Un précurseur ancr é dans la réalité

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CARRIèRE Plus qu'un simple créatif, le styliste doit être en prise directe avec son époque et ses marchés. La fonction demande aussi un sens aigu du marketing et des réalités économiques.

Avec une mère dans la chaussure et un père dans le textile, Joëlle Cabart a baigné dans la mode depuis son enfance, accompagnant ses parents dans les salons professionnels depuis son plus jeune âge. Et elle a toujours eu le désir de travailler dans ce milieu. Après une double formation, stylisme-modélisme à Esmod et marketing à l'Institut supérieur des techniques et économies commerciales (Istec), elle passe quelque temps à l'étranger. De retour en France, elle tâte du prêt-à-porter de luxe chez Lolita Lempicka, puis continue ses classes chez Promod, où elle retrouve l'accessoire. Mais c'est en intégrant le poste de chef de produits chaussures à La Redoute qu'elle met à profit sa double formation. Elle cumule en effet les fonctions de responsable du style et de responsable des achats, et doit également superviser le côté marketing.

Faire émerger les nouvelles tendances

Si elle n'a pas changé d'entreprise, Joëlle Cabart doit maintenant avoir une vision encore plus globale. Depuis l'an passé, elle est en effet devenue coordinatrice style pour le marché femme, toujours à La Redoute. En clair, sa mission consiste à repérer puis à formaliser les grandes tendances, aussi bien en termes de thèmes de mode, de formes, de couleurs, de matières que de détails ou de familles de produits. Son analyse et ses préconisations viendront alimenter le travail de toutes les équipes qui, en aval, travaillent sur le produit : conceptrices de collection, chefs de groupe, modélistes, assistantes produits, mais aussi responsables des marchés web, du marketing ou encore de communication.

Actuellement, Joëlle Cabart cogite sur l'été 2008. Enseigne multicanal, La Redoute a en général quatre à cinq mois d'avance sur les autres enseignes dans l'élaboration de ses futures orientations. La mission de la styliste se prolonge aussi bien après la conception du vêtement. « La Redoute ne limite pas l'intervention du style à l'approche catalogue. Nous intervenons aussi sur les opérations web avec un vrai parti pris style. Nous remixons les produits en fonction des nouvelles tendances, des nouveaux looks », explique Joëlle Cabart.

De fait, le métier de styliste est tout sauf figé. La mode est constamment en mouvement, et il s'agit de suivre, sinon d'anticiper. Nous devons travailler sous pression, toujours à la dernière minute pour suivre le rythme de la mode », témoigne pour sa part Ileana Ostropolsky, 33 ans, styliste chez Women'Secret, la chaîne espagnole de lingerie du groupe Cortefiel. « Nous devons être capables de transposer le concept de chaque collection et l'essence de la marque en créant des choses attractives, intéressantes et tendance », poursuit-elle.

Des profils de plus en plus à double compétence

Capter la bonne tendance au bon moment et pour la bonne clientèle, telle est l'équation que les stylistes doivent en permanence s'attacher à résoudre. Pour cela, il convient de se nourrir. « Une styliste est styliste 24 heures sur 24. C'est un métier d'éponge, elle s'inspire de tout ce qu'elle voit », note Valérie Gobard, responsable des ressources humaines de La Redoute. « Je passe une grande partie de mon temps à regarder, à m'informer », confirme Joëlle Cabart. « Leur principale qualité est d'être constamment à l'affût de quelque chose de nouveau, de tout ce qui se passe dans le monde de la mode et ailleurs », ajoute pour sa part Nathalie Belovaï, directrice de l'Atelier Chardon Savard.

Pour autant, les stylistes ne peuvent se dispenser d'être connectés aux réalités économiques. À l'ère de la mode marketing, même les directeurs artistiques les plus en vue ont des impératifs de rentabilité, comme en témoigne la lutte incessante entre PPR et LVMH dans le monde du luxe. « Le but de notre formation est de développer en parallèle la créativité et la notion de réalité de marché chez les étudiants. Ils doivent être capables d'apporter à des marques ou des enseignes qui existent déjà de nouvelles idées filtrées par le sens du marché », indique ainsi Christine Walter-Bonini, directrice générale déléguée de l'école Esmod.

« Le style est un métier stratégique à La Redoute, rappelle opportunément Valérie Gobard. Nous axons de plus en plus nos recrutements sur des profils à double compétence. Nous cherchons des talents plutôt que des gens formatés, mais qui ont des aptitudes à intégrer une entreprise et qui peuvent sortir d'une vision personnelle de la création. »

Joëlle Cabart partage cette vision de la fonction : « Nous ne créons pas de produits pour nous-mêmes, nous devons être à l'écoute de notre marché. Vu la taille de l'entreprise, nous prenons d'énormes risques. Il faut être crédible et convaincant pour justifier ses choix. La styliste est porteuse d'un enjeu de business. » Certes, le métier est très prenant et les horaires plus qu'élastiques. Mais « quand les résultats sont bons et validés par de bonnes ventes, c'est vraiment très satisfaisant», tient à souligner Ileana Ostroplosky...

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Article extrait
du magazine N° 1984

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