Vente-privée rachète tous azimuts pour asseoir son leadership

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Depuis le début de l’année 2016, pas un mois ou presque ne se passe sans que le leader des ventes événementielles en France, Vente-privée, n’annonce un rachat ou une prise de participation dans le capital d’une entreprise concurrente, ou porteuse d’un savoir-faire attrayant pour le développement du groupe. Décryptage de sa stratégie.

Le pure player Vente-privée.com est en pleine frénésie d'achats
Le pure player Vente-privée.com est en pleine frénésie d'achats

Plus rien n’arrête le numéro un français des ventes événementielles, Vente-privée.com. Si les velléités expansionnistes du groupe ne datent pas d’aujourd’hui, elles ont pris une nouvelle tournure fin 2015, et sont en pleine accélération depuis le début de l’année 2016. Elles se concrétisent par des rachats en série, des prises de participations et des investissements au sein d’entreprises diverses et variées, reflet de la volonté de la société de renforcer sa place de leader sur le modèle des ventes événementielles. Elle touche à de nombreux pans stratégiques de l’entreprise : positions à l’international, développement des segments voyages et loisirs, technologies mobiles, l’e-marchand ne semble désormais reculer devant rien pour prendre ses concurrents de vitesse. A commencer donc, par son développement à l’international, avec une première acquisition remarquée en septembre 2015, celle de Vente-exclusive.com, son concurrent belge. Créé en 2006 et solidement implanté dans les pays du Benelux, Vente-exclusive fournit ainsi une base de 4 millions de membres supplémentaires à Vente-privée, principalement en Belgique et aux Pays-Bas, et génère un chiffre d'affaires de plus de 90 millions d'euros. Les prémices d’une stratégie de croissance externe.

Un nouveau directeur général arrivé à point nommé

Hasard du calendrier ou pas, Jacques-Antoine Granjon annonce alors quasi au même moment, la nomination d’un nouveau directeur général à la tête de son groupe, Charles-Hubert de Chaudenay. Administrateur du site depuis 2008 et, ô surprise, banquier conseil de la société pour toutes les opérations de fusions-acquisitions, son objectif majeur affiché était aussi limpide qu’ambitieux : « conduire Vente-Privée vers une nouvelle phase de son développement, notamment à l’international ». Dont acte. En avril dernier, le groupe s’est ainsi offert la société Privalia, homologue barcelonais crée en 2006 qui dégage environ 450 millions d’euros de chiffre d’affaires. Privalia opère en Espagne, mais aussi en Italie depuis 2008 et plus récemment au Brésil et au Mexique. Dans la foulée, l’e-marchand prend une participation majoritaire dans la société suisse eboutic.ch, qui se présente comme le 1er site de ventes privées en Suisse. « Nous observons que le marché en Europe est à la fois fragmenté et assez mature pour que des rapprochements vertueux aient lieu et permettent ainsi de servir la meilleure expérience, adaptée à chacun de ces marchés. Nous investissons donc à un moment clé de ce développement du marché », soulignait alors M. Granjon. Enfin, le 5 septembre dernier, Vente-privée a annoncé son entrée au capital du e-commerçant danois Designers & Friends qui revendique la place de numéro un des ventes de grandes marques limitées dans le temps, avec des rabais allant de 50% à 70%.

Asseoir son autorité face aux puissants pure players étrangers

Ces nombreux investissements marquent l’ambition de vente-privee.com de consolider à la fois le marché européen des ventes événementielles, mais aussi sa présence européenne par le biais d’une stratégie éclaire de croissance externe. Aussi, il s’agit pour le site de mettre à la disposition de ses marques partenaires un service unique et des savoir-faire mutualisés face à une concurrence de plus en plus féroce. Son challenger français, Showroomprivé, réalisant déjà 15% de son chiffre d’affaires à l’international et plus spécifiquement en Europe. Avec une base de 8 millions de membres en Europe, Showroomprivé est également en phase d’accélération sur le vieux continent, et entend bien, à sa manière, résister au rouleau compresseur Vente-privée. Jacques-Antoine Granjon n’entend pas se laisser marcher sur les pieds par des pure players généralistes étrangers de plus en plus pressant sur l’univers de la mode, comme il l’expliquait dans une interview accordée au JDN au mois d’avril dernier : « (…) Amazon prépare une forte offensive sur le textile en lançant ses propres marques et en construisant une usine de production en Angleterre. Zalando fait une croissance extrêmement importante et occupe des parts de marché conséquentes dans la distribution de la mode. Yoox, qui a racheté Net-a-Porter, se développe aussi. Alibaba viendra aussi un jour en Europe, c'est une certitude, comme peut-être d'autres acteurs chinois. » Bref, on l’aura compris, la meilleure défense ici, reste l’attaque.

Faire décoller les voyages

Autre pan de ses activités sur lequel Vente-privée est passé à la vitesse supérieure, les voyages. Ils représentaient en 2014, 150 millions d'euros de chiffre d'affaires, et progressaient de 30 %. A la fin 2015, « Vente-privée Le Voyage » est même le quatrième site de tourisme en ligne le plus visité en France selon la Fevad, et est élu site de voyages de l’année 2015 par les internautes. Ainsi, fin septembre 2015, le groupe annonce une prise de participation dans le capital de MisterFly, plateforme de réservation de vols secs à prix cassés, et fondée par les deux anciens fondateurs de Go Voyages. Depuis, Vente-privée commercialise des offres aériennes par un module Mister Fly intégré à son portail, et pourrait encore ajouter une corde à son arc s’il parvient à ses mettre la main sur « Départ Demain », une application de voyages de dernière minute avec laquelle il a annoncé, le 19 septembre dernier, être entré en négociations exclusives.

Doper l’activité divertissements

Mais là n’est pas tout. L’une des filiales du groupe connait aussi de nombreux développements, celle consacrée aux divertissements, Vente-privée Entertainment. En février 2016, l’e-marchand a signé un partenariat avec la filiale de la Fnac, France Billet, afin de proposer à ses 20 millions de membres, un accès au catalogue d’offres composé de billets de spectacles, d’événements sportifs et de loisirs pour la France. Cette initiative témoigne de la volonté de l’e-commerçant d’accélérer dans la vente de produits de divertissement, tout comme sa prise de participation en janvier 2015, au sein de la startup Weezevent, solution de billetterie en ligne. Autre initiative du groupe qui témoigne du dynamisme du divertissement chez Vente-privée, le rachat en mars dernier de son troisième théâtre : les Bouffes-Parisiens. En 2013, le pure player s’était en effet offert le Théâtre de Paris et en avril 2014, le Théâtre de la Michodière. La mise en place de synergies avec le Théâtre de Paris, le Théâtre de la Michodière et Vente-privée Entertainement ayant pour conséquences de permettre de poursuivre le dynamisme des forces de commercialisation, de billetterie et de promotion des artistes et des spectacles. Ce nouveau lieu pourra profiter pleinement des outils et savoir-faire proposés par la filiale : de la promotion en passant par la distribution, les solutions de billetterie, co-production, ou encore CRM. Une manière de boucler la boucle en somme. In fine, Vente-privée ne semble pas être totalement rassasié puisque pas plus tard que lundi dernier, l’e-marchand a investi 10 millions d’euros dans la plateforme programmatique mobile Adotmob, qui pourrait lui permettre d’injecter encore plus de personnalisation dans l’expérience d’achat de ses 50 millions de membres. Et notamment sur mobile, où les ventes du groupe ont passé la barre des 50 % du chiffre d'affaires global qui s’élève à plus de 2 milliards d’euros, et 75 % du trafic. Jacques-Antoine Granjon ne s’en est jamais caché, la diversification de l’entreprise n’a aucune limite, dès lors qu’elle reste positionnée sur son créneau de ‘Shop Entertainement’, ou shopping ludique. Reste une grande inconnue, le financement de toutes ses opérations, point sur lequel, peu de chiffres ont fuité. Toutefois c’est certain, a priori Vente-privée se donne les moyens de ses ambitions. 

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