Une culture pratique plus que théorique

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La plupart des foyers français ont toujours une bouteille de whisky ou de cognac à portée de main. Paradoxalement, ils connaissent peu ces produits. Entre idées reçues et amalgames, le point à travers un sondage Ipsos réalisé pour la Fédération française des spiritueux.

Les Français sont les premiers amateurs de whiskys malt au monde ! Sans eux, le marché des anisés n'existerait sans doute pas. Lorsque l'on reçoit, il est de bon ton de se retrouver autour d'un apéritif. Même chez les consommateurs occasionnels, il y a toujours une bouteille de cognac ou de vodka qui traîne.

Le Français ne boude pas son plaisir, qu'il soit seul ou avec des amis. Mais il ne faut pas lui demander la différence entre un blend et un malt,ni comment se fabrique la vodka. Les Français sont plus forts sur la pratique que sur la théorie. C'est en tout cas ce qui ressort de la première étude réalisée en février par Ipsos pour le compte de la Fédération française des spiritueux (FFS) sur le thème « Les Français et les spiritueux : attitudes, connaissances et idées fausses ». « On entend tout et n'importe quoi sur les spiritueux, no- te Marie-Delphine Bénech, la directrice générale de la FFS. Que leur consommation augmente. Qu'ils ne sont consommés que par les jeunes. Qu'un verre de whisky ou de cognac contient plus d'alcool qu'un ballon de rouge ou qu'un demi pression. »

Les jeunes les plus mal informés

Près d'un Français sur deux ne sait pas vraiment ce que sont les spiritueux. Si les hommes paraissent mieux renseignés que les femmes, avec 61 % de réponses positives, c'est chez les moins de 35 ans qu'il y a le plus fort déficit d'information. Seuls 37 % d'entre eux savent ainsi que « les spiritueux titrent plus de 15 degrés et qu'ils sont élaborés à partir d'alcool de distillation ». Pour certains, les spiritueux sont des alcools cuits ! D'autres sont convaincus que les champagnes en font partie.

Autre élément de surprise, sur les 1 092 personnes interrogées, seuls 3 % déclarent consommer des spiritueux trois à quatre fois par semaine, 18 % une seule fois par semaine, et 19 % une à trois fois par mois. Les Français seraient des consommateurs très modérés. Ils ne seraient ainsi que 2 % à boire quotidiennement, contre 58 % « jamais ou rarement ». Des chiffres qui se veulent sans appel, mais qui auraient gagné en crédibilité si la question avait été posée aux seuls buveurs. Seuls 62 % des personnes interrogées boivent en effet des spiritueux. En prenant uniquement compte de cette population, le pourcentage de Français buvant trois à quatre fois par semaine passe ainsi de 3 % à 4,87 %, et ceux qui s'y autorisent au moins une fois par semaine de 18 % à 29 % !

Il n'est pas possible, évidemment, d'ignorer que 38 % des Français ne boivent jamais de spiritueux. Et que cette abstinence est davantage marquée chez les femmes (53 %) que chez les hommes (21 %). Rendue publique début mars 2006, une enquête réalisée par l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Baromètre Santé 2005 de l'Inpes) corrobore ce clivage : « S'il est vrai que la consommation d'alcool diminue régulièrement en France, la proportion de buveurs quotidiens est presque trois fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes, qui comptent plus de petits buveurs. » Toujours selon le rapport de l'Inpes, les hommes seraient plus nombreux à s'adonner à l'ivresse alcoolique.

Le danger de comportements à risques

« Les spiritueux sont régulièrement montrés du doigt, alors qu'ils ne représentent que 20 % de la consommation d'alcool en France, tempère Séverin Barioz, responsable des affaires intérieures et économiques de la FFS. Le vin représente 60 % de la consommation. Quant aux 20 % restants, ils se partagent entre la bière, le cidre, les vins d'apéritif... »

Il n'empêche, la majorité des Français continuent d'associer les spiritueux aux « alcools forts » ou aux « alcools durs ». Ainsi, 66 % des sondés par l'institut d'études Ipsos sont convaincus que « l'alcool contenu dans les spiritueux est plus fort que celui contenu dans les autres boissons alcoolisées comme la bière ou le vin ». Pire : pour 18 % d'entre eux, « la quantité d'alcool bue augmente lorsque l'on mélange un spiritueux et une boisson non alcoolisée (soda, jus de fruits) ». Mais ils sont seulement 36 % à partager l'idée que « l'on est plus ivre lorsque l'on boit un spiritueux que lorsque l'on consomme une autre boisson non alcoolisée » !

«Les réponses font un peu peur, note Étienne Mercier, directeur adjoint du département opinion d'Ipsos. Je crains que beaucoup se disent qu'il vaut mieux boire six bonnes bières plutôt qu'un verre de whisky. » Dit autrement : « la diabolisation » des spiritueux pourrait encourager des comportements à risques sur des alcools à moindre degré. Et Séverin Barioz de résumer : « Que ce soit la filière vin, les brasseurs ou les producteurs de spiritueux, personne n'a intérêt à lancer des campagnes, car elles jettent l'opprobre sur l'ensemble des boissons alcoolisées. »

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Article extrait
du magazine N° 1945

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