Michel Picandet, président de Tetra Pak France : "Trop d'idées reçues persistent autour de l'emballage"

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INTERVIEW Une grande étude menée auprès des consommateurs européens, une défiance et parfois une méconnaissance des Français vis-à-vis de l’industrie alimentaire et des emballages ont convaincu Tetra Pak, fabricant de briques alimentaires fondé en 1962 par le suédois Ruben Rausing, de s’adresser plus directement à eux. Pour Michel Picandet, président de la filiale française, cela passe par l’ouverture d’un pop-up store en décembre dernier à Paris, davantage de communication pour faire valoir les avantages de cet emballage recyclable et très protecteur, ainsi que par des innovations encore plus vertes. L’objectif étant d’associer ce contenant certifié FSC, pour les 2,4 milliards d’unités commercialisées en France chaque année, aux nouvelles attentes des consommateurs.

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michel picandet_.jpg© © francoise dorelli

 

 

 

Chiffres 

Tetra Pak dans le monde…

  • 11,4 Mrds € de chiffres d’affaires en 2017
  • 188 Mrds d’emballages produits (+ 1,5 %)
  • 24 000 salariés
  • 90 pays

… Et en France

  • 2,4 Mrds d’emballages (+ 0,6 %)
  • 1 site, à Dijon (3 Mrds d’emballages par an)
  • 450 salariés

Source : Tetra Pak

LSA - Vous venez de publier une étude sur les Français et l’emballage. Que vous a-t-elle appris ?

Michel Picandet - C’est la première fois que nous menons une étude avec une couverture aussi large. Neuf pays d’Europe de l’Ouest, plus de 9 000 réponses, dont 1 000 en France. Cette étude nous a permis de constater que trois grandes tendances vont continuer de s’inscrire dans le temps : la santé, l’environnement et la praticité. Et, sur ces trois points, cette étude nous a permis de mieux comprendre les critères qui importent aux consommateurs et comment ceux-ci évoluent.

LSA - Qu’avez-vous compris concernant le thème de la santé ?

M. P. - Nous l’avons vu dans les médias avec l’af­faire Lactalis ou celle du Fipronil. La sécurité alimentaire importe plus que jamais aux gens. C’est encore plus vrai en France et, d’une manière générale, dans les pays les plus à l’ouest du continent, sans doute pour des questions de culture et de pouvoir d’achat. Ainsi, 80 % des Français considèrent qu’un emballage qui ne paraît pas sain est un frein à l’achat. Beaucoup de gens pensent aussi qu’emballer un aliment pose un problème, qu’il est plus sain et plus simple d’acheter en vrac. Or, l’emballage permet aussi de réduire le gaspillage alimentaire. Nous devons mieux nous positionner pour éduquer le consommateur.

LSA - Comment ?

M. P. - Trop d’idées reçues persistent. Ainsi, 48 % des Français pensent que les briques de lait ou de jus de fruits que l’on peut conserver à température ambiante contiennent des conservateurs, et 73 % considèrent qu’il serait mieux pour l’environnement que les aliments soient vendus en vrac. Pourtant, notre process protège les boissons sans ajout de conservateur. Le produit est monté en température pour être stérilisé, ce qui empêche toute contamination. Nos technologies ont beaucoup évolué en quarante ans. Aujourd’hui, nous maîtrisons très précisément le procédé pour respecter au maximum les propriétés organoleptiques du produit, et cela sur une très longue durée de conservation. Dans cette attente de produits sains, le carton dispose de deux points de différenciation majeurs. Le carton fait barrière à la lumière et limite la migration d’oxygène, grâce à la fine pellicule d’aluminium protégée par un film plastique.

LSA - On a l’impression que Tetra Pak perd du terrain sur les boissons, la tendance étant à la transparence. L’an dernier, les smoothies Innocent ont remplacé leurs briques par des bouteilles en PET…

M. P. - À l’inverse, quand Nicolas Chabanne, le créateur de la marque équitable « C’est qui le patron ? », a mené une étude pour savoir quel emballage aurait la préférence des Français pour son lait et son jus de pomme, la brique a été citée en premier par 78 % des interviewés.

LSA - La brique peut-elle être adoptée par de nouvelles boissons ?

M. P. - La croissance se fera sur plusieurs axes et sur de nouvelles catégories comme l’eau, l’huile et le vin. La jeune société Alterfood propose déjà une eau en Tetra Pak, Aquapax. Soleou et Quintesens, de l’huile d’olive bio. Et, le groupe viticole basé à Narbonne, Vinadeis, a lancé un format innovant et nomade, en carton, sous sa marque Le Val. Ces innovations ne sont pas toujours pour le marché français. L’emballage en carton est un moyen de se différencier et de s’adapter aux tendances sociétales. Comme le nomadisme. Nous proposons des « canettes » en carton avec un bouchon, le DreamCap 26, qui a été optimisé pour que le débit de la boisson s’adapte à une consommation nomade.

LSA - Quels sont les autres avantages de vos emballages ?

M. P. - La barrière à la lumière et la moindre migration de l’oxygène sont les meilleures dans le monde de l’agroalimentaire. Le côté renouvelable aussi. Depuis dix ans maintenant, nos cartons sont certifiés FSC, ce qui signifie qu’ils sont issus de forêts gérées de manière durable et responsable et de sources contrôlées. En France, 98 % de nos emballages sont certifiés FSC. Ils sont entièrement recyclables. Le taux de recyclage des briques alimentaires était de 31 % en 2008. Il est aujourd’hui de 51 %, selon les derniers chiffres de Citeo.

LSA - Les consommateurs le savent-ils ?

M. P. - Le carton composant 75 % de la brique est un matériau qui se positionne de mieux en mieux dans l’esprit des consommateurs qui ont une conscience écologique. Cette prise de conscience est de plus en plus notable à l’ouest de l’Europe, dans les pays où la transparence, tant en matière d’origine des matières premières que de la localisation de la transformation, prend de l’importance. Il faut alors que les produits soient à la fois bons pour moi et bons pour la planète. Dans ce contexte, le carton a sa place. L’alimentation à la française, avec ses repas très structurés, laisse de plus en plus sa place aux repas pris sur le pouce, au fameux « on the go ». Nos emballages, avec 6 000 combinaisons possibles, peuvent répondre à cette demande.

LSA - Quelles sont vos dernières innovations ?

M. P. - En Scandinavie, nous avons lancé le Tetra Rex, un emballage entièrement renouvelable, car il est composé uniquement de carton et de plastique bio-sourcés. Le Tetra Rex est devenu le premier emballage à recevoir la plus haute certification Vinçotte, un organisme indépendant d’origine belge reconnu comme organisme de certification par European Bioplastics, et cela grâce à son plus haut taux de matière renouvelable. Ce souci d’inscrire nos emballages dans une démarche éco-friendly va au-delà de nos produits. L’innovation, c’est aussi le développement de nouvelles technologies. Comme la E-Beam. C’est une stérilisation à faisceau d’électrons, aussi efficace que la stérilisation à l’hydrogène, mais avec un impact environnemental moindre et un potentiel supérieur en termes d’efficience de la production. La technologie EBeam fonctionne par émission contrôlée d’électrons qui éliminent les micro-organismes à la surface des matériaux pour stériliser le matériau d’emballage. Son utilisation permet de réduire la consommation d’énergie d’environ 33 %, soit environ 100 tonnes de CO2 évitées par an, mais également la consommation d’eau, qui devient plus facilement recyclable. Notre volonté est véritablement de nous inscrire dans une démarche d’économie circulaire pour agir sur l’ensemble du cycle de vie de nos produits.

LSA - Mi-décembre, vous avez ouvert un pop-up store à Paris. Pourquoi et avec quels résultats ?

M. P. - Nous souhaitons recréer un axe de communication entre nous et les consommateurs. C’est pourquoi nous avons ouvert un pop-up store en décembre, dans une rue très passante du 4e arrondissement de Paris. Nous y avons reçu 1 300 visi­teurs. Au cours de ces trois jours, nous avons pu les sensibiliser aux avantages de nos emballages en matière de santé et d’environnement. Nous avions décoré cet espace de meubles en PolyAl, un matériau fait de plastique et d’aluminium, issu du recyclage de nos briques alimentaires. Ce matériau résistant, souple et imperméable ouvre de nouvelles perspectives pour les professionnels du recyclage. D’ailleurs, les trois fabricants de briques alimentaires, Tetra Pak, SIG Combibloc et Elopak, regroupés au sein de l’association Alliance Carton Nature, se sont associés au designer Fabrice Peltier et à la société Urban’Ext pour développer une gamme de mobilier urbain en PolyAl, que l’on peut d’ailleurs retrouver à la Fondation GoodPlanet, dont ACN est partenaire..

LSA - Est-ce à dire qu’à l’avenirvous allez vous adresser encore plus directement aux consommateurs ?

M. P. - Oui, tout cela n’est que le début. Nous souhaitons assumer une plus grande responsabilité, en continuant d’informer, d’impliquer et d’inspirer les individus au travers d’une communication plus soutenue, interactive et pédagogique. Notre démarche s’inscrit sur le long terme et nous avons pour ambition de continuer à sensibiliser les consommateurs et l’ensemble de nos parties prenantes aux nombreux atouts de l’emballage carton. 

Dans l’emballage depuis toujours

Michel Picandet, 50 ans, préside Tetra Pak France depuis septembre 2013. À la tête de cette filiale du leader mondial de solutions de traitement et de conditionnements de produits alimentaires, il avait alors succédé à Paul Bousser, qui la dirigeait depuis 2009. Ce diplômé de l’université de Clermont-Ferrand a commencé sa carrière chez Sidel France en 1989, autre entité du groupe Tetra Pak. Michel Picandet a ensuite passé dix ans aux États-Unis en tant que directeur des ventes. En 2004, il est parti en Chine pour devenir responsable de la zone Asie du Nord et créer le pôle Asie-Pacifique. Revenu en Europe en 2008, il a dirigé une division spécialisée dans le cycle de vie du parc Sidel. « Je suis ravi de rejoindre Tetra Pak en France, un marché complexe et passionnant avec des enjeux clés reposant sur une innovation compétitive, une maîtrise des coûts pour nos clients et des produits de qualité développés durablement sur toute la chaîne de création de valeur », avait-il déclaré lors de son arrivée à la tête de Tetra Pak France.

 

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Article extrait
du magazine N° 2498

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