bien l’objet de la charte signée fin mars entre fournisseurs de produits agricoles et alimentaires et enseignes de la grande distribution.

Rappelons tout de même que plus de 30% des exportations mondiales sont assurées par l’Ukraine et la Russie en ce qui concerne les céréales et que s’agissant des oléagineux, notamment le tournesol, 70% de la consommation européenne sont d’origine ukrainienne.

Tout ceci entraîne une inflation des produits de grande consommation notamment alimentaires, avec une inflation qui pourrait atteindre près de 10% en fin d’année, ce qui serait du jamais vu depuis le premier choc pétrolier de 1973, avec un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages qui doivent se livrer à des arbitrages de consommation.

C’est dans un tel contexte économique très défavorable que les négociations commerciales annuelles 2023 vont devoir se situer, avec des marges de manœuvre extrêmement réduites pour les industriels qui devront continuer à faire face à des augmentations des différents cours des matières premières industrielles, de l’énergie, du transport, du fret maritime à titre d’exemple et des matières premières agricoles avec bien évidemment des acteurs de la distribution qui souhaiteront démontrer à leurs clients qu’ils ont à cœur de préserver les prix de vente à la consommation et même de pouvoir leurs redonner du pouvoir d’achat ; c’est une véritable quadrature du cercle et ce ne sont malheureusement pas les clauses de révision automatique des prix ni davantage de renégociation qui permettront quoi que ce soit puisque ces clauses sont destinées à être appliquées en cours d’exécution d’un contrat et non pas lors de la négociation de nouveaux plans d’affaires annuels. Certains distributeurs souhaitent également que soit supprimé le SRP+10 qui avait été inauguré en décembre 2018 et ce, afin de rendre du pouvoir d’achat aux consommateurs, dont l’objectif était, rappelons-le, le « ruissellement », partant du principe que le distributeur ayant une meilleure marge à l’aval, la négociation commerciale des prix se ferait plus facilement avec le transformateur de produits alimentaires qui pourrait ainsi mieux rémunérer l’amont agricole ; vœu pieux sans nul doute comme l’avaient déjà dénoncé les sénateurs en octobre 2019.

La question qui se pose donc est celle de savoir si des mesures conjoncturelles ou structurelles ne doivent pas être envisagées par le Gouvernement et le Parlement afin de tenter d’endiguer les conséquences économiques d’une crise qui est en train de s’installer durablement avec des secousses militaires dans divers endroits du monde et pas exclusivement en Ukraine, ce qui ne pourra aller que vers un maintien d’une situation haussière de l’ensemble des matières premières quelles qu’elles soient.

Ce sont ces mesures conjoncturelles et/ou structurelles auxquelles toutes les parties prenantes doivent réfléchir, sachant que ce ne sont pas exclusivement les produits agricoles et alimentaires qui sont concernés mais bien l’ensemble des produits régulièrement achetés par les consommateurs

Sujets associés

NEWSLETTER Quotidienne

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS

Tous les événements

Les formations LSA CONSO

Toutes les formations

LES SERVICES DE LSA CONSO

Trouvez les entreprises de la conso qui recrutent des talents

B&M

Directeur de Magasin H/F - France entière

B&M - 10/10/2022 - Franchise - PARIS

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par
LSA

Détectez vos opportunités d'affaires

93 - St Denis

Gestion des tâches administratives pour le siège de l'EFS

DATE DE REPONSE 21/12/2022

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par
Marchés Online

Les réseaux de Franchises à suivre

RAPID COUTURE

RAPID COUTURE

Réparez, Ajustez, Transformez

+ 2600 franchises référencées

Tout voir
Proposé par
Toute la Franchise

ARTICLES LES PLUS LUS