Un dimanche avec les salariés de Castorama

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En pleine bataille judiciaire entre enseignes de bricolage, les salariés du Castorama de Pontault-Combault nous ont accueillis un dimanche. Gain de pouvoir d'achat ou de temps, salariés et clients y trouvent leur compte.

Jacques, 50 ans, cadre logistique

«Nous faisons les plannings chaque mois. En fonction des régions et des modes de vie, il faut trouver un équilibre entre vie familiale et vie professionnelle.».

Chaque dimanche, café, jus d'orange et bonbons attendent le chaland à l'entrée du Castorama à Pontault-Combault, à l'est de Paris. Coincés entre une jardinerie (Botanic) et un Quick, ces 13 000 m² de grande surface de bricolage ouvrent leurs portes en toute légalité depuis l'obtention du classement en zone Puce (périmètre d'usage de consommation exceptionnel), le 16 janvier 2012. Une dérogation comme en rêve Jean-Claude Bourrelier, le « petit » patron de Bricorama, qui ne peut pas ouvrir ses 32 magasins en Ile-de-France. Au nom du « tous ouverts ou tous fermés », il mène une croisade depuis de longs mois, qui trouve d'ailleurs un écho parmi les travailleurs du dimanche du Casto de Pontault-Combault. « On le comprend, c'est déloyal, commente Jacky, un vendeur expert en outillage. Même si le dimanche est un jour de repos et de loisirs, la société évolue. »

Sujet sensible

L’AVIS DES CLIENTS

Georges et Josiane HABITUÉS DU MAGASIN

"Nous, on vient que le dimanche parce qu’avec la carte Castorama, on a 15 € de ristourne tous les 100 € d’achats. Tout le monde y trouve son compte, nous comme les salariés qui ont besoin de travailler."

Ce dimanche 10 novembre, le travail dominical ne fait pas vraiment débat dans le Castorama de Pontault-Combault. Éminemment sensible, rabattu médiatiquement, le sujet prend une telle importance que nous sommes accueillis par des salariés prévenus et prévenants... Tous se disent ravis de travailler ce jour-là, avec un seul mot à la bouche : « pouvoir d'achat ». Mères de famille, cadres ou étudiants, ils ont tous leurs raisons pour venir un, deux, trois, voire tous les dimanches travailler. « Je viens tous les samedis et dimanches, raconte Tim, conseiller de vente en bâtiment extérieur, étudiant en physique-chimie la semaine. Ces 1 000 € brut par mois me permettent de payer mon loyer et de vivre, car je n'ai pas d'aide familiale. On se bat pour être là le dimanche comme les jours fériés. »

Pamela, 30 ans, hôtesse de caisse, trois enfants

«Depuis que ma petite dernière est née, je travaille tous les week-ends pendant que mon mari garde les enfants. Et la semaine, c’est moi qui m’en occupe, cela me permet d’économiser les frais de garde. Je gagne 700 € net par mois.»

Ce dimanche 10 novembre, les étudiants qui travaillent pour payer leur loyer ou financer leurs études, sont légion. Moins nombreuses, les mères de famille. Une exception, Pamela, 30 ans, qui en a fait le pilier de son organisation. Cette hôtesse de caisse ne travaille que les week-ends pour 700 € net par mois. « J'économise les frais de garde de mes trois jeunes enfants, dit-elle, tout sourire. Mon mari s'en occupe le week-end, et moi, la semaine. Et puis, le dimanche, il y a beaucoup de porteurs de cartes, ils sont plus cool. »

Unanimité

Mylène, 26 ans, en école de commerce, hôtesse de caisse le WE

«Ça coûte cher les études! Le gouvernement ne devrait même pas se poser la question du travail du dimanche en période de crise économique.»

Josiane et Georges, eux, sont venus chercher des boulons, et profiter des 15 € offerts tous les 100 € d'achats. « Nous ne venons que le dimanche, affirment ces habitués. Dès lors que les salariés travaillent volontairement, chacun y trouve son compte. » Mieux payés (150% de plus), bénéficiant d'une demi-journée de repos compensateur tous les dix dimanches travaillés, ceux-ci comprennent mal le combat des syndicats pour limiter ce travail dominical. Ici, la CGT, premier syndicat représenté, a approuvé la demande de classement en Puce qui permet d'ouvrir le dimanche en toute légalité depuis un an et demi. « J'apprécie la stabilité et ne pas dépendre d'une autorisation annuelle, explique Amélia Redempt, directrice de ce magasin de 95 salariés. Ce classement en zone Puce court jusqu'en 2017. Avant de le demander, nous avons sondé les salariés, qui étaient pour à plus de 90%. »

« Pouvoir d'achat, tous candidats ! » « Yes week-end ! » : partout, est martelé le slogan du Collectif des bricoleurs du dimanche, en tête du mouvement des salariés et dirigé en sous-main par les directions de Castorama et de Leroy Merlin. Depuis ce week-end, de nouvelles affiches trônent dans les allées. « Magasins fermés le dimanche : on fait comment ? ». Une allusion au verdict attendu le 22 novembre, date à laquelle le tribunal de commerce de Bobigny devrait trancher sur le fond et autoriser ou non une quinzaine de GSB de la région parisienne à ouvrir. Le même jour, Jean-Paul Bailly, ex-PDG de La Poste, remettra son rapport sur le travail dominical et préconisera (ou pas) un assouplissement du droit du travail sur le sujet.

Amélia Redempt, directrice du magasin

«Il y a toujours plus de salariés volontaires que de possibilités de travailler le dimanche. Dans mon équipe, deux cadres choisissent leurs dimanches en fonction de la saison, cela ne pose pas de problème.»

Henrique, 25 ans, en école de commerce, équipier logistique du dimanche au mardi

«Travailler le dimanche me rapporte 300 € de plus par mois. Or, je gagne 900 €. Je travaille en plus les lundis et mardis, afin de financer mes études et payer mon loyer.»

À SAVOIR

  • 95 salariés dans le Castorama de Pontault-Combault, classé en zone Puce, dont 30% travaillent le dimanche.
  • 27% du chiffre d'affaires réalisés le dimanche.
  • 120 à 150 € brut supplémentaires pour un dimanche par mois pour une hôtesse de caisse.
  • Une demi-journée de repos de plus accordée tous les dix dimanches travaillés. 94% de volontaires pour l'ouverture dominicale.
  • Un panier moyen 20% plus élevé qu'en semaine. Source : LSA

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Article extrait
du magazine N° 2298

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