Une filière cacao durable émerge en Côte d'Ivoire

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Pour permettre aux producteurs ivoiriens d’améliorer la qualité et la traçabilité de leurs produits, les chocolatiers développent des programmes visant à augmenter la productivité et professionnaliser la filière.

Les petits planteurs (2 à 5 hectares avec des rendements de 500 kg à l’hectare) produisent plus de 95 % du cacao en Côte d’Ivoire.
Les petits planteurs (2 à 5 hectares avec des rendements de 500 kg à l’hectare) produisent plus de 95 % du cacao en Côte d’Ivoire.

A l’Hôtel du Golf d’Abidjan, toutes les « huiles » du chocolat étaient réunies le samedi 1er octobre 2016, à l’occasion de la troisième édition de la Journée mondiale du cacao en Côte d’Ivoire. Les chocolatiers français étaient représentés par Patrick Poirrier, président du Syndicat du chocolat et PDG du groupe Cémoi. Implantée en Côte d’Ivoire, cette entreprise génère 230 millions d’euros de chiffre d’affaires avec une usine de transformation de fèves de cacao employant 1 000 salariés. Patrick Poirrier est venu apporter une bonne nouvelle : la création d’un label destiné à valoriser le chocolat ivoirien en France, dont le logo a été dévoilé par le Premier ministre ivoirien Daniel Kablan Duncan devant un parterre de producteurs locaux. « En bout de chaîne, le label est un outil de promotion, de marketing et de fidélisation, explique Patrick Poirrier. C’est une bataille d’image qui se joue face à d’autres origines. » Le cahier des charges reste encore à finaliser pour faire converger les exigences des chocolatiers français en termes de qualité et de développement durable et la réalité du terrain. Mais la volonté politique est là.

Jusqu’alors, l’origine Côte d’Ivoire n’avait jamais été mise en avant alors que ce pays fournit, avec le Ghana, 70 % du cacao utilisé par les chocolatiers français. « Nous devons informer les consommateurs que le cacao des chocolats issus de nos fèves est le meilleur du monde et promouvoir la qualité gustative des produits à travers ce label, a déclaré le ministre de l’Agriculture Mamadou Sangafowa Coulibaly. Notre stratégie commerciale doit refléter notre poids au niveau mondial. »

15 % du PIB

Car la Côte d’Ivoire s’impose comme le premier producteur de cacao avec 41 % de la production mondiale, selon l’ICCO (International Cocoa Organization) dont 33 % transformés localement. Principale source de devise du pays avec le pétrole, le cacao contribue à concurrence de 15 % à son PIB et pèse 40 % de ses exportations. Les enjeux autour du cacao sont donc énormes pour le pays. Il est vrai que depuis cinq ans, la qualité des fèves de cacao s’est améliorée. La réforme du système de commercialisation, décidée par le gouvernement en 2011 et conduite par le Conseil du café-cacao (CCC), y est pour beaucoup. Après une période de libéralisation de dix ans, qui a fragilisé les petits planteurs et entraîné une détérioration de la qualité du produit sur fond de malversations, la réforme a permis la mise en place d’un minimum garanti assurant la sécu-risation des revenus des 800 000 producteurs. Depuis, la production a crû, de 1,4 million de tonnes en 2011 à 1,7 million en 2015. Sur la même période, le prix au planteur « bord champ » fixé par l’État a augmenté de 37 % entre 2011 et 2015. Puis de 10 % en 2016 pour s’établir à 1 100 francs CFA (1,67 €).

Mais le tableau n’est pas aussi rose qu’il y paraît. La dernière campagne de février à mai 2016 a été compliquée pour les producteurs qui ont dû affronter des feux de brousse et des invasions de chenilles. Et s’est soldée par une baisse de la production d’environ 10 % causée par la sécheresse et l’harmattan (un vent froid et sec). Surtout, la baisse des rendements est continue depuis une quinzaine d’années. Aujourd’hui, ils sont très faibles (300 à 500 kg à l’hectare) et les sols sont épuisés. Or, il reste peu de forêts disponibles. « Il faut régénérer les sols et intensifier la culture en favorisant l’accès aux engrais, en développant l’irrigation et en utilisant de nouvelles variétés comme Mercedes, plus résistantes aux maladies induites par les déséquilibres climatiques et permettant des rendements supérieurs », lance Jonas Mva Mva, directeur du programme Cacao de l’organisation Sustainable Trade Initiative (IDH), qui s’engage en faveur de projets dans le cadre du commerce durable. La hausse de la productivité passe aussi par une professionnalisation de la filière, en aidant les 2 000 coopératives en Côte d’Ivoire à se développer de manière rentable.

Formation sur tous les fronts

Les chocolatiers sont partie prenante dans cette course à la productivité et à la qualité. Dans son Centre de recherche d’Abidjan, créé pour valoriser les matières premières locales dans le cadre de son programme Cocoa Plan, Nestlé travaille sur les améliorations génétiques des plants de cacao. « L’objectif est de contribuer à la relance de la cacaoculture en Côte d’Ivoire, explique son directeur Oliver Chmiel. Une trentaine de variétés sont évaluées pour voir leur adaptabilité. Certaines vont jusqu’à 3 tonnes à l’hectare en termes de rendement. » Autre acteur engagé, l’américain Cargill produit dans son usine ouverte en 2000 de la poudre, du beurre et de la liqueur de cacao pour l’exportation. Premier acheteur de cacao en Côte d’Ivoire, il a injecté 24 millions de dollars dans un programme de durabilité qui repose sur les coopératives. Il consiste à former des producteurs aux techniques de production moderne et durable. « Nous formons aussi les dirigeants des coopératives à la gestion et nous favorisons leur accès au crédit, précise Lionel Soulard, directeur général régional-Afrique pour Cargill. L’an dernier, les coopératives ont levé 3,5 millions de dollars à des taux très compétitifs. » De son côté, Cémoi consolide des approvisionnements en cacao durable à travers son programme Transparence Cacao. Il vise à augmenter les rendements et les revenus des producteurs via la diversification et la maîtrise du process post-récolte.

Du marché local à l’export

Installé en Côte d’Ivoire depuis 1996, Cémoi y a ouvert en mai 2015 une usine de produits finis, comme de la pâte à tartiner (Tarticao), de la poudre de cacao (Quickcao) ou encore des mini-tablettes à destination du marché local. « Ici, le positionnement de Cémoi est celui d’une marque haut de gamme, souligne Benjamin Bessi, directeur général de Cémoi en Côte d’Ivoire. Elle est une réassurance pour le consommateur local. Nous voulons inonder la région avec nos produits. Nous avons un objectif de 10 000 tonnes à destination du marché de l’Afrique de l’Ouest, qui représente 300 millions d’habitants. Nous espérons saturer l’usine d’ici à cinq ans. » En s’adaptant aux goûts locaux. Au deuxième semestre 2017, Cémoi lancera ainsi de la pâte à tartiner à l’anacarde, la noix de cajou locale, qui sera vendue sur le marché traditionnel.

Son PDG, Patrick Poirrier, espère aussi exporter ses produits vers l’Asie sans barrière douanière, grâce à des accords bilatéraux entre l’Asie et la Côte d’Ivoire. Et profiter d’une fiscalité simplifiée. Pour atteindre son objectif de 50 % de cacao transformé à l’horizon 2020, fixé par le président Alassane Ouattara, le gouvernement ivoirien prévoit de mettre en place des incitations au broyage au 1er janvier 2017. Des opportunités qui attisent les convoitises, à l’instar de Mars qui a déclaré, lors d’une visite de ses installations par les dirigeants ivoiriens, son intention de s’implanter sur ce territoire.

Les enjeux

  •  Répondre à la demande croissante au plan mondial et sécuriser les approvisionnements face au risque de pénurie (la production mondiale de cacao baisse environ de 2 % chaque année).
  •  Se conformer à la demande de traçabilité et de qualité.
  •  Faire face à la concurrence d’autres origines.
  •  Améliorer les conditions de travail des planteurs et la vie des communautés.

Les réponses

  •  La création d’un label origine Côte d’Ivoire pour valoriser la provenance et la qualité du cacao auprès des consommateurs.
  •  La régénération des sols, l’intensification de la culture via l’accès aux engrais et l’amélioration génétique des plants.
  •  La professionnalisation de la filière à travers des programmes de formation aux techniques de production et à la gestion.
  •  La diversification des offres et des débouchés au plan local et régional.

En chiffres

  • 41 % : le poids de la Côte d’Ivoire dans la production mondialede fèves de cacao

Source : ICCO

  • 45 % : le poids de l’Europe dans la consommation mondiale de cacao

Source : Alliance 7

  • 42 % : le poids des importations de fèves de cacao en France en provenance de Côte d’Ivoire

Source : douanes françaises

  • 91 entreprises de chocolat en France dont 90 % de PME
  • 7,3 kg : le poids de chocolat consommé par an et par habitant en France en 2015, ce qui en fait le septième pays consommateur en Europe

Source : Alliance 7

Deux démarches durables

Le programme CCPde Cargill

24 millions de dollars ont été injectés dans le programme de durabilité CCP (Cargill Cocoa Promise), qui repose sur les coopératives. Il consiste à former des producteurs aux techniques de production modernes et durables pour leur permettre de gérer leurs plantations de façon professionnelle, afin qu’elles soient mieux entretenues et plus rentables. L’objectif est de les amener à la certification Rainforest Alliance, FairTrade ou UTZ. Ce label leur donne droit à une prime de certification permettant de financer des écoles ou d’autres projets, qui améliorent les conditions de travail des planteurs et la vie des communautés.

Le programme transparence cacao de Cémoi

Lancé en 2015, ce programme de 20 millions d’euros sur trois ans vise à offrir une traçabilité totale et une qualité optimale, en gérant chaque étape de sa filière cacao, depuis le planteur jusqu’au consommateur. L’objectif est d’augmenter les rendements et les revenus des producteurs via la diversification et la maîtrise du process post-récolte (fermentation et séchage), à travers la formation des planteurs et l’accompagnement des coopératives, selon leurs besoins. Aujourd’hui, 19 coopératives sont engagées dans ce programme, qui cible 100 coopératives et 60 000 producteurs à fin 2020.

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Article extrait
du magazine N° 2432

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