Un été atypique

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Baromètre -La météo ? Déréglée. Les habitudes de consommation ? À l'avenant. Cet été, le cassoulet a supplanté les glaces, et les autobronzants les crèmes solaires dans le coeur des Français.

Le réveil au son du chant des oiseaux ? Un vieux souvenir. Cet été, c'est plutôt le bruit de la pluie frappant aux carreaux qui a tiré les Français de leur lit. Les conséquences sur la consommation ont été directes et tangibles. Et tout sauf anodines. « De près ou de loin, c'est la moitié du PIB français, environ, qui est sujette aux variations climatiques, indique Nicolas Bouzou, économiste du cabinet Astérès. De là à dire qu'il y a eu des influences au niveau macro-économique, peut-être pas, mais une période de telles mauvaises conditions météorologiques a forcément engendré quelques bouleversements. » Ainsi, les eaux ne se sont pas vendues : - 25,3 % pour les eaux plates, - 29 % pour les gazeuses, en juillet 2007, par rapport à juillet 2006. Et tous ont souffert, MDD comme marques nationales. Encore plus souffert, d'ailleurs, tant le marché des eaux est déjà en berne depuis trois ans : en recul de 3,2 % à fin juin, après une année 2006 déjà mauvaise : - 3,1 % en cumul annuel mobile à fin juin 2006. Le chocolat, avec ses vertus antidéprime réelles ou supposées, consolait, quant à lui, d'un moral en berne, et voyait ses courbes de vente s'envoler (+ 28,3 % pour les tablettes).

À l'inverse, le marché de la conserve de thon a fait grise mine : - 15,9 % en juillet et - 6,5 % de P5 à P8 2007, selon AC Nielsen. Pour ce segment qui réalise la moitié de ses ventes pendant l'été, c'est préoccupant. Les thons s'empilent, et il faudra bien écouler les stocks. « Nous en avons certainement jusqu'à février prochain », confiait ainsi récemment un distributeur à Marc-Olivier Bernard, le directeur commercial et marketing de Connétable, spécialiste de la conserve de poissons. Grosses promos à prévoir ! Heureusement, d'une manière générale, les magasins n'ont pas trop souffert de désorganisation chronique. « Nous bénéficions d'un réapprovisionnement automatiquement et de stocks de réserve, indique un responsable du centre Leclerc Océane, au Havre. Nous avons pu faire face sans trop de problème. »

Sans problème, peut-être, mais pas sans étonnement, avec cette météo détraquée. Passent les jours et les semaines, les jours s'en vont... la pluie demeure. En juillet, l'ensoleillement a été 30 % inférieur à celui de 2006, et les précipitations ont crû de 57 %. En août, le soleil a brillé 9 % de moins « seulement », mais les pluies, elles, ont dégringolé davantage : 90 % de précipitations de plus que l'an passé. Le matin, pourtant, il a bien fallu se lever. Et petit déjeuner : du thé (+ 8,8 %) plutôt que du jus de fruit (- 6,2 %). Se laver, puis s'habiller, si possible avec un gros pull. Restait à prendre son courage à deux mains, sortir affronter le mauvais temps, et aller faire ses courses. L'accessoire indispensable, alors, plus que les lunettes de soleil, c'était un parapluie. Ainsi, la société Piganiol, l'une des dernières à en fabriquer en France, à Aurillac, a-t-elle vu son chiffre d'affaires bondir de 100 % cet été.

Plaisirs d'hiver

Sur les étals, selon le Service central des enquêtes et études statistiques (SCEES) du ministère de l'Agriculture, tomates et concombres, généralement consommés en crudités, ont été boudés, de même que les melons. Quant aux salades fraîches (- 8,5 %), elles se sont desséchées sur place. Les légumes utilisés pour la ratatouille, comme la courgette, se sont, en revanche, plutôt bien vendus. Le rayon épicerie a connu de semblables « bizarreries » : + 36,2 % pour le cassoulet, mais - 27 % pour les conserves de maïs.

Le rite de l'apéritif a, lui, survécu aux intempéries. Mais sans alcool anisé, en chute libre de 7,4 %. Sans bières, non plus, en recul de 22,8 % par rapport à la même période l'année dernière. « La très mauvaise météo de juin et juillet a effacé toute l'avance constituée en avant-saison », déplore-t-on chez Heineken France, avant de rappeler que juillet 2006 avait été particulièrement ensoleillé. Et donc favorable aux brasseurs. L'été 2007, lui, a pleinement profité aux alcools... d'hiver. Whiskys et Chivas ont ainsi vu leurs ventes s'affoler : respectivement + 10 % et + 10,3 %. Une bonne soupe, ensuite, pour se tenir chaud (+ 31,6 % pour les potages), voire un bouillon (+ 24,3 %), un plat cuisiné surgelé (+ 20,8 %) ou une purée déshydratée (+ 26,4 %) et, pour finir en beauté, une petite soirée télé : chaque Français de 4 ans et plus a passé en moyenne, chaque jour de juillet, trois heures et onze minutes devant son écran, soit douze minutes de plus qu'en juillet 2006, selon Médiamétrie.

Une tisane, enfin (+ 23,1 % pour les infusions)... et au lit. Pour rêver à un été normal. Un été où, le matin, il fait déjà chaud et où le premier réflexe est de sortir au grand air. Un été où l'on se tartine visage, bras et jambes de crème solaire (- 19,8 % pour les produits solaires femmes) plutôt que d'autobronzant (+ 60,4 %). Un été où l'on flemmarde en sirotant une bière fraîche (- 16,1 %) plutôt qu'un café chaud (+ 2 %). Un été où l'on apprend au petit dernier à nager (- 14 % pour les culottes Little Swimmers Huggies, conçues pour permettre aux jeunes enfants de nager) plutôt qu'à bien remonter la fermeture éclair de son pull (+ 18,2 % pour l'habillement enfant). Un été où l'on se fait plaisir avec des glaces (- 26,6 %) plutôt qu'avec du chocolat (+ 17,2 % pour les confiseries chocolat). Un été où, le soir, on profite du crépitement des grillades sur barbecue plutôt que de celui de la pluie sur les carreaux des fenêtres. L'été 2008, peut-être.

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Article extrait
du magazine N° 2014

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