Un mois de mai historique pour le commerce

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE Événement rarissime, il n'y aura aucun jour férié en mai cette année. Si à première vue cela ne peut que causer du tort au commerce, certains voient déjà comment tirer leur épingle du jeu.

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Cela n'a pas sauté aux yeux de tout le monde. Pourtant, nous sommes sur le point de vivre un mois de mai historique. Bien sûr, ce ne sera pas aussi spectaculaire que celui qui fit trembler la France en 1968. Mais il n'empêche. Pour la première fois, aucun des trois jours fériés de ce joli mois ne sera chômé. D'abord, le 1er mai tombe un dimanche, et par conséquent le 8 aussi. Cela s'était déjà vu en 2005, et nous y aurons droit à nouveau en 2016. Mais, pour la première fois depuis 1916, l'Ascension s'est invitée en juin. Résultat, les Français devront faire une croix sur leurs envies de week-end à rallonge.

 

 

Des ventes un peu secouées

 

Historique, ce mois pourrait bien l'être aussi pour le commerce. Alors que les ponts sont souvent l'occasion de faire du shopping, quel sera l'impact de ce mai hors normes sur les comptes d'exploitation des distributeurs ? Avec deux jours chômés en moins et un jour ouvrable de plus, on peut s'attendre à une variation saisonnière des chiffres d'affaires non négligeables. « Au vu des résultats, mai est un mois structurellement assez fort pour les ventes de produits de grande consommation en hypers et supermarchés, explique Jacques Dupré, directeur d'étude chez SymphonyIri. Avec un indice des ventes de 101,7, c'est même celui qui a le niveau le plus élevé, en dehors du mois de décembre ! »

De fait, pour certains secteurs comme la jardinerie, il est l'équivalent de la période de Noël. « À temps comparable, un mois de mai à ponts représente 0,3 à 0,5% de chiffre d'affaires additionnel sur l'année », témoigne Guilhem Porcheron, directeur général de Jardiland. D'autres produits saisonniers, moins évidents, risquent aussi d'en pâtir. Ainsi, ces quelques semaines sont les meilleures de l'année pour les produits de régime (indice 119,1), les produits santé et forme (116,8), les fromages allégés (109,6) ou les édulcorants (108,4). Pas besoin d'être grand clerc pour comprendre que c'est à cette époque que les silhouettes se reprennent en main pour les vacances d'été.

À première vue, la disparition momentanée de ces trois jours de congé ne semble donc profiter à personne. « C'est mieux que si les 1er et 8 mai tombaient un samedi, tempère Christian Pimont, président de la Fédération des enseignes d'habillement et président non exécutif de Celio. Mais il faut admettre que ce n'est pas du tout favorable au commerce. Par exemple, à l'exception de la fête du Travail, la quasi-totalité des magasins Celio sont ouverts les jours fériés. » Dans les zones touristiques, on appréhende aussi. « J'imagine assez négativement ce mois de mai sans ponts, reconnaît Joël Paillocher, directeur de l'hypermarché Leclerc d'Anglet, à côté de Biarritz. Pour un magasin côtier comme le nôtre, cela va se traduire par une baisse du flux de touristes et de résidents secondaires. La fréquentation devrait être inférieure à un mois normal. Mais le plus grand nombre de jours ouvrables devrait limiter l'incidence du phénomène. » Plus au Nord, dans le bassin d'Arcachon, on ne se console même pas des jours ouvrables supplémentaires. « Leur plus grand nombre ne change rien, car, habituellement, du lundi de Pâques au mois de novembre, nous ouvrons tous les jours fériés », témoigne Laurent Pelletier, directeur de l'hypermarché Carrefour de La Teste.

 

 

La région parisienne gagnante

 

Pourtant, d'autres distributeurs espèrent déjà profiter de la faiblesse de l'activité touristique. « Les centres commerciaux de la région parisienne pourraient quand même bénéficier de l'absence de ponts, qui limitera l'évasion vers la province, analyse Jean-Michel Silberstein, délégué général du Conseil national des ventres commerciaux (CNCC). Nous garderons en quelque sorte nos clients sous la main... » Chez Procos, la fédération du commerce spécialisé, on est clairement plus optimiste. « Mai est un mois très bizarre ; il est impossible de faire des prévisions d'une année sur l'autre, estime Michel Pazoumian, son délégué général. Mais au final, on s'attend quand même à un effet plutôt positif avec les deux jours ouvrés de plus. En général, un jour ouvré en moins, cela représente entre 2 et 3% de chiffre d'affaires en moins sur un mois. »

 

 

Et le temps, dans tout ça ?

 

Mais ce n'est pas toujours dans les rayons que les éventuels bénéfices vont se faire sentir en premier. Il y aura aussi un impact sur l'organisation du travail. « Ce mois devrait être plutôt positif, assure Frédéric Willems, responsable des affaires économiques à la Fédération nationale de l'habillement (FNH). Pour une fois, la France ne tournera pas au ralenti, ne subira pas les interférences d'activités des années "à ponts". Les budgets habituellement consacrés aux loisirs et aux transports de week-ends prolongés pourraient du coup être réinvestis en achats d'habillement. » Même son de cloche pour Jean-Paul Pageau, adhérent Leclerc de la région de Reims : « Sur le plan de l'organisation interne, ce serait plutôt un avantage, car les semaines ne seront pas bousculées par les difficultés d'approvisionnement. »

Sans oublier que ces ponts coûtent chers en promotions. « Les jours fériés, nous achetons du chiffre d'affaires avec beaucoup de promotions pour faire venir les gens. Sans oublier le coût de la main-d'oeuvre qui est élevé, avertit Emmanuel Zeller, directeur de l'hypermarché Auchan de Vélizy. Au global, le chiffre d'affaires additionnel ne compense pas les coûts d'exploitation. Généralement, mai est donc bon en chiffre mais décevant en résultat net. Pour toutes ces raisons, mais aussi parce que nos clients partiront moins en week-end prolongé, mai devrait, je l'espère, être le meilleur mois depuis le début de l'année. »

En attendant, tous les distributeurs ont les yeux rivés sur le ciel. Car ils savent que les Français auront le coeur à consommer... surtout s'il fait beau. D'après Metnext, un spécialiste de l'aléa climatique, ils peuvent se détendre. Le mois de mai 2010 a affiché des températures 4,5°C en dessous des normales saisonnières. Ponts ou pas ponts, ce sera difficile de faire pire...

Le bilan de l'année

  • Au final, l'année 2011 comptera 253 jours ouvrés de semaine, soit un jour de moins qu'en 2010. Pour autant, ce calendrier ne devrait pas trop toucher la croissance annuelle. Si l'année 2011 perd un mardi et un vendredi ouvrés par rapport à 2010, elle gagne un mercredi. Au total, les effets respectifs de trois samedis supplémentaires et d'un jour ouvré de moins se compensent.

Le poids de mai selon les régions

Les plus forts indices de vente

  • Paris 104,1
  • Champagne-Ardenne 103,0
  • Lorraine 102,7

Les plus faibles indices de vente

  • Languedoc Roussillon 98,7
  • Aquitaine 98,6
  • Paca 10,2

Indice base 100 - Source : SymphonyIri

Le coût d'un mariage "férié"

  • La presse britannique se réjouit que le mariage du prince William ait été décrété jour férié, mais elle s'inquiète aussi du coût, estimé à 7 milliards d'euros par le patronat, d'un nouveau jour chômé pour l'économie britannique. «Le pactole des vacances du mariage, huit jours fériés !», s'exclame en une le Daily Mirror à la perspective d'un long pont. Le mariage princier, prévu le 29 avril, tombe effectivement entre deux longs week-ends : celui de Pâques, qui dure quatre jours, et celui du 1er mai, qui s'étalera aussi sur quatre jours, le Premier ministre David Cameron ayant décrété férié le jour de la cérémonie.

Une première

  • Aucun jour férié en mai, cela ne s'était jamais vu depuis que l'on fête la fin de la Deuxième Guerre mondiale,le 8 mai. Et cela ne se reproduira pas de sitôt ! La correspondance des dates et des jours de la semaine se décale d'un jour les années normales, et de deux jours les années bissextiles. Du coup, les 1er et 8 mai tomberont à nouveau un dimanche en 2016, 2022, 2033, 2039, 2044, etc. Selon un cycle irrégulier, tous les six ans, onze ans, six ans, puis cinq ans, et ainsi de suite. Pour tout compliquer, la fête chrétienne de l'Ascension tombe quarante jours après Pâques, calé sur le calendrier lunaire. Pâques ayant été très tardif cette année, l'Ascension sera en juin pour la première fois depuis 1916

E. G.

Des différences selon les rayons

Les plus forts indices de vente

  • Asperges en conserve 122,7
  • Produits de régime 119,1
  • Bières de luxe 118,4
  • Jus de légumes 117,5
  • Produits santé-forme 116,8
  • Fruits au sirop 116,2
  • Salades de fruits 116,1
  • Bières spéciales blondes 116,0
  • Mayonnaise 116,0
  • Surimi 115,2

Les plus faibles indices de vente

  • Plats cuisinés appertisés 81.9
  • Aides culinaires/croûtons 83.9
  • Soupes-sauces fraîches 84
  • Charcuterie tranchée 86

Indice base 100 - Source : SymphonyIri

 

L'absence de ponts n'est pas du tout favorable. Beaucoup de gens les utilisent pour faire du shopping.

Christian Pimont, président de la Fédération des enseignes d'habillement (FEH)

À météo comparable, un mois de mai à ponts représente 0,3 à 0,5% de chiffre d'affaires en plus sur l'année.

Guilhem Porcheron , directeur général de Jardiland

 

Cela ne changera pas grand-chose. Comme nous l'a montré l'épisode neigeux durant les fêtes de fin d'année, quand les clients ont des achats précis en tête, ils les reportent facilement. Et, globalement, l'impact a plutôt été neutre.

Jean-Michel Silberstein délégué général du CNCC

On s'attend quand même à un effet plutôt positif avec deux jours ouvrés de plus.

Michel Pazoumian, délégué général de Procos

Mai devrait être le meilleur mois depuis le début de l'année. Sans oublier que nous avons un jour ouvrable en plus, le 31 mai. Ce n'est pas négligeable.

Emmanuel Zeller, directeur Auchan Vélizy

Ce mois de mai devrait être positif. Pour une fois, la France ne tournera pas au ralenti, ne subira pas les interférences des années “à ponts”. Les budgets habituellement consacrés aux loisirs et aux transports pourraient être réinvestis en achats.

Frédéric Willems, responsable des affaires économiques à la Fédération nationale de l’habillement (FNH)

 

Le chiffre

  • 101,7 : L'indice de vente du mois mai des produits de grande consommation en hypers et supers. Soit le deuxième mois de l'année après décembre

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Article extrait
du magazine N° 2178

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