"Une jauge de 8m² par client serait une catastrophe pour mon magasin"

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Alors que les tractations entre les pouvoirs publics et les différentes fédérations de commerçants battent leur plein pour établir un nouveau protocole afin de rouvrir les magasins dans les meilleures conditions, sur le terrain l’inquiétude grimpe à mesure que se précisent certains détails du dispositif souhaité. Témoin ce patron d'une grande surface alimentaire qui ne voit pas comment il pourra gérer les flux de clients des fêtes en diminuant ses capacités d’accueil de moitié. Avec des dommages collatéraux pour ses fournisseurs de produits festifs notamment.

Après la fermeture des rayons non essentiels, l'augmentation du seuil de surface de vente par clients envisagée par Bercy inquiète les magasins alimentaires sur le terrain.
Après la fermeture des rayons non essentiels, l'augmentation du seuil de surface de vente par clients envisagée par Bercy inquiète les magasins alimentaires sur le terrain.© © Idriss Bigou-Gilles / Hans Lucas

8 m² de surface de vente par client. En lisant dans LSA le nouveau seuil qu’il serait sans doute nécessaire de mettre en place dans son magasin urbain, le sang de ce patron indépendant qui souhaite rester anonyme n’a fait qu’un tour. Il nous appelle pour vérifier l’information. On lui confirme. Ce mardi 17 novembre au matin, les équipes de Bercy penchaient même 10 m² par client quand la FCD, le syndicat représentatif de la grande distribution se battait pour rester à 8 m². Et après tout Lidl a décidé d’adopter ce seuil pour ses 1500 magasins dès la semaine dernière, avec force feux rouges et feux verts à l’entrée, annonçant avoir investi plus de 20 millions d’euros dans l’affaire. Soit mais le flux de clientèle d’un Lidl n’a rien à voir avec celui d’un petit hyper ou d'un gros supermarché performant, bien situé en cœur de ville (pour mémoire ce sont les petits et moyens hypers entre 3000 et 7000 m² qui sont les plus en forme depuis plusieurs années en France).

Une chute des produits festifs à prévoir

"Déjà on s’arrache les cheveux avec la jauge actuelle de 4m² , je ne vois pas comment je vais faire pour les veilles de fêtes avec des journées à plusieurs milliers de clients, s’interroge le patron du magasin, incrédule devant ces mesures unilatérales. Même en augmentant les amplitudes horaires, la hausse des paniers moyens ne suffira pas à compenser. J’avais prévu une baisse de chiffre d’affaires de 10% en décembre, ce sera beaucoup plus si cette nouvelle jauge passe. Derrière nous, il y a des producteurs, beaucoup, une situation économique qui se dégrade, des gens inquiets de l’avenir et de leur pouvoir d’achat... On sera sans à -40% pour les huîtres et je n’ai pas encore évalué l’impact sur les autres produits festifs, mais ils seront majeurs." A l’entendre, la situation pourrait peut-être profiter aux très grands hypers, dont les surfaces offrent plus de latitude pour intégrer de forts flux de clients, essentiellement des enseignes intégrées (Carrefour ou Auchan), mais aussi aux enseignes de proximité voire aux discounters comme... Lidl.

Des conséquences sur l'emploi

On avance des alternatives comme étaler les horaires et les visites ? "Mais contrairement au premier confinement, les gens travaillent, rétorque-t-il, ils n’ont souvent que le soir ou le samedi pour faire leurs courses. Les drives ne suffiront pas, ils seront saturés très vite, comme ils l’ont été lors des premières semaines du premier confinement. Et les syndicats sont vent debout contre une extension des plages horaires."

"Si la mesure passe je ne vois pas comment j’éviterais de recourir aux mesures de chômage partiel, chose que je m’étais refusé à faire jusque-là", soupire le patron du magasin, gros employeur de sa ville. A méditer : quand quelques m² de plus ou de moins discutés et disputés dans les vastes salles de Bercy se transforment en équations économiques plus que périlleuses sur le terrain.

 

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