Un premier test d'entrepôt mutualisé entre distributeur et industriel

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Danone Eaux France et Carrefour créent, à Miramas, un entrepôt mutualisé de consolidation aval dédié aux boissons. Approvisionnée par rail, la plate-forme alimente aussi d'autres distributeurs. L'ensemble des opérations est géré par un seul prestataire, ID Logistics.

Cyril Marniquet (Danone), Éric Hémar (ID Logistics) et Didier Thibaud (Carrefour), artisans du projet.
Cyril Marniquet (Danone), Éric Hémar (ID Logistics) et Didier Thibaud (Carrefour), artisans du projet. © ID LOGISTICS

Après les entrepôts communs entre industriels, voici la plate-forme partagée entre... un industriel et un distributeur. Danone Eaux France et Carrefour viennent de conclure un « Pacs » inédit en inaugurant, il y a quelques semaines à Miramas (Bouches-du-Rhône), un « entrepôt mutualisé de consolidation aval » (Emca), dédié aux boissons, hors alcools et vins. L'idée ? Créer et optimiser un stock régional de Danone, hébergé sur un site distributeur de Carrefour (40 000 m²). Ce qui facilitera non seulement l'approvisionnement des 123 hypermarchés et supermarchés Carrefour du Sud-Est, mais aussi des entrepôts des enseignes concurrentes.

 

Collaboration tripartite

Le projet, qui infusait depuis trois ans dans le cadre du club Déméter, possède une autre originalité : Les références de Danone, principalement Evian et Volvic, arrivent désormais par trains. « Cela nous permet tout à la fois de réduire nos émissions de CO2 et d'accroître la part du ferroviaire dans nos flux », glisse Cyril Marniquet, directeur supply chain de Danone Eaux France (lire encadré). L'ensemble des opérations est coordonné par un prestataire unique, ID Logistics. « Toute notre stratégie supply chain repose sur la collaboration tripartite entre fournisseur, industriel et prestataire. Ceci en est un nouvel exemple », prêche Didier Thibaud, directeur supply chain de Carrefour France.

Une collaboration déjà éprouvée par Carrefour depuis 2006, au travers de onze centres de consolidation et de collaboration (CCC). Ces plates-formes, gérées par un prestataire, permettent de consolider les stocks d'industriels, principalement des PME, avant de livrer le client distributeur en cross-docking.

 

Le stock appartient désormais à Danone

Sur le plan opérationnel, ce pilote d'Emca suscite de grands espoirs chez les acteurs. Côté Danone, outre la réduction de l'empreinte carbone, la concentration du stock pour toute la région sud-est permet de viabiliser le recours au transport ferroviaire, alors que le fret SNCF abandonne l'activité de wagon isolé. L'industriel est en mesure d'affréter chaque semaine un train complet de 26 wagons, à raison de 1 000 palettes minimum. « Nous rentabilisons ainsi nos investissements pour l'embranchement ferroviaire de nos différents sites, se réjouit Cyril Marniquet. De plus, le recours au rail réduit le risque de pénurie du transport sur route sur un marché en tension cet été. » D'autre part, la création d'un stock régional unique offre une meilleure visibilité sur l'état desdits stocks.

Au bout de la chaîne, les magasins escomptent « une réduction des ruptures de stock et des délais de livraisons plus courts, à J+1 », dixit Didier Thibaud. Carrefour y trouve aussi un avantage pécuniaire, en se délestant du stock amont. Danone reste propriétaire de ses produits jusqu'à leur sortie d'entrepôt. Au sein de la plate-forme, 5 000 m² sont loués à l'industriel. Carrefour continue de stocker en parallèle d'autres produits brasserie sur les 35 000 m² restants. « Nous consolidons ainsi les commandes des magasins, afin de remplir nos camions », poursuit le responsable.

Les autres enseignes devraient aussi profiter d'une meilleure disponibilité des produits, grâce à ce nouveau stock régional. « Durant l'été, la pénurie de transport routier concerne moins les courtes distances. Et il est plus rassurant de savoir que notre stock se trouve à proximité », observe Cyril Marniquet.

Le site de Miramas, au coeur de la zone Clésud, a en effet été retenu en raison de son voisinage immédiat avec les infrastructures logistiques des concurrents de Carrefour. Intermarché, Netto et Leclerc possèdent des plates-formes dans la même zone. Celles de Casino et d'Auchan ne se situent qu'à 10 et 20 kilomètres. Pour le moment, Casino, notamment, a choisi de s'approvisionner à Clésud.

Éric Hémar, le patron d'ID Logistics, ne pense pas que le fait de piocher les commandes dans un stock mitoyen de celui de Carrefour puisse effrayer les concurrents. « Carrefour n'est pas au courant de ce que commandent les autres enseignes. Les processus de commandes et de livraisons sont gérés par Danone, sur un système propre à Danone et tout est étanche », assure-t-il.

 

L'été, juge de paix

Les acteurs se laissent six mois pour juger de la pertinence du pilote. Le véritable « stress test » aura lieu cet été, avec le pic de consommation en eaux minérales. Les ruptures en rayon diminueront-elles ? Si un arbitrage entre deux enseignes est nécessaire, comment opérer ? Le train répondra-t-il aux impératifs de ponctualité, sachant que la cadence devra grimper à deux trains complets hebdomadaires en haute saison ? Au terme de cette période, Carrefour décidera donc d'étendre, ou non, ce modèle à d'autres références ou zones géographiques. Des sites pour de nouveaux Emca ont d'ores et déjà été identifiés dans le nord et en Île-de-France.

Les avantages attendus

  • Diminuer les ruptures de stocks d'eaux minérales en magasins. Et ce, grâce au train, qui réduit le risque de pénurie de transport routier l'été
  • Augmenter la vitesse des livraisons, grâce au stock régional de Danone (Volvic, Evian), plus proche des magasins et des plates-formes distributeurs
  • Saturer les moyens logistiques et dégager de nouvelles économies sur le stock grâce à la mutualisation

Les points d'amélioration à valider

  • La diminution des ruptures en magasins durant l'été, période de forte consommation en eaux minérales
  • L'arbitrage entre clients distributeurs en cas de stock insuffisant
  • La ponctualité liée au transport ferroviaire

DANONE EAUX, AMBITIEUX POUR LE FERROVIAIRE

  • En quittant sa plate-forme d'Arles pour celle de Miramas, Danone Eaux France va accroître la part du rail dans sa logistique. Le site, embranché fer, et les forts volumes d'approvisionnement pour plusieurs clients distributeurs, vont permettre d'affréter au moins un train complet par semaine, l'équivalent de 40 camions. « À Arles, 15 à 20 % de nos flux étaient ferroviaires. À Miramas, nous passerons à 100 % grâce au pic de consommation cet été », explique Cyril Marniquet, le directeur supply chain.
  • Danone Eaux France s'est fixé pour objectif de réduire de 40% son empreinte carbone entre 2008 et 2012, en activant notamment le levier transport, avec la saturation et la mutualisation des moyens et le recours au train. À ce jour, Evian expédie 70% des volumes par le train, Volvic atteindra les 65% fin 2012.

Le chiffre

40 000 M² d'entrepôts Carrefour, dont 5 000 m² loués à Danone Eaux France pour constituer un stock commun de boissons pour les clients distributeur

Les autres chiffres

  • 1 TRAIN COMPLET de 26 wagons par semaine affrété par Danone, soit l'équivalent de 40 camions
  • 2 TRAINS COMPLETS en haute saison
  • 1 000 CAMIONS par an en moins sur la route
  • SIX MOIS, la durée du test par Carrefour et Danone, soit jusqu'en septembre 2011

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Article extrait
du magazine N° 2183

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