Une rentrée très studieuse pour Carrefour et Auchan

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Résultats semestriels contrastés pour Carrefour et Auchan. Le premier semble sur la voie du redressement en France. Alors qu'Auchan y souffre un peu plus. Mais les deux groupes sont engagés dans des chantiers masquant leurs performances réelles.

C'est aussi la rentrée pour les grands groupes de distribution. Carrefour et Auchan ont rendu à une journée d'intervalle, fin août, leurs

Carrefour retrouve les premiers rangs

Les chiffres
36,5 Mrds €,
- 0,8%, le chiffre d'affaires HT du groupe au premier semestre

16,95 Mrds €
- 0,3%, le chiffre d'affaires HT en France

Les bons points
  • Le redressement de la France (marge en hausse et part de marché des hypers stabilisée)
  • L'amélioration de la situation financière et de la dette grâce à une série de cessions tactiques
766 M €,
en hausse de 4,9%, le résultat opérationnel courant (ROC) du groupe

482 M €
+ 75%, le ROC France

Les points noirs
  • Le reste de l'Europe hors France, dont les ventes reculent de 5%
  • L'Italie en perte (Ebit en recul de 30 à 50 M €, selon les analystes)
+ 48%
l'augmentation des investissements en France au 1er semestre à 353 M €

Source : Carrefour, résultats du 1er semestre 2013

Les devoirs rentrée
  • Essentiellement organisationnels : réforme du siège avec des missions plus opérationnelles, poursuite de la réorganisation des achats et de l'informatique
  • Une hausse des investissements confirmée pour 2013, à 2,2 Mrds € pour le groupe, dont une bonne part pour la France (56% au premier semestre)et la rénovation des magasins

copies d'étape à mi-parcours. Et les bons élèves ne sont pas forcément ceux qu'on attendait. Une lecture superficielle des résultats semestriels de ces deux champions de l'hyper pourrait faire croire que celui que le marché avait fini par considérer comme un cancre - Carrefour - a rejoint la tête de classe, et que l'habitué du tableau d'honneur - Auchan - commence à prendre les travers de son concurrent, en tout cas en France.

Auchan France à la traîne en hyper

Les chiffres

23,1 Mrds €
+ 3,4%, le chiffre d'affaires HT du groupe au premier semestre

18,2 Mrds €
+ 2,8%, le chiffre d'affaires des hypers du groupe

Les bons points
  • Des résultats solides dans un contexte délicat
  • Une belle réserve de croissance en Europe de l'Est et en Asie (+14%), avec des partenariats révisés (intégration à 100% de la JV avec Ruentex, en 2014)
7,1 Mrds €
- 2,9%, le chiffre d'affaires des hypers en France

1,151 Mrd €
+ 4,4%, l'Ebitda du groupe au 1er semestre

Les points noirs
  • Le recul des hypers en France (- 2,6% à parc constant), plus important qu'attendu
  • La situation de l'Europe du Sud en recul de 2,9%
654 M €
(versus 620 pour Carrefour), + 5,8%, les investissements courants du groupe

Source : Auchan, résultats du 1er semestre 2013

Les devoirs de rentrée
  • La réorganisation de la centrale d'achat autour de 99 « comités marchés », pilotés en partie par les magasins
  • La poursuite du développement avec deux nouveaux hypers en France et 23 Auchan Drive et Chronodrive (11) d'ici à la fin de l'année, soit près de 160 pour les deux filiales

Car Carrefour a créé la surprise, le 29 août, en affichant une nette amélioration de ses résultats en France avec un résultat opérationnel courant (ROC) en hausse de 75%, passé de 275 à 482 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires à magasins comparables en baisse de 0,2%. Une performance saluée en Bourse par la plus forte hausse du CAC 40 de la journée (+ 5,6%) et qui a soutenu le résultat d'ensemble du groupe, dont le ROC n'augmente que de + 4,9% (766 M €), du fait des difficultés de l'Europe du Sud, en particulier de l'Italie. De quoi inspirer chez le patron du groupe, Georges Plassat, un de ses commentaires dont il a le secret : « Carrefour commence à emprunter la voie de la sérénité. » Manière de dire que le redressement se profile, que le moral remonte et que les troupes travaillent de nouveau ensemble.

Contexte difficile

En face, Auchan, qui ne détaille pas ses résultats financiers par zone et par format, n'a pas à rougir : il affiche une progression de son résultat d'exploitation (Ebitda) assez proche de Carrefour (+ 4,4%, à 1,15 Mrd €) pour des ventes totales en hausse de 3,4% et même d'environ 4% avec ses franchisés. Des évolutions qualifiées de « satisfaisantes » par le directeur financier du groupe, Xavier de Mézerac, dans « un contexte macro-économique difficile, en particulier en Europe occidentale ». Pas si mal donc, sauf qu'en France la branche hyper, le vaisseau amiral du groupe, tangue. Le chiffre d'affaires des 119 hypers français recule de près de 3%, à 7,1 Mrds €, et de 2,6% à magasins comparables et hors carburants.

En d'autres termes et pour la première fois depuis longtemps, les performances d'Auchan sont inférieures à celles des 220 hypers français de Carrefour, dont les ventes à parc constant n'ont reculé « que » de 2% au cours du premier semestre et qui, pour le deuxième mois consécutif, voient leur part de marché se stabiliser, inversant une courbe baissière d'au moins cinq longues années. Une pilule amère pour le champion des très grands hypers. « Vu le contexte, notamment une météo très défavorable aux grands hypers en début d'année, ces résultats restent honorables, commente Vincent Mignot, le DG d'Auchan France. Néanmoins, je ne peux pas m'en satisfaire. » En ligne de mire, le non-alimentaire, en particulier l'électrodomestique, alors que l'alimentaire résiste, stimulé par les offres économiques à moins de 1 € et les rayons self-discount.

Refonte des organisations

L'élève Auchan a néanmoins le mérite de la constance. Loin d'être découragée par les contre-performances de l'EGP, l'enseigne y a renforcé ses équipes et se dit « décidée à ne pas abandonner le métier ». Elle compte aussi beaucoup sur la refonte de sa centrale d'achat, réorganisée en direction client où les marchés sont pilotés par 99 comités de marchés tous dirigés par des directeurs d'hypers, entourés chacun d'une quinzaine de collaborateurs et de fonctionnels. Ensemble, ils redessinent les assortiments en écoutant et visitant leurs clients, désignés sous le terme d'habitants. « Ils se parlent entre eux, échangent les bonnes idées, ça va beaucoup plus vite », commente Vincent Mignot.

Une volonté d'être plus opérationnel sur laquelle insiste aussi Georges Plassat pour qui les bons résultats du groupe sont « le produit d'une amélioration substantielle des relations entre les gens ». En clair, Carrefour fait bloc, et encore plus avec la réforme en cours du siège. « La plupart des grands jobs devront avoir quelque chose à voir avec l'opérationnel », précise le PDG.Reste à attendre encore quelques mois pour voir qui des deux élèves a le mieux réussi cette épreuve du terrain.

Les indépendants en tête de classe


Part de marché valeur, en%, des principales enseignes généralistes sur le
marché des PGC et du frais LS pour la période du 15 juillet au 11 août 2013
Source : Kantar ; origine : distributeurs

En France, le groupe Carrefour tend à se stabiliser depuis deux périodes à 20,3% de part de marché grâce à ses hypers (= à 10,8%). La situation de ses supermarchés semble plus délicate. Market a perdu 300 000 clients. Le groupe Auchan est en recul depuis trois périodes (- 0,4 pt à 11,1% de PDM) particulièrement pour ses hypers (-0,2 pt à 8,3% de PDM). Mais l'enseigne a l'habitude de faire des secondes parties d'années tonitruantes. Reste que ce sont toujours les indépendants qui sont au tableau d'honneur. Leclerc gagne 1 point depuis le début de l'année (19,2%), Intermarché (13,2%) et Système U (10,2%), 0,5 point chacun.

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Article extrait
du magazine N° 2286

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