Vers la "business nation" [Edito]

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yves puget

Et si, pour une fois, on arrêtait de s’autoflageller et de rabâcher que les autres font toujours mieux que nous ? Et si on cessait de résumer l’e-commerce à Amazon, JD.com, Alibaba et Rakuten en clamant que les Français sont définitivement restés bloqués au Minitel. À tel point que certains en oublient que Veepee, Cdiscount ou Showroomprivé sont « bien de chez nous ». Ou que des marques historiques comme La Redoute ou 3 Suisses ont trouvé une seconde jeunesse. Et que dire de la nouvelle levée de fonds de ManoMano (300 millions d’euros) ou de la valorisation de Back Market (2,5 milliards) ?

Même raisonnement pour cette grande mode des dark stores et du quick commerce. Certes, ils viennent d’Allemagne, de Russie ou de Turquie, mais les Cajoo, Frichti, La Belle Vie ou Kol sont nés à Paris. Il y a aussi des entreprises « imaginées » par des Français qui ont changé d’actionnaires. À l’instar d’Alkemics, le leader de la collecte des informations, qui est tombé dans l’escarcelle de l’américain Salsify. Car du côté des prestataires de services, les Français ne sont pas en reste. On peut ainsi parler d’Akeneo (données produits), de ContenTsquare (expérience client), d’Exotec (robotisation), de Wynd ou de Lydia (paiement). Sans oublier Criteo (marketing) ou Mirakl (solutions pour marketplaces). Certes, une pluie de cash tombe en ce moment sur les start-up tant les marchés financiers croulent sous les liquidités. Mais à la tête de ces jeunes pousses ou « licornes » (il faut 1 milliard de dollars de valorisation pour obtenir ce dernier qualificatif), il y a avant tout des entrepreneurs et des équipes qu’il convient de saluer.

Ces entreprises du numérique sont stratégiques pour notre économie et vitales pour la souveraineté technologique française. La première vague, au début des années 2000, a vu naître Vente-Privée (devenu Veepee), PriceMinister, Rue du Commerce ou Aquarelle. Toutes, ou presque, se lançant à l’assaut de l’e-commerce. La deuxième vague, dans les années 2010, avec l’aide de la première génération, s’est davantage penchée sur la notion de plate-forme et a fait éclore les ManoMano ou Mirakl. La troisième vague déferle aujour­d’hui, avec une myriade de noms parmi lesquels seuls quelques experts peuvent déceler les « licornes » de demain. On y trouve des digital native vertical brands, ces DNVB dont Le Slip français fut le précurseur. Souvent, ces entreprises, qui comptent de 50 à 200 salariés, sont obsédées par le produit et la maîtrise de leur distribution. Probable que demain, elles apporteront encore plus de satisfaction cocardière que les « licornes » françaises d’aujourd’hui. Voilà pourquoi il faut se réjouir d’un écosystème qui a commencé à se structurer il y a cinq ans (écoles, incubateurs, etc.) et qui nous permettra, pour reprendre l’expression de Jacques-Antoine Granjon, le fondateur de Veepee, de « sortir de la “start-up nation” pour rentrer dans la “business nation” » !

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2661-2662

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