Une autre mesure du pouvoir d'achat

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Conjoncture - Quatre mois après le rapport Quinet sur les indicateurs du pouvoir d'achat, l'Insee en tire les premières leçons. Et dévoile deux nouveaux correcteurs. Qui ne reflètent toujours pas le malaise des Français.

Luc Chatel et Jean-Philippe Cotis sont d'accord sur un point : les prix des produits alimentaires ont bel et bien augmenté ces derniers mois. Le secrétaire d'État à la Consommation a profité d'une incursion en Allemagne, le 20 mai, pour faire ses emplettes et constater que les prix étaient plus élevés (de 14 %) dans un Kaufland (une des enseignes les moins chères d'Allemagne) à Kehl que dans un Auchan (une chaîne qui n'a pas la réputation de casser les prix en France...) situé à Illkirch, près de Strasbourg. Le directeur général de l'Insee, qui tenait une conférence de presse ce jour-là à Paris, a dressé le même constat. De novembre 2007 à janvier 2008, l'Insee évalue la hausse du prix du litre de lait UHT demi-écrémé à 8,6 %, celle du prix du beurre à 8,9 % et celle des pâtes supérieures à 9,3 %.

Approche plus individuelle

Pourtant, toujours selon l'Insee, le pouvoir d'achat a progressé de 3,3 % en 2007. Ce qui ne fait pas vraiment avancer le débat sur le décalage entre les estimations du vénérable institut et la perception de dégradation des Français.

Conscient du fossé et répondant aux reproches faits à l'Insee, Jean-Philippe Cotis a dévoilé, ce 20 mai, deux correctifs apportés au calcul du pouvoir d'achat, et en a profité pour faire un mea culpa. « Il faut clarifier les concepts et donner une approche plus individuelle du pouvoir d'achat. » La commission présidée par le haut-fonctionnaire Alain Quinet et qui a remis un rapport sur le sujet à Christine Lagarde, ministre de l'Économie, en janvier, n'a pas travaillé pour rien. L'Insee a, en effet, retenu deux des principales pistes émises par ce groupe d'experts. La première consiste à mesurer le pouvoir d'achat par tête et bouche à nourrir dans le foyer. Ainsi corrigés, les 3,3 % perdent un point. Un mécanisme déjà appliqué par d'autres organismes, tel le Bipe, qui chiffre les revenus par unité de consommation. « Nous utilisons la même mécanique de correction, souligne Thierry Fabre, directeur de la consommation du Bipe, un brin dépité. Du coup, le 3,3 % de l'Insee passe à 2 % en 2007 ». Même mécanique, même résultat !

Le deuxième correctif introduit par l'Insee porte sur les dépenses préengagées, qui tombent chaque mois et que l'on ne peut éviter. « Celles-ci ne cessent d'augmenter au détriment des dépenses arbitrables, c'est-à-dire toutes celles qui ne sont pas obligatoires », précise Jean-Philippe Cotis. La preuve par les chiffres : la part de ces dépenses « imposées » pèse 28,4 % du budget des ménages, soit plus de deux fois plus qu'en... 1959 ! Un phénomène qui pourrait se tasser en 2008, prévoit Thierry Fabre. « Les dépenses contraintes, comme le logement, seront un peu moins inflationnistes, alors que l'inflation des dépenses non contraintes progresse plus vite en raison, notamment, de l'augmentation des prix des produits alimentaires. » Ce qui risque de pénaliser le pouvoir d'achat des Français. Le Bipe annoncera mi-juin ses prévisions pour l'année 2008, « entre 1,5 % et 2 % » pour le pouvoir d'achat « effectif », selon Thierry Fabre, soit légèrement moins qu'en 2007 (2 %).

Nouveaux critères fin 2008

Les deux mécanismes correcteurs apportés par l'Insee suffisent-ils ? « L'outil de base est mal adapté, répond Reine-Claude Mader, présidente de l'association de défense des consommateurs CLCV (consommation, logement et cadre de vie). C'est très difficile de corriger des données Insee très générales. Il y a un progrès avec ces deux corrections, mais ne faudrait-il pas publier des indices pour les grands comptes de la nation, puis d'autres qui montrent ce qu'un ménage consomme, par exemple, sur trois ans ? » Ce que Jean-Philippe Cotis ne conteste pas. « Le pouvoir d'achat du comptable national n'est pas celui que chacun a en tête. » Et de promettre de nouveaux indicateurs pour la fin de l'année par « niveaux de revenus ». Il s'agira de décomposer le revenu par catégorie socio-professionnelle, par type de famille et par âge. Les experts de l'Insee savent ainsi que, pour 20 % des ménages les plus modestes, le poids des dépenses de logement est passé de 31 % en 2001 à 44 % en 2006. Le feuilleton n'est pas fini.

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Article extrait
du magazine N° 2047

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