Un nouvel hypermarché et rien d'autre

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Envisagé depuis plus de dix ans, le nouvel hypermarché E.Leclerc ouvre dans quelques jours au nord d'Arles. Mais ce centre doté de 16 boutiques pourrait bien rester seul. Malgré les projets de la municipalité, l'urbanisation reste bloquée par un plan de prévention des risques d'inondation très restrictif.

Ce n'est plus qu'une affaire de jours pour voir l'aboutissement d'un dossier imaginé voici plus de dix ans. L'hypermarché E.Leclerc d'Arles (Bouches-du-Rhône) devrait ouvrir ses portes le 9 mai, dans la plaine de Montmajour. Un site remarquable d'une dizaine d'hectares, à l'entrée nord de la ville, voué à rééquilibrer le paysage commercial arlésien, jusqu'alors principalement concentré au sud, autour du centre commercial L'Aurélienne, articulé autour d'un hyper Géant avec 30 boutiques (rénové en 2008), et de la zone de Fourchon avec son Intermarché et plusieurs enseignes d'équipement de la personne, de la maison ou de restauration.

Nul doute, à Arles, que le projet répondra à la demande des quartiers environnants, qu'il contribuera à rapatrier sur la ville des dépenses qui s'échappaient vers Avignon, et que son positionnement est susceptible d'attirer de nouvelles enseignes à l'avenir. « Les demandes affluent de groupes prêts à investir », assure le maire d'Arles, Hervé Schiavetti.

 

Une zone classée rouge

Pourtant, en dehors de l'hypermarché, d'un McDonald's et d'un concessionnaire Audi, le développement ambitionné pour cette zone est d'ores et déjà freiné. L'État ne veut pas entendre parler d'une urbanisation dans un secteur qui, en décembre 2003, se trouvait noyé sous un mètre d'eau, en raison d'une crue du Rhône. Malgré l'engagement de travaux de protection pour éviter un renouvellement de la catastrophe, la zone est classée « rouge » dans le plan de prévention des risques « inondation » (lire encadré). Au grand dam de la municipalité...

Propriétaire de l'hyper, Éric Rebour affiche cependant l'enthousiasme de ceux qui touchent au but. Le bâtiment actuel, totalement inondé en 2003 au point de devoir fermer plusieurs semaines, cumulait les handicaps : vétusté, enclavement, saturation des accès et des stationnements, manque de visibilité... Le nouvel ensemble comptera 5 000 m² de surface de vente (soit 3 000 m² de plus), un espace multimédia et une parapharmacie. Son architecture a été conçue pour réduire son exposition au mistral, le rendre le plus « écologique possible » et limiter la consommation d'eau ou d'énergie.

 

La circulation facilitée

Mais Éric Rebour, avec l'appui du cabinet d'architectes Becker, à Entraigues-sur-la-Sorgue (Vaucluse), a surtout pris en compte plusieurs tendances actuelles de consommation : « J'ai souhaité un magasin le plus carré possible afin de faciliter la circulation de la clientèle et réduire le temps qu'elle consacre à ses courses, ainsi qu'une galerie marchande toute en arrondis », explique-t-il.

Les produits frais se situeront au centre du magasin. Éric Rebour a signé des partenariats avec des fournisseurs locaux, en fruits et légumes, huile d'olive, riz de Camargue, pour ancrer l'offre dans son terroir.

Plus étonnant, l'exploitation en direct sous forme de boutiques, à proximité des caisses, d'une maison de la presse de 80 m². « Ce sera l'une des plus grandes de la ville, poursuit-il. Nous devons ce service aux clients et nous évitons la contrainte de réorganiser perpétuellement les assortiments de presse dans un rayon. »

Le souci du détail concerne aussi le parking, aux places élargies à 2,70 m, pour éviter les coups de portières. Pour Éric Rebour, son magasin participera à l'attractivité du centre-ville en maintenant les Arlésiens sur Arles, notamment le samedi. Encore plus si d'autres enseignes s'installent autour...

Pour l'heure, aucun projet ne peut cependant émerger, en raison d'une position très stricte de l'État sur la mise en oeuvre du plan de prévention des risques inondation anticipé (PPRIa), refusé à l'unanimité par le conseil municipal, le 30 novembre 2011, puisqu'il empêcherait toute construction sur 85% du territoire.

Début novembre 2011, Arles a subi un nouvel épisode pluvieux, avec 300 millimètres de pluie en trois jours, qui a provoqué une crue du Rhône, inondant quelques routes et quartiers.

L'événement n'incite forcément pas la préfecture à se montrer plus tolérante, compte tenu des responsabilités pénales et assurantielles qu'engendre une catastrophe naturelle.

 

« Nous avons opté pour une architecture audacieuse sur la façade du centre ou le design de la galerie, afin de s'adapter au mistral et aux spécificités régionales. »

ÉRIC REBOUR, propriétaire de l'hypermarché E. Leclerc

 

« Faire dépendre notre territoire de la crue de référence de 1856, ainsi que de la réalisation de la digue entre Tarascon et Arles, renvoie son développement à vingt ans. »

HERVÉ SCHIAVETTI, maire d'Arles

 

Gel des constructions

En raison du droit de réserve imposé aux fonctionnaires en période électorale, impossible de savoir, malgré plusieurs tentatives auprès des services concernés, quels assouplissements seraient envisageables.

Mais pour la communauté d'agglomération Arles-Crau-Montagnette, en charge de la commercialisation du projet, et pour la mairie d'Arles, ce blocage bloque potentiellement toute nouvelle construction, alors que la situation a changé au nord, avec l'édification, pour 7,6 millions d'euros, d'une digue longue de 1,2 km et haute de 3,50 m suite à la crue de 2003.

Une deuxième digue entre Tarascon et Arles est à l'étude pour achever complètement le dispositif de protection, évalué à 150 millions d'euros. « L'État cherche à se prémunir du risque pénal en gelant totalement notre territoire urbain et rural. Puisqu'aucune discussion ne semble possible, nous attaquerons en justice ce PPRIa », explique Hervé Schiavetti. La situation apparaît d'autant plus injuste à la municipalité qu'une rocade de 1 500 mètres, dont un tiers doit faire office de digue pour le centre commercial et la zone prévue, devrait être achevée en 2013, pour 30 millions d'euros.

 

« Une autre locomotive »

La CCI du Pays d'Arles regrette également de voir l'expansion de la ville entravée. « En 2004, une étude avait démontré que la zone de Fourchon, au sud, représentait 50% du chiffre d'affaires du commerce arlésien, indique Olivier Jouteau, conseiller au commerce de la chambre consulaire. Une autre locomotive s'impose au nord, dès lors qu'elle ne vient pas en concurrence avec le centre-ville. C'est d'autant plus nécessaire que d'autres pôles commerciaux se déploient à Nîmes ou Avignon, qui ne restent pas sans conséquence sur l'évasion des consommateurs arlésiens, particulièrement dans le non-alimentaire. »

Ironie du sort : aucun développement ne semble plus possible non plus au sud de la cité, toujours à cause des risques d'inondation. Et rien ne devrait bouger avant la fin des élections présidentielle et législatives...

ZAC DE MONTMAJOUR, LE NOUVEAU PÔLE COMMERCIAL DU NORD D'ARLES

- 17 ha, dont 8 ha pour le centre commercial E. Leclerc

- 100 000 personnes dans la zone de chalandise

- 20 000 m² de superficie de bâtiment pour le centre commercial

- 5 000 m² de surface de vente pour l'hyper

- 600 m² d'espace multimédia

- 200 m² de parapharmacie

- 150 salariés (contre 70 aujourd'hui)

- 16 boutiques et restaurants

- 800 places de parking

 

UN PLAN DE PRÉVENTION DES RISQUES INONDATION CONTESTÉ

Élaboré par l'État et ayant une portée réglementaire, le PPRI prend en compte les risques d'inondation dans l'urbanisation du territoire. Il délimite des zones de danger en fonction d'une crue de référence. Le PPRI « anticipé » prévoit que, dans l'attente de la finalisation du plan, certaines prescriptions relatives aux ouvrages sont applicables. En se fondant sur la crue de référence de 1856 (12 500 m3/ seconde de débit sur le Rhône) et en conditionnant la constructibilité des zones concernées à la réalisation de la digue entre Tarascon et Arles, le développement d'Arles serait gelé pour vingt ans, selon le maire, Hervé Schiavetti. En 2003, dans le Grand Delta du Rhône, la crue du fleuve (11 500 m3/seconde) avait fait sept victimes et provoqué entre 700 M € et 1 Mrd € de dégâts.

 

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Article extrait
du magazine N° 2226

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