Un subtil dosage de rigueur et de proximité

|

CARRIèRE Le directeur de magasin doit assurer le résultat avec toute la rigueur qu'exige la distribution moderne. Mais aussi faire en sorte que le client se sente proche de son enseigne.

Il lui arrive souvent de se réveiller à quatre heures du matin et de descendre au magasin voir si tout est en ordre. « Je m'éclate vraiment, répète Christophe Augéral, des lueurs dans les yeux. Je fais mille choses différentes dans la journée, je connais tous mes clients, j'entretiens de vraies relations avec les habitants de la commune, les autres commerçants, mes collègues d'Intermarché. » Christophe Augéral, indépendant installé à Saint-Sulpice-de-Royan, en Charente, est un directeur de supermarché passionné. À des centaines de kilomètres de là, en région parisienne, Christelle Vasseur, mère d'une petite fille de cinq ans, arrive un petit peu plus tard au magasin Champion de Coupvray, en Seine-et-Marne, mais n'a rien à envier à son homologue au rayon de la motivation : « C'est simple, résume-t-elle, pour être une bonne directrice de supermarché, il faut gérer le magasin comme un indépendant. À chaque décision, je réfléchis comme s'il m'appartenait, comme si c'était mon propre argent qui était en jeu. »

Disponibilité de rigueur

 

Format chahuté durant quelques années par les vagues successives du discount, le supermarché a retrouvé grâce aux yeux du consommateur. Son subtil mélange de convivialité et de distribution moderne se reconnaît bien dans les hommes et les femmes qui ont en charge sa gestion quotidienne : au fait des exigences financières et industrielles de la bonne marche du magasin, mais disponibles pour un management de proximité et un contact suivi avec la clientèle. À Coupvray, malgré la charge de ses 3 000 m2, Christelle Vasseur passe régulièrement du temps à l'accueil - « les clients apprécient de discuter avec la directrice ».

Bernard Bouquillon en sait quelque chose. À 58 ans, il dirige, depuis cinq ans, un Intermarché à Ludres, près de Nancy, après être entré dans la distribution voilà plusieurs décennies comme manutentionnaire. « Le métier a beaucoup évolué, constate-t-il, mais le client est ce qu'il y a de plus important, et cela, ça a toujours été vrai. » Côté gestion, les outils ne manquent plus pour assurer, par exemple, un réapprovisionnement automatique au lieu du réassort commandé « un peu au feeling ». Ce qui a le plus changé ? « La pénibilité ». La gestion d'un magasin reste un métier dur, mais « on ne doit plus, comme autrefois, travailler pour ainsi dire jour et nuit ».

Le management aussi a changé. Le bon directeur est celui qui sait s'entourer. Le reste ne sera plus question que d'organisation avec, à la clé, une vie professionnelle intense, mais pas au point d'empêcher une vie de famille normale. Et puisque Christelle Vasseur aborde la question, le défi n'est pas forcément plus redoutable pour une femme. « Tout est question de rigueur dans la gestion, indique-t-elle, et de souplesse dans le management. Par exemple, une femme comprend mieux les problèmes des employés, comme les gardes d'enfants. » Mais attention : si elle a conscience de certaines difficultés, on ne la lui fait pas !

Évoluer en interne

 

La leçon ne vaut-elle pas, d'ailleurs, pour la (longue) liste des tâches accomplies dans un supermarché ? « Quand on sait soi-même faire les choses, on sait de quoi on parle », note Bernard Bouquillon. Qui reconnaît toutefois que « toutes les idées sont bienvenues et que chacun, quel que soit son poste, a droit à la parole ». Car la distribution reste avant tout un métier d'hommes et de femmes. La capacité à faire exécuter la politique de l'entreprise et à garantir la paix sociale est l'une des exigences principales de l'enseigne vis-à-vis de ses directeurs de magasin.

Pour avoir passé plusieurs années dans le département formation de Champion, Christelle Vasseur se sent bien armée pour suivre le travail de ses managers de rayon. Elle défend ardemment la promotion interne : « Tout s'apprend ! Un chef de rayon peut devenir, à terme, directeur de magasin, avec l'expérience et les forma tions. »

Métier ouvert, la direction de supermarché l'est aussi sur l'avenir. Pendant qu'à Royan Christophe Augéral fait le tour du propriétaire des terrains qui entourent son magasin qu'il pourrait facilement faire doubler de surface, d'autres pensent évolution de carrière. « C'est un métier qui bouge et où il faut bouger, affirme Christelle Vasseur. Je ne me vois pas rester des vingt ans dans le même magasin et, d'ailleurs, c'est nécessaire pour soi comme pour le magasin. » Pour l'avenir, elle regarde vers l'encadrement - directeur régional ? - ou les ressources humaines. « Mais ce sera de toute façon dans la distribution ! », tranche-t-elle.

Bernard Bouquillon, lui, considère plutôt sa fonction comme le pic de sa carrière. Ce qui ne l'empêche pas de toujours faire preuve de réactivité : « C'est, avec l'honnêteté, l'une des principales qualités que j'attends d'un directeur », souligne son patron, l'adhérent Intermarché Gilles Flocart. Pour preuve, son magasin compte parmi ceux qui testent aujourd'hui une formule d'e-commerce pour l'enseigne, avec prise de commandes, picking en magasin et livraison. Presque un autre métier, mais rien n'est insurmontable, « dès lors qu'on ne reste pas les mains dans les poches ».

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 1986

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message